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Depuis près de cinquante ans, des artisans comme Tim Baker façonnent des archets pour violons et violoncelles en utilisant un bois rare et prisé : le pernambouc. Ce matériau, apprécié pour sa teinte rougeâtre et sa robustesse, est au cœur d’une controverse qui oppose protection de la nature et pratiques musicales. Une proposition de renforcement des règles par les autorités brésiliennes et des conservateurs pourrait obliger les musiciens à immatriculer leurs instruments pour voyager ou pour les vendre, suscitant une vive inquiétude dans la communauté artistique.
Un matériau précieux pour les archets
Le pernambouc, souvent appelé brazilwood, est utilisé depuis des siècles pour la fabrication des archets haut de gamme. Sa densité et sa flexibilité influencent directement la qualité du son produit par l’archet.
De nombreux musiciens célèbres louent ses qualités : le violoncelliste Yo-Yo Ma l’a décrit comme « sans égal » pour la confection d’archets. Pour beaucoup d’interprètes, un archet en pernambouc devient quasiment une extension de leur instrument.
Une réglementation à l’étude
Face à la raréfaction et à la pression sur les forêts, des voix militent pour renforcer la protection du pernambouc. Le projet envisagé inclut des mesures de contrôle plus strictes qui pourraient encadrer le commerce et le transport international de ces bois.
Parmi les mesures évoquées figure l’obligation d’enregistrer certains archets, une contrainte administrative qui affecterait la mobilité et les transactions impliquant ces instruments.
Pourquoi les musiciens s’inquiètent
Pour les artistes, le choix d’un archet est très personnel : il dépend du toucher, du poids, et même du répertoire joué. Un même musicien peut employer plusieurs archets pour obtenir des couleurs sonores différentes selon les œuvres.
Heather Noonan, vice-présidente en charge du plaidoyer à la League of American Orchestras, met en garde contre les impacts possibles : « Le choix de l’archet est profondément lié au son que l’on souhaite produire. »
- Restriction des déplacements internationaux avec un archet en pernambouc.
- Obligations d’enregistrement pouvant compliquer la vente ou le prêt d’archets.
- Risque de voir des musiciens privés de leur meilleur matériel pour des engagements professionnels.
Conséquences pratiques pour les artistes
Tim Baker rappelle l’importance de l’archet : « Certaines personnes n’utilisent qu’un seul archet toute leur vie ; l’archet est vraiment leur voix. » Cette dépendance rend toute restriction lourde de conséquences pour la carrière d’un musicien.
Des mesures contraignantes pourraient donc affecter non seulement la vente, mais aussi l’usage quotidien et la capacité à se produire à l’étranger avec son instrument de prédilection.
Vers un équilibre entre conservation et pratique musicale
Le débat oppose aujourd’hui la nécessité de préserver des espèces forestières menacées et la sauvegarde d’un patrimoine musical vivant. Trouver des solutions exige dialogue et coopération entre autorités, conservationnistes et communauté musicale.
Plusieurs pistes sont évoquées dans le milieu professionnel, allant du développement d’alternatives durables au renforcement des filières légales qui garantiraient à la fois la protection des forêts et la continuité des pratiques musicales.