La Chine a officiellement mis en service son troisième porte-avions, le Fujian, lors d’une cérémonie sur l’île de Hainan en présence du président Xi Jinping, selon Chine Nouvelle et plusieurs agences. Premier navire chinois équipé d’une catapulte électromagnétique, il promet de propulser une plus grande variété d’avions et d’améliorer leur rayon d’action. Le Fujian, à propulsion conventionnelle, est le plus grand et le plus avancé des porte-avions chinois et se distingue des Liaoning et Shandong, dépourvus de catapultes. Malgré ce progrès technique, les analystes estiment que la Chine demeure en retrait par rapport aux États-Unis en matière de puissance aéronavale, et soulignent que le navire sera surtout utilisé pour la formation et les essais dans les années à venir.

EMALS et implications techniques
Le Fujian est doté d’une catapulte à système électromagnétique (EMALS), une technologie utilisée jusque-là par le seul porte-avions américain Gerald R. Ford. La plupart des catapultes des porte-avions fonctionnent à la vapeur et offrent une puissance moindre, ce qui a conduit les porte-avions chinois précédents, le Liaoning et le Shandong, à être équipés d’une rampe de type tremplin incapable d’offrir autant de puissance.
« Aucun autre pays occidental, à part les États-Unis, n’exploite un porte-avions d’une taille et de capacités similaires », souligne Alex Luck, spécialiste des armements navals, auprès de l’AFP.
La Chine avait diffusé en septembre des vidéos de décollages et d’appontages d’avions (dont son chasseur furtif J-35, de cinquième génération) depuis le Fujian, et CCTV avait loué « une nouvelle percée » dans le développement des porte-avions chinois et un « jalon important » dans la modernisation de la marine.
Perspectives régionales et réactions
Engagé dans une rivalité navale avec Washington en mer de Chine méridionale et autour de Taïwan, Pékin reste toutefois sensiblement derrière les Américains en matière de projection aéronavale. Les analystes estiment que, même avec le Fujian, la Chine reste loin de l’équilibre établi par les États‑Unis et que le navire servira surtout à la formation et aux essais dans les années à venir.
« La Chine n’a pas utilisé ses porte-avions pour projeter de la puissance à longue distance, et le Fujian ne changera probablement pas cette dynamique », nuance Collin Koh, spécialiste des questions navales en Asie‑Pacifique à l’Université de technologie de Nanyang, à Singapour. « Il faudra encore plusieurs années avant que ce porte-avions atteigne une réelle capacité de combat » et « la Chine devra disposer de plusieurs porte-avions de ce type » pour « bouleverser réellement l’équilibre des forces », ajoute-t-il. Des rumeurs évoquent déjà un quatrième porte-avions, potentiellement à propulsion nucléaire, dont la mise en service pourrait intervenir au début des années 2030, selon l’AFP.
Des analystes et des attachés militaires restent aussi vigilants sur les déploiements à venir autour de Taïwan et en mer de Chine méridionale, tandis que Pékin affirme une politique militaire « défensive » et veut seulement préserver sa souveraineté.