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Une permission de sortir accordée à un détenu du quartier ultra-sécurisé de Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais, a déclenché une controverse le 24 novembre 2025. L’autorisation, visant à rencontrer un employeur à Lyon, a été délivrée malgré un avis défavorable du parquet et confirmée par la cour d’appel. Le dossier met en lumière les tensions entre réinsertion et sécurité dans le cadre du quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO). Les réactions politiques et syndicales se multiplient.
À Vendin-le-Vieil, une permission de sortie controversée
Selon l’AFP, Ouaihid Ben Faïza, 52 ans, figure du trafic de drogue à La Courneuve (Seine-Saint-Denis) et ancien fugitif évadé en 2014, bénéficie d’une permission de sortir « employeur » pour se rendre en région lyonnaise et rentrer le soir à la maison centrale. La décision s’inscrit au sein du quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de Vendin-le-Vieil, réputé ultra-sécurisé.

Cette autorisation a été émise par le juge d’application des peines (JAP) de Béthune, malgré un avis défavorable du parquet de Béthune, et confirmée par la chambre d’application des peines de la cour d’appel de Douai.
« Il faut du bon sens, tout simplement », a déclaré lundi Thomas Vaugrand, secrétaire général du syndicat UFAP UNSa Justice dans les Hauts-de-France, présent lundi matin à Vendin-le-Vieil. « On a dit qu’il fallait les couper du monde (…) et aujourd’hui on le laisse sortir dans la nature, tout seul », a ajouté M. Vaugrand.
Le cadre juridique et le dispositif de sortie
La permission est décrite comme une « permission de sortir » permettant une courte absence pour motifs professionnels ou familiaux. Le dispositif prévoit une sortie sans escorte, mais un suivi est assuré par un dispositif spécifique tout au long de la journée, selon les informations des autorités. Une source interne à un centre pénitentiaire résume: « Une permission de sortir, c’est une décision qui est prise par le juge d’application des peines ». Pour ce détenu incarcéré à Vendin-le-Vieil, « il s’agit d’une maison centrale qui est le régime le plus sécuritaire. » Cette autorisation a été accordée malgré l’opposition du parquet et confirmée en appel, et le rendez-vous est prévu en région lyonnaise avec un déplacement en TGV depuis Lille; l’aller-retour se fait dans la journée et l’entrée dans le cadre se fait sans escorte, mais les forces de l’ordre locales ont été averties selon l’entourage du ministère de l’Intérieur.
« La sortie se fait sans escorte », a précisé Me Violleau, l’avocate du détenu, ajoutant: « Il n’est pas surveillé, il n’est pas escorté ». Dans le cadre de ce type de mesure, la détenue doit être accompagné par un proche et doit revenir à l’heure prévue, afin de favoriser une réinsertion contrôlée et maîtrisée par l’autorité judiciaire.
« La permission de sortir est un des outils indispensables de la réinsertion », rappelle Me Marie Violleau. Elle souligne que la sortie est encadrée et ne signifie pas une liberté totale, mais une étape de réinsertion pour certains détenus jugés aptes à reprendre une activité professionnelle.
Réactions et perspectives
La polémique a rapidement gagné des syndicats pénitentiaires. L’Ufap-Unsa Justice a déploré dans un communiqué « une décision totalement déconnectée des exigences, des réalités et des contraintes imposées chaque jour aux personnels pénitentiaires ». « On ne peut pas imposer un régime ultra-renforcé, dire publiquement qu’on y incarcère les plus grands narcotrafiquants du pays et voir s’appliquer des décisions qui contredisent cet ensemble frontalement », a ajouté Alexandre Caby, secrétaire général.
Sur Franceinfo, Flavie Rault, secrétaire générale du Syndicat national des directeurs pénitentiaires (SNDP-CFDT), a estimé que la situation était « empreinte de complexité » et a nuancé les réactions, rappelant l’importance de l’individualisation des peines. La classe politique a aussi réagi: Jordan Bardella a qualifié l’autorisation de « scandale » et a associé l’affaire à un échec de la politique de Gérald Darmanin, tandis que Éric Coquerel a tenu à appeler à la prudence sur les analyses politiques.
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a évoqué l’objectif de modifier les règles d’application des peines pour les criminalités organisées, en prévoyant « un droit spécifique et un juge d’application spécialisé qui connaît parfaitement les profils dangereux » et a annoncé son intention de présenter un texte de loi début 2026. « La décision d’accorder une permission de sortir relève de l’autorité judiciaire, qui statue de façon indépendante », a-t-il déclaré sur X, précisant qu’il ne commente jamais une décision individuelle d’un juge et appelant à adapter le cadre législatif face à la grande criminalité organisée.
La situation a aussi été vue comme une opportunité de mieux préparer la réinsertion et d’éviter la récidive, comme l’a rappelé Me Charly Salkazanov, président de l’association pour les droits des personnes incarcérées, qui estime que ces dispositifs « anticipent et accompagnent sa sortie de prison ». Toutefois, certains reconnaissent que ce type de mesure reste controversé et met en jeu le équilibre entre sécurité et droit à une réinsertion professionnelle.
Notes et contexte
Des discussions et des ajustements juridiques autour des permissions de sortir et des quartiers QLCO sont en cours, avec des échanges entre les administrations et les organisations syndicales pour clarifier les conditions et les garanties associées à ces sorties, afin d’allier sécurité et réinsertion dans un cadre légal cohérent.