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La controverse des croisières : impact économique et écologique en France

par Sara
France

Chaque été, la question des croisières qui accostent dans les ports de la France fait surface : doit-on interdire ou limiter ces paquebots, véritables emblèmes du tourisme de masse, souvent critiqués pour leur coût écologique et leur impact sur les populations locales ?

Les mesures prises à Nice

Dans les Alpes-Maritimes, le maire de Nice, Christian Estrosi, a fait de cette problématique un combat prioritaire. Il a émis un arrêté municipal, qui a depuis été annulé par la justice administrative, interdisant les escales de paquebots de plus de 450 passagers à Nice. De plus, le nombre de navires transportant plus de 2 500 passagers à Villefranche-sur-Mer a été limité à 65 par an, avec un maximum d’un navire par jour.

En janvier dernier, lors d’une soirée des « Amis du maire », Estrosi a critiqué « les croisières qui polluent et déversent une clientèle low cost qui ne consomme rien, laissant derrière elle ses déchets ». Cela soulève la question : le croisiériste est-il devenu l’ennemi public numéro un ?

Les croisières comme « resorts » en mer

« Il ne faut pas être dupe : ces bateaux de croisière fonctionnent comme des resorts à terre. Les voyageurs sont incités à consommer un maximum à bord, mais il y a également des escales, des visites et des dépenses sur place, ce qui génère des retombées économiques », explique Caroline Blondy, maître de conférences en géographie à La Rochelle Université. Elle souligne que les conséquences des croisières, qu’elles soient positives ou négatives, dépendent de divers facteurs, tels que les territoires d’accostage, le type de bateau et le profil des passagers.

Un équilibre à trouver

Le sujet des croisières est particulièrement sensible. Véronique Mondou, maître de conférences à l’ESTHUA Institut National de Tourisme, déplore le manque d’études impartiales sur les impacts économiques et écologiques des croisières. « Les croisières ont un impact économique certain, mais on ne prend pas souvent en compte le coût des infrastructures nécessaires pour accueillir ces navires, ni comment évaluer le coût écologique sur les populations locales », précise-t-elle.

Dépenses des croisiéristes

Jacques Hardelay, président de l’association Marseille-Provence croisière, accepte les critiques et souligne l’importance de réduire les aspects négatifs des croisières. Une enquête menée par Oxford Economics en 2024 a révélé qu’un passager en transit dépense en moyenne 60 euros par jour lors d’une escale de 5 heures. Les passagers qui embarquent et débarquent peuvent dépenser entre 80 et 170 euros, tandis que les membres d’équipage dépensent également environ 80 euros par jour.

En 2023, Marseille a accueilli 2,5 millions de croisiéristes lors de 626 escales, marquant une augmentation de 76 % par rapport à l’année précédente, avec 53 escales supplémentaires.

Impact économique local

La Chambre de commerce et d’industrie de Nice Côte d’Azur a également évalué les conséquences financières potentielles d’une application de l’arrêté municipal. Avec une réduction de 50 % du nombre de croisiéristes à Villefranche-sur-Mer, les pertes sont estimées à 7,5 millions d’euros pour 2025. Plus de 4,2 millions d’euros de pertes directes sont liés aux dépenses des croisiéristes, tandis que l’impact sur l’économie locale, incluant commerces et restaurants, est évalué à près de 2,7 millions d’euros.

Perception des croisiéristes

Le croisiériste est-il injustement critiqué ? Véronique Mondou affirme qu’il y a une croissance du nombre de croisiéristes dans le monde, avec des navires de plus en plus grands. Cependant, comparé aux touristes terrestres, les croisiéristes ne représentent que 2 % du total, bien qu’ils soient très visibles et donc souvent critiqués. Ce phénomène pourrait être attribué à un désintérêt des Français pour les croisières, contrairement aux Américains et à d’autres Européens.

Cette critique peut également refléter un certain « mépris de classe ». Les croisières accessibles à une clientèle plus populaire sont souvent perçues négativement, ce qui soulève des questions sur l’équité des loisirs et des voyages.

Conséquences environnementales

Il convient de noter que les croisières ont un impact environnemental majeur. Selon l’ONG Transport & Environment, un seul paquebot émet chaque année plus de 20 000 tonnes de CO2, équivalent aux émissions annuelles de 10 000 voitures. En 2022, les 218 navires de croisière européens ont émis 509 tonnes d’oxyde de soufre, un chiffre dépassant les émissions d’un milliard de voitures.

20 Minutes

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