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La Russie reconnaît officiellement le pouvoir taliban en Afghanistan

by charles
Russie, Afghanistan

Le 3 juillet 2025 marque une étape importante dans la scène diplomatique internationale : la Russie devient le premier pays à reconnaître officiellement l’émirat islamique d’Afghanistan, dominé par les talibans, depuis leur retour au pouvoir en 2021. Cette reconnaissance, considérée comme un geste courageux par Kaboul, a été saluée par le pouvoir afghan comme un exemple susceptible d’inciter d’autres États à suivre cette voie.

Une reconnaissance symbolique et stratégique

Lors d’une rencontre avec l’ambassadeur russe à Kaboul, Dmitri Jirnov, le ministre afghan des Affaires étrangères, Amir Khan Muttaqi, a déclaré que cette décision « servira d’exemple pour les autres » et constitue une étape vers le développement de relations bilatérales basées sur le « respect mutuel » et la coopération dans divers secteurs. Le drapeau taliban a été hissé au-dessus de l’ambassade d’Afghanistan à Moscou, marquant symboliquement cette reconnaissance officielle.

Du côté russe, cette décision est également perçue comme une avancée visant à renforcer la sécurité régionale et à approfondir les liens économiques. Le ministère russe des Affaires étrangères a indiqué que plusieurs axes de coopération étaient possibles, notamment dans l’énergie, les transports, l’agriculture et les infrastructures. Moscou voit dans cette reconnaissance une opportunité d’établir un partenariat stratégique avec Kaboul, notamment dans la lutte anti-terroriste et la lutte contre le trafic de drogue, des défis majeurs dans la région.

Une coopération en pleine expansion

Le rapprochement entre Moscou et Kaboul ne date pas d’hier. La Russie, qui avait déjà été la première à ouvrir un bureau de représentation commerciale à Kaboul après la chute des Taliban en 2001, a toujours cherché à maintenir un certain niveau de relations avec l’Afghanistan. En juillet 2024, Vladimir Poutine avait même qualifié les talibans d’« alliés dans la lutte contre le terrorisme ». La Russie envisage également d’utiliser le territoire afghan comme un corridor de transit pour ses exportations de gaz vers l’Asie du Sud-Est, via des projets tels que le corridor de transport Nord-Sud, comprenant la construction de lignes ferroviaires et de pipelines.

Drapeau taliban hissé devant l’ambassade d’Afghanistan à Moscou

Réactions et controverses

Cette reconnaissance par la Russie suscite des réactions mitigées. D’un côté, Moscou entend utiliser cette relation pour renforcer sa position en Asie centrale et pour peser davantage dans la région. De l’autre, elle est vivement critiquée par des défenseurs des droits humains et plusieurs pays occidentaux, qui dénoncent l’adhésion russe à un régime imposant une version stricte de la loi islamique, notamment aux femmes et aux filles, exclues de l’éducation et de la vie publique.

Une ancienne députée afghane, Fawzia Coffey, a ainsi estimé que cette reconnaissance pourrait « légitimer l’impunité » et « menacer la sécurité mondiale ». Beaucoup de représentants internationaux restent méfiants, soulignant que plusieurs figures talibanes figurent toujours sur les listes de sanctions de l’ONU, compliquant toute reconnaissance globale et officielle du régime.

Ce recentrage de la Russie s’inscrit dans une stratégie plus vaste visant à étendre son influence en Asie centrale, en s’appuyant sur un contexte d’isolement international du régime taliban et sur la volonté de diversifier ses partenaires face aux sanctions occidentales. La relation russo-afghane, avec ses liens historiques remontant au XIXe siècle, semble ainsi entrer dans une nouvelle phase, mêlant intérêt géopolitique et ambitions économiques.

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