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La presse américaine se retrouve confrontée à un défi inédit face aux avancées rapides de l’intelligence artificielle générative. L’auteur Adam Lashinsky, dans une chronique parue dans le Washington Post, alerte sur l’ampleur du phénomène : les nouveaux modèles d’IA s’approprient des contenus protégés sans autorisation, ce qui entraîne une baisse du trafic vers les sites d’information.
Cette dynamique menace l’une des rares armes que la Silicon Valley avait laissées aux médias : la capacité à diffuser des articles en ligne et à attirer de nouveaux lecteurs. En quelques années seulement, l’usage massif de l’IA pour produire des résumés et des contenus assimilables a transformé un avantage en risque majeur pour les éditeurs.
Contexte et origine du problème
Le phénomène s’est accéléré moins de trois ans après la sortie publique de ChatGPT par OpenAI. Les utilisateurs ont été impressionnés par la capacité de ces systèmes à rédiger des textes plausibles sur une grande variété de sujets.
Pour un employé préparant un rapport ou un étudiant aidé par l’IA, il importe peu que le modèle repose sur d’énormes jeux de données auxquels il n’a aucun droit. Les éditeurs ont rapidement réalisé que l’IA générative pratiquait une forme de pillage numérique de leur propriété intellectuelle.
La crainte s’est concrétisée en mai 2024 lorsque Google a déployé largement des « aperçus » générés par l’IA dans ses résultats de recherche, réduisant la visibilité directe des articles d’origine.
Lectures complémentaires
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Impact sur la distribution et le lectorat
Les résumés produits par Google et d’autres plateformes suscitent admiration et frustration : d’un côté, la qualité des synthèses est souvent excellente ; de l’autre, ces extraits ne renvoient pas systématiquement aux sites sources.
Privés de renvoi et de visibilité, les journaux et sites d’information voient leur capacité à capter de nouveaux lecteurs diminuer, ce qui met en danger leur modèle économique basé sur le trafic et les abonnements.
Les batailles judiciaires engagées
Pour défendre leurs droits, les acteurs de la presse multiplient les actions en justice contre les entreprises d’IA accusées d’avoir entraîné leurs modèles sur des contenus protégés sans autorisation.
Parmi les recours les plus médiatisés figurent les poursuites intentées par le New York Times contre OpenAI et son investisseur Microsoft, ainsi que l’affaire opposant Dow Jones (éditeur du Wall Street Journal) à Perplexity AI.
La lutte dépasse la presse : Disney et Universal ont attaqué Midjourney pour l’entraînement de ses modèles sur des films, et la société Strike 3 a porté plainte contre Meta pour des motifs similaires.
Aux États-Unis, la question a même gagné Washington, où l’administration a accepté d’entendre les griefs des éditeurs, malgré son positionnement généralement favorable au développement de l’IA.
Outils technologiques et pistes de défense
La technologie elle-même offre aussi des moyens de riposte. Plusieurs entreprises proposent désormais des outils permettant aux éditeurs de détecter l’exploitation non autorisée de leurs contenus.
Un exemple prometteur est Cloudflare, qui a développé un produit capable d’identifier les modèles d’IA tentant de s’entraîner sur le contenu des sites d’information.
Parallèlement, des négociations de licences sont en cours entre grandes plateformes technologiques et éditeurs connus, visant à encadrer légalement l’usage de contenus protégés par les modèles d’IA.
Conséquences et enjeux pour l’avenir des médias
L’affrontement autour de l’intelligence artificielle et des médias soulève plusieurs enjeux cruciaux pour l’écosystème de l’information :
- Préserver la valeur économique du journalisme en assurant reconnaissance et rémunération pour les contenus originaux.
- Garantir la transparence des systèmes d’IA quant aux sources utilisées pour l’entraînement.
- Mettre en place des cadres juridiques et techniques adaptés pour lutter contre l’exploitation illicite des contenus.
Si la route vers une cohabitation équilibrée entre IA et presse est longue, les actions judiciaires, les outils de détection et les accords de licence constituent aujourd’hui les leviers principaux dont disposent les éditeurs pour défendre leur survie et leur rôle démocratique.