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Alors que le rideau tombe sur Gilead, la série The Handmaid’s Tale s’achève sur une note sombre et sans compromis, offrant une démonstration saisissante de la manière dont la peur peut se transformer en fascisme. Cette œuvre dystopique, qui a accompagné les téléspectateurs pendant huit saisons, résonne particulièrement dans le contexte actuel des États-Unis et au-delà.
Un univers dystopique ancré dans la réalité
Publié en 1985 par Margaret Atwood, The Handmaid’s Tale plonge dans une version théocratique et répressive des États-Unis nommée Gilead. À l’époque, le président républicain Ronald Reagan amorçait une ère de néolibéralisme qui marquerait durablement le pays. En 2019, Atwood a publié une suite, The Testaments, qui a prolongé cette sombre vision. Aujourd’hui, l’adaptation télévisée touche à sa fin après une trajectoire de huit années coïncidant avec de profondes remises en question du tissu social américain.

Les enjeux du dernier chapitre
Dès les premiers instants de la saison six, June (interprétée par Elisabeth Moss) et Serena Joy (Yvonne Strahovski) voyagent en train vers le dernier bastion des États-Unis en Alaska. Serena reconnaît à June sa force exceptionnelle, mais leurs chemins vont bientôt se séparer. À la frontière, le Commandant Lawrence (Bradley Whitford) développe New Bethlehem, une communauté plus libérale au sein de Gilead, tandis que Nick (Max Minghella) occupe un poste clé. Ce dernier joue un double jeu, tiraillé entre son rôle au sein du régime et sa relation avec June, compliquée par la présence de Luke (O-T Fagbenle), le mari de June, membre des rebelles Mayday aux côtés de Moira (Samira Wiley).
Cependant, un drame persiste : la fille de June, Hannah, reste prisonnière à Gilead. La série, qui se déroule dans un monde marqué par une chute de la fertilité, est avant tout une lutte pour la génération suivante. June confesse : « J’ai vraiment essayé de la sauver, j’ai essayé de la faire sortir, mais vous savez… » Chaque avancée est rapidement freinée, illustrant que l’évasion précède toujours le retour. La série suggère qu’à moins de détruire Gilead, June ne connaîtra jamais la véritable liberté. Cette saison finale se rapproche inexorablement de ce dénouement.
Une série d’une qualité constante et un engagement fort
Tout au long de sa diffusion, The Handmaid’s Tale a su maintenir une qualité exceptionnelle. Elisabeth Moss incarne une héroïne ambivalente et captivante, démontrant tout l’étendue de son talent. Progressivement, elle est devenue une actrice-réalisatrice incontournable de la série, signant quatre épisodes cette saison, dont le final. Le scénario a largement dépassé les limites imaginées par Atwood, proposant un univers complexe mêlant oppression et espoir radical.
Samira Wiley, qui incarne Moira, a indiqué ne pas souhaiter revenir pour une éventuelle suite, affirmant : « J’en ai fini avec le traumatisme. » La série reste éprouvante pour le public, confrontant ses personnages à une brutalité constante, où même les refuges sont fragiles.
Un miroir politique et social toujours pertinent
Bien que difficile à regarder pour certains, la série gagne en urgence à mesure qu’elle avance. Si le roman est enseigné depuis des années dans les écoles, la version télévisée offre une analyse fine des mécanismes politiques et bureaucratiques qui favorisent les régimes autoritaires. Dans un flashback, le père prédicateur de Serena lui rappelle : « Ce sont des jours sombres. Les gens ont besoin de croire en quelque chose. » Cette lueur d’espoir vacillante est précisément ce qui pave la voie à la tyrannie, un thème viscéral que The Handmaid’s Tale a magistralement exploré ces dix dernières années.

Un avertissement poignant pour notre époque
Bruce Miller, créateur de la série, accompagné d’Elisabeth Moss, offre un épilogue sombre et sans concessions à cette saga qui constitue un avertissement pour l’Amérique contemporaine. Lors de crises politiques majeures, l’art peut servir de mise en garde. The Handmaid’s Tale a brillamment illustré comment la peur peut muter en fascisme. Sa conclusion apportera sans doute un soulagement aux téléspectateurs, mais laissera également un vide notable dans le paysage télévisuel.