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Plan US-Israël : partition de Gaza et camps « sûrs »

par Sara
Palestine, Israël, États-Unis

Depuis l’annonce du cessez-le-feu le 10 octobre, une partition de fait de la bande de Gaza s’est renforcée : une « zone verte » sous contrôle de l’armée israélienne et une « zone rouge » où les Palestiniens sont déplacés et confinés. Entre les deux court une ligne invisible qualifiée de « ligne jaune ».

Les autorités américaines et israéliennes prévoient de limiter la reconstruction à la « zone verte » et de créer des « communautés sûres » ou camps contrôlés. Ces mesures risquent d’ancrer une fragmentation mortelle de Gaza, en restreignant l’aide et en conditionnant l’accès aux services essentiels.

Plans de « communautés sûres » et sites prévus

Selon plusieurs sources humanitaires, le premier de ces camps devrait être construit à Rafah, au sud de Gaza, avec une dizaine d’autres le long de la « ligne jaune » et vers le nord.

Points clés :

  • La reconstruction serait concentrée dans la « zone verte » uniquement.
  • Les « communautés sûres » fonctionneraient comme des lieux d’enregistrement et de contrôle des personnes autorisées à recevoir une aide.
  • Les habitants des zones « rouges » seraient explicitement interdits de retour et maintenus sous blocus.

Un article décrivant un plan militaire divisé de Gaza a évoqué l’idée de zones distinctes : https://www.theguardian.com/world/2025/nov/14/us-military-plan-divided-gaza-green-zone

Mécanismes opérationnels et rôle des forces internationales

Le Conseil de sécurité des Nations unies a voté pour légitimer la mise en place d’un organe de paix chargé de gérer Gaza et la création d’une force internationale de stabilisation (ISF).

Mais plusieurs questions restent en suspens :

  • Quelles zones ces forces protégeront-elles concrètement ?
  • Il n’existe pas d’accord de paix global que l’ISF serait chargé de garantir.
  • Des cartes consultées montrent que l’ISF serait déployée le long de la « ligne jaune » pour sécuriser les camps nouvellement établis.

Le texte annexé à la résolution du Conseil de sécurité — le plan en 20 points présenté par l’administration américaine — prévoit en son point 17 que, si le Hamas tarde ou rejette la proposition, les opérations d’aide renforcées pourront se dérouler « dans les zones sans terrorisme » remises de l’armée israélienne à l’ISF (voir la résolution : https://docs.un.org/en/S/RES/2803(2025)).

Conséquences humanitaires et restriction de l’aide

La logique des évacuations observée ces deux dernières années est prolongée par ce plan, creusant la séparation entre populations « autorisées » et « exclues ». Ceux restés dans la « zone rouge » risquent d’être assimilés à des « partisans du Hamas » et privés de protection.

Les organisations humanitaires compétentes sont, selon des ONG, de plus en plus contraintes par un processus d’enregistrement israélien visant à filtrer les équipes et à limiter les critiques.

  • Les ONG dénoncent des refus d’enregistrement qui entravent l’acheminement d’aide vitale : https://www.oxfam.org/en/press-releases/mounting-alarm-israeli-authorities-reject-ngo-applications-transport-life-saving-aid
  • Si les « communautés sûres » deviennent les seuls points d’acheminement de l’aide, la « zone rouge » restera sous blocus effectif.

Des frappes et opérations militaires continuent de tuer des civils pour avoir franchi des lignes invisibles : https://www.aljazeera.com/news/liveblog/2025/11/21/live-israel-keeps-bombing-gaza-kills-two-in-occupied-east-jerusalem

Précédents historiques et comparaison

Le modèle de confinement des populations civiles a des précédents coloniaux et militaires :

  • Royaume-Uni : « new villages » en Malaisie dans les années 1950.
  • États-Unis : « strategic hamlets » au Viêt Nam dans les années 1960.
  • Rhodesie : « protected villages » dans les années 1970.
  • Afrique du Sud : bantoustans, territoires pseudo-indépendants destinés à contrôler la population noire.

Ces expériences visaient à affaiblir le soutien populaire aux mouvements de résistance en concentrant les civils et en conditionnant l’accès à l’aide. Historiquement, elles n’ont pas assuré la stabilité politique recherchée et ont souvent échoué.

Portée juridique et implications politiques

Le plan approuvé par le Conseil de sécurité confronte les décisions de la Cour internationale de Justice (CIJ) concernant le territoire palestinien occupé.

La CIJ a rendu des avis et décisions qui exigeaient notamment la levée des restrictions sur l’acheminement de l’aide vers Gaza et la protection des droits des Palestiniens. Or, la mise en œuvre effective de ces jugements reste entravée.

Textes et décisions récentes :

  • Décision relative aux colonies : https://www.aljazeera.com/news/2024/7/19/world-court-says-israels-settlement-policies-breach-international-law
  • Ordonnance sur l’accès humanitaire à Gaza : https://www.aljazeera.com/news/2025/10/22/icj-says-israel-must-allow-aid-into-blockaded-gaza-provide-basic-needs

La consécration d’une partition effective risquerait de blanchir une situation marquée par des violations graves et d’établir un précédent d’impunité.

Perspectives et demandes pour sortir du statu quo

Pour sortir de ce chemin dangereux, plusieurs mesures essentielles sont nécessaires :

  • Application pleine et effective des décisions de la CIJ et des normes internationales.
  • Distribution inconditionnelle et sans entraves de l’aide humanitaire à tous les Palestiniens, partout dans la bande de Gaza.
  • Reconstructions dirigées et contrôlées par des acteurs palestiniens, garantissant le droit au retour et à la souveraineté.

Sans responsabilité et respect du droit international, la création de zones fermées et de communautés contenues risque d’entériner une partition durable et d’éroder davantage l’ordre international fondé sur des règles.

source:https://www.aljazeera.com/opinions/2025/11/22/how-the-us-israeli-peace-plan-will-partition-gaza

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