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Les organisateurs d’une conférence pro-Palestine portent plainte contre l’État de Berlin après l’interruption brutale de leur événement en avril 2024. Le rassemblement, appelé Palestine Congress, réunissait des militants de solidarité et des experts en droits de l’homme pour débattre de la guerre à Gaza et de la responsabilité supposée de l’Allemagne.
L’affaire, qui vise à contester la décision policière, doit être examinée cette semaine devant le tribunal administratif de Berlin. Le procès pourrait marquer un tournant pour la liberté d’expression et le droit de réunion en Allemagne, en particulier pour les débats politiques se déroulant en intérieur.
Les arguments du procès
L’État de Berlin, en tant que défendeur, soutient que la police a agi de manière préventive parce qu’elle anticipait la tenue de propos criminels lors de la conférence. Les autorités ont évoqué le risque d’incitation à la haine, de diffusion de propagande ou d’utilisation de symboles d’organisations jugées anticonstitutionnelles ou « terroristes ».
Les forces de l’ordre se sont notamment appuyées sur une conférence de presse préalable, au cours de laquelle les organisateurs auraient, selon la police, refusé de se démarquer de l’incursion menée par le Hamas le 7 octobre 2023.
- Le tribunal doit déterminer si cette anticipation suffisait à justifier l’interdiction d’un rassemblement en salle.
- La défense des organisateurs invoque la primauté du droit à la liberté d’expression et des limites strictes prévues par la loi allemande pour restreindre des réunions privées.
L’intervention policière du 12 avril 2024
Le 12 avril 2024, des centaines d’agents en tenue anti-émeute ont investi le lieu — une salle habituellement utilisée pour des réceptions — et ont coupé l’alimentation électrique pour empêcher toute prise de parole ou retransmission en direct.
« Je ne connais aucun autre cas où une conférence a été interrompue alors qu’aucun crime n’avait été commis », a déclaré Michael Ploese, l’avocat des organisateurs, dans un entretien. Il rappelle que la loi allemande n’autorise des restrictions que lorsqu’il existe une probabilité élevée de commission d’un acte criminel.
Orateurs empêchés et réactions immédiates
Plusieurs intervenants n’ont pas pu participer. Le médecin palestino-britannique Ghassan Abu Sittah, l’un des principaux orateurs, affirme avoir été retenu à l’aéroport de Berlin puis prié de retourner au Royaume-Uni.
Le responsable grec de gauche et ancien ministre des Finances Yanis Varoufakis a, lui aussi, été frappé d’une interdiction d’entrée. Il a publié en ligne le discours qu’il comptait prononcer : https://www.yanisvaroufakis.eu/2024/04/13/my-berlin-speech-on-palestine-that-german-police-entered-the-venue-to-ban/
La chambre administrative de Berlin a par la suite jugé illégale l’interdiction de l’activité politique visant Abu Sittah.
- Parmi les organisateurs figurait Juedische Stimme (Jewish Voice), un groupe de militants juifs pour la paix critiques de la politique israélienne.
- Wieland Hoban, président de Juedische Stimme, a déclaré qu’il considérait comme un succès d’avoir pu débuter la conférence, mais qu’il ne s’attendait pas à ce qu’elle soit interrompue une heure plus tard.
Contexte plus large et critiques
Depuis le déclenchement du conflit meurtrier à Gaza, la police et les services de sécurité allemands ont souvent qualifié les manifestations pro-palestiniennes d’antisémites ou de manifestations faisant l’apologie du Hamas.
Des milliers de manifestants ont été arrêtés et de nombreuses mobilisations ont été interdites, selon des observateurs. L’Allemagne, principal soutien diplomatique d’Israël en Europe, impose des limites strictes à la critique de l’État israélien, invoquant le souvenir de l’Holocauste comme justification.
Cette approche est vivement critiquée par certains. Wieland Hoban dénonce l’instrumentalisation de ces règles, affirmant que même des Juifs qui défendent la Palestine se voient parfois reprocher leurs prises de position. « Même si vous avez perdu des proches dans l’Holocauste, un Allemand peut vous faire la leçon sur ce que vous pouvez dire », a-t-il dit, ajoutant que la simple évocation de la Shoah peut conduire à des accusations de « relativisation ».
Alertes d’experts et vidéos de répression
Le mois dernier, un groupe d’experts des Nations unies s’est déclaré alarmé par le « schéma de violence policière et la répression apparente de l’activisme de solidarité avec la Palestine » en Allemagne.
Des vidéos montrant l’usage de la force par la police pour disperser des manifestations non violentes pour Gaza dans plusieurs villes allemandes ont largement circulé dans le monde. Parmi les reportages relatifs à ces événements : https://www.aljazeera.com/news/2025/9/10/german-police-brutality-targets-pro-palestine-movement-injured-protester
Enjeux juridiques et politiques du procès
Si la décision du tribunal est favorable aux organisateurs, elle pourrait fragiliser la ligne dure des autorités allemandes en matière de contrôle des rassemblements pro-palestiniens.
L’interruption du Palestine Congress est perçue par ses défenseurs comme plus qu’une simple opération de maintien de l’ordre : elle symbolise la mise au silence d’un espace de discussion politique intérieure, jusque-là considéré comme protégé contre une telle répression.
- Le procès examinera la proportionnalité de l’intervention policière.
- Il évaluera aussi la protection du droit à la liberté d’expression pour les débats politiques en salle face aux craintes de trouble à l’ordre public.
Lectures recommandées
- German police brutality targets pro-Palestine movement: Injured protester — https://www.aljazeera.com/news/2025/9/10/german-police-brutality-targets-pro-palestine-movement-injured-protester
- UN’s Albanese presents blistering report on complicity in Gaza genocide — https://www.aljazeera.com/news/2025/10/28/uns-albanese-presents-blistering-report-on-complicity-in-gaza-genocide
- Calls for answers grow over Canada’s interrogation of Israel critic — https://www.aljazeera.com/news/2025/11/17/calls-for-answers-grow-over-canadas-interrogation-of-israel-critic
- Despite Gaza ceasefire, ‘we haven’t seen the worst’: B’Tselem chief — https://www.aljazeera.com/news/2025/11/21/despite-gaza-ceasefire-we-havent-seen-the-worst-btselem-chief
- Opinion de Ghassan Abu Sittah — https://www.aljazeera.com/opinions/2024/5/3/i-spent-43-days-in-gazas-now-destroyed-hospitals-my-mind-is-still-there