Face à une crise mondiale de la pollution plastique, près de 180 pays s’emploient depuis le 5 août à Genève à élaborer le premier traité international contraignant visant à limiter la production et la consommation de plastique. Sous l’égide de l’ONU, ces négociations, appelées CIN5-2, interviennent après un échec lors des discussions de Busan fin 2024, où certains pays producteurs de pétrole ont bloqué toute avancée.
Le diplomate équatorien Luis Vayas Valdivieso, président des débats, a insisté sur l’urgence d’une action coordonnée : « La pollution plastique endommage les écosystèmes, pollue nos océans et nos rivières, menace la biodiversité, affecte la santé humaine et pèse de façon injuste sur les plus vulnérables. L’urgence est réelle, la preuve est claire et la responsabilité repose sur nous ». Cette session supplémentaire, marquée par une participation active de la société civile et des ONG, cherche à obtenir des engagements contraignants pour limiter la fabrication des plastiques et interdire certains substances chimiques nocives.
Une menace croissante pour la santé et l’environnement
Les impacts de la pollution plastique se font sentir à l’échelle mondiale. Selon un rapport publié dans The Lancet, cette menace coûte au moins 1 500 milliards de dollars chaque année. Les scientifiques alertent sur le fait que les populations vulnérables, notamment les enfants, en subissent les effets les plus graves. En République démocratique du Congo, par exemple, les eaux polluées par des particules de plastique provoquent des maladies, particulièrement chez les enfants, comme l’a expliqué à l’AFP Robert Kitumaini Chikwanine, directeur d’ONG.
Une installation artistique éphémère, baptisée « Le fardeau du Penseur » et représentant une statue de Rodin engluée dans une mer de déchets, a été dévoilée à Genève par Benjamin Von Wong. L’œuvre souhaite sensibiliser les délégués à l’impact de cette pollution sur la santé humaine.
Les enjeux et les résistances
Les intervenants lors des négociations soulignent la complexité du sujet. Si la majorité des pays leur ont affirmé leur volonté de parvenir à un accord, certains acteurs, notamment des représentants du secteur chimique, défendent le rôle majeur du plastique dans la médecine moderne, évoquant ses bienfaits pour l’hygiène et la sécurité alimentaire. Matthew Kastner, porte-parole du Conseil américain de l’industrie chimique, déclare que le plastique est » vital pour la santé publique », notamment grâce aux équipements médicaux qu’il permet de produire.
À l’opposé, des ONG comme Greenpeace prônent l’arrêt de la fabrication de plastique pour enrayer la crise. Graham Forbes, chef de la délégation Greenpeace, a appelé à réduire drastiquement la production lors d’un rassemblement à Genève, insistant sur la nécessité de prioriser la santé environnementale et humaine face à l’urgence.
Alors que la pression monte, les représentants espèrent que la diplomatie et la mobilisation de la société civile permettront de franchir une étape décisive dans la lutte contre cette crise qui menace la planète à chaque étape de son cycle de vie.