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Zahran Mmdani a prêté serment au tout‑début de la nouvelle année, marquant une étape inédite dans l’histoire municipale de New York : il devient le premier maire musulman et d’origine sud‑asiatique de la « Big Apple ». Sa prestation de serment, effectuée sur le coran lors d’une cérémonie privée dans l’ancienne station de métro du City Hall, a été suivie par des milliers de New‑Yorkais lors d’événements publics organisés autour de l’hôtel de ville.
Un serment symbolique
La cérémonie intime, à laquelle n’assistaient que des membres de sa famille et des proches, a pris une portée symbolique forte dans une ville façonnée par des vagues d’immigration successives. À l’occasion de son discours d’investiture, Mmdani a promis d’agir « avec audace », ajoutant : « nous ne réussirons pas toujours, mais jamais on ne pourra dire que nous avons manqué de courage pour essayer ».
Une ascension venue de la marge
Pour de nombreux observateurs, l’élection de Mmdani représente une rupture démographique et politique. Les communautés musulmanes, composées d’immigrés d’Asie du Sud, d’Arabes et d’Américains d’origine africaine, ont longtemps vécu sous surveillance accrue et face à une hostilité accrue depuis les attentats du 11‑septembre.
Pourtant, après des décennies de marginalisation économique et sociale, leur poids électoral s’est affirmé : ils ont constitué une part notable des suffrages en 2025, nettement supérieure à leur part dans les listes d’électeurs inscrits.
Transformations dans les quartiers
Le paysage urbain reflète ce basculement. Dans le Bronx, le quartier de Morris Park est désormais surnommé « Little Yemen » : anciens bastions d’immigrés italiens se sont transformés en zones commerçantes et culturelles animées par des épiceries, restaurants et marchés arabes.
Parallèlement, la construction d’un nouveau centre islamique dans le Bronx, d’une surface de près de 3 000 mètres carrés, doit aboutir à l’ouverture du plus grand lieu de culte musulman de l’État de New York à la fin de 2026. Ce projet incarne, aux yeux de ses promoteurs, l’enracinement et l’expansion de l’influence sociale des communautés musulmanes.
Impact économique
Le renouvellement démographique a également eu des retombées économiques locales. Des commerçants yéménites et arabes contribuent aujourd’hui à dynamiser des artères commerciales où les taux de vacance avaient précédemment augmenté.
Des résidents de longue date reconnaissent que, malgré des frictions identitaires parfois perceptibles, ces transformations ont apporté davantage de stabilité économique et un sentiment renouvelé d’appartenance.
Programme politique et attentes
Le succès de Mmdani ne tient pas seulement à son identité religieuse, mais aussi à un programme ancré dans des principes de justice sociale. Ses propositions sociales — accès garanti à la nourriture, à la santé et au logement — ont trouvé un écho large, y compris auprès de citoyens qui ne partagent pas nécessairement ses convictions religieuses.
Les communautés attendent désormais des mesures concrètes. Parmi leurs priorités figurent :
- la reconnaissance du droit à la prière dans certaines écoles publiques ;
- l’instauration de nouvelles règles encadrant le comportement de la police lors des manifestations ;
- une politique de recrutement visant à augmenter la présence de musulmans dans les administrations municipales ;
- une réévaluation des relations de la ville avec certains partenaires internationaux.
Tensions et résistances
Cette période inaugurale s’accompagne d’enjeux et de tensions. La communauté musulmane n’est pas homogène : si beaucoup soutiennent l’agenda progressiste du maire, d’autres habitants — souvent plus conservateurs sur les plans religieux et culturel — réclament davantage de présence policière et le maintien de pratiques éducatives traditionnelles.
Par ailleurs, certaines demandes suscitant des débats sur la scène publique ont inquiété des responsables d’autres communautés, en particulier des leaders juifs, qui redoutent une montée de propos hostiles au sionisme susceptible d’alimenter des formes d’antisémitisme. Mmdani a fermement rejeté toute accusation d’antisémitisme, affirmant son opposition à toute forme de haine ciblée.
Un nouveau chapitre pour la ville
À l’heure où Zahran Mmdani prend les rênes de la municipalité, il porte les espoirs d’une communauté longtemps reléguée en marge. Son arrivée au pouvoir illustre un changement plus large : New York continue d’évoluer, et son paysage politique reflète désormais une diversité démographique qui redessine les équilibres locaux.
Les prochains mois permettront de mesurer la capacité du nouvel exécutif à traduire en politiques concrètes les attentes sociales et économiques exprimées durant la campagne, tout en apaisant les tensions naissantes entre différents groupes de la ville.