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Les autorités militaires du Myanmar ont annoncé la grâce ou l’abandon des charges contre 8 665 personnes détenues pour s’être opposées au régime, à la veille d’élections prévues le 28 décembre. Cette amnistie Birmanie est présentée par le gouvernement comme une mesure visant à permettre à ces personnes d’exercer leur droit de vote, mais elle suscite des doutes et des critiques de la part d’organisations de défense des droits humains qui estiment que le scrutin ne sera ni libre ni équitable.
Détails de l’annonce
Le décret rendu public jeudi prévoit plusieurs mesures distinctes concernant les détenus. Il inclut notamment une réduction de peine et l’abandon des poursuites selon les cas, selon les médias d’État.
- Réduction de peine pour 3 085 personnes condamnées pour des propos « susceptibles de provoquer la peur ou de propager de fausses informations ».
- Abandon des poursuites contre 5 580 personnes qui étaient toujours en fuite.
- Nombre total de personnes couvertes par l’ordonnance : 8 665.
Il demeure incertain combien de ces personnes sont des détenus politiques et à quelle date précise se feront les libérations. Avant l’annonce officielle, le porte-parole du gouvernement militaire, Zaw Min Tun, avait déclaré que ces mesures visaient à permettre à tous les électeurs éligibles de voter « librement et équitablement » le 28 décembre. Pour le contexte des campagnes électorales, voir : https://www.bbc.com/news/2025/10/28/campaigning-begins-in-military-run-myanmar-ahead-of-sham-elections
Mise en œuvre et réactions locales
Un responsable de la prison d’Insein, parlant sous couvert d’anonymat car non autorisé à communiquer, a indiqué à l’agence Associated Press que les libérations commenceraient immédiatement. Il n’a toutefois pas fourni la liste des noms ni le calendrier complet des sorties.
Insein, qui a longtemps servi de principal lieu de détention pour des opposants politiques, a vu des dizaines de proches se rassembler jeudi matin pour accueillir des personnes libérées dans le cadre de l’amnistie. Parmi les personnes relâchées figurait Kyi Toe, ancien responsable du comité de l’information de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD) de Aung San Suu Kyi, emprisonné depuis 2021.
Kyi Toe, lors d’une brève interview après sa libération, s’est montré prudent sur la politique mais a affirmé vouloir « rester fort pour travailler ensemble » avec Aung San Suu Kyi, qui demeure détenue quasiment en isolement à Naypyidaw et purge une peine de 27 ans. Pour plus de détails sur la situation de la dirigeante, voir : https://www.bbc.com/news/2022/10/12/military-ruled-myanmar-increases-aung-san-suu-kyis-jail-time
Critiques internationales et contexte
Les organisations de défense des droits humains et des observateurs estiment que l’élection de décembre, organisée par la junte qui a renversé le pouvoir en 2021, ne respecte pas les conditions d’un scrutin libre. Les critiques pointent l’absence de médias indépendants et l’arrestation de nombreux dirigeants du parti de Aung San Suu Kyi, la NLD.
Mark Farmaner, directeur de la Burma Campaign UK, a salué la nouvelle pour les détenus mais a dénoncé l’utilisation « à des fins de relations publiques » de ces libérations par l’armée pour tenter de construire un récit trompeur de réforme.
Selon l’Assistance Association for Political Prisoners, organisation indépendante qui recense les détentions politiques, environ 22 708 détenus politiques — y compris Aung San Suu Kyi — étaient en détention mercredi, un chiffre qui illustre l’ampleur de la répression depuis le coup d’État.
Ce que cela signifie pour le scrutin
Les autorités proclament que l’amnistie facilitera la participation électorale, mais plusieurs incertitudes subsistent :
- On ignore combien des personnes libérées pourront effectivement voter et dans quelles conditions.
- Le climat politique général, marqué par la censure et les arrestations, remet en question la transparence du processus électoral.
- Les organisations de droits de l’homme craignent que l’opération n’ait pour objectif principal de légitimer un scrutin critiqué à l’échelle internationale.
L’amnistie Birmanie annoncée reste donc perçue comme une mesure aux effets politiques immédiats, mais insuffisante pour dissiper les doutes persistants sur la liberté et l’équité des élections à venir.