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Manifestations en Iran : crise économique et tensions politiques

par Lea
France

Des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont fait six morts jeudi dans l’ouest de l’Iran. Depuis dimanche, une mobilisation née autour du coût de la vie s’est étendue à des revendications politiques dans une vingtaine de villes du pays. Dans ce contexte, l’inflation dépasse les 50 % et le rial s’est affaibli sur le marché parallèle, accentuant la pression sur les ménages et les commerçants soumis à des sanctions internationales.

Contexte et origines du mouvement

Selon Jonathan Piron, spécialiste de l’Iran pour le GRIP, le mouvement est parti des quartiers commerciaux proches des bazars de Téhéran, qui subissent directement les effets de l’effondrement de la monnaie iranienne. Les marchands dépendent largement des importations et la chute du cours de la monnaie frappe leur activité, ce qui ravage leurs échanges.

Le mouvement s’est ensuite propagé dans d’autres villes, principalement des agglomérations de taille moyenne dans l’ouest du pays. Les autorités locales et les médias locaux évoquent une mobilisation dans une vingtaine de villes, mais les rassemblements restent largement modestes et n’atteignent pas l’ampleur des épisodes de fin 2022.

Évolution des revendications et participation

Au départ, les manifestants appartenaient majoritairement à des classes moyennes inférieures directement touchées par la crise économique. Puis d’autres segments se sont joints à la contestation, notamment des étudiants, et les slogans ont évolué vers des questions sociales et politiques, avec des mots d’ordre de plus en plus hostiles au régime, selon les observations des experts.

Des affrontements localisés entre manifestants et forces de l’ordre ont été signalés dans l’ouest du pays, faisant six morts selon des médias locaux, les premiers décès depuis le début du mouvement dimanche.

Répartition des manifestants et facteurs explicatifs

Pour l’instant, les rassemblements restent modestes, avec des groupes de quelques centaines à environ deux mille personnes. L’historique des manifestations en Iran montre qu’il n’existe pas de grande marée populaire comparable à celle de fin 2022, ce qui s’explique par plusieurs facteurs: une partie de la population n’y croit pas totalement, d’autres attendent de voir quelle forme prendra le mouvement, et des obstacles économiques ainsi que la peur de la répression limitent la participation.

Le géographe Bernard Hourcade souligne aussi que les divisions internes au sein de la société iranienne sont très fortes, et Piron rappelle qu’il s’agit d’actions collectives issues de mouvements différents, sans plateforme unifiée ni leader unique.

Réaction des autorités

Le pouvoir a tenté d’apaiser le climat en reconnaissant des revendications liées à la crise économique, tout en avertissant que toute intention de déstabilisation serait traitée avec fermeté par la justice. À Téhéran, trente personnes accusées de troubles à l’ordre public ont été arrêtées, selon une agence locale, sans indication officielle d’incidents majeurs dans la capitale ces derniers jours.

Interventions et réactions étrangères

Sur le plan international, l’ancien président américain Donald Trump a affirmé sur Truth Social que les États-Unis étaient prêts à intervenir si des manifestants étaient tués en Iran. Des conseillers du guide suprême iranien ont réagi en rappelant que toute intervention étrangère serait suivie d’une riposte et en qualifiant la sécurité de l’Iran de ligne rouge. Ali Larijani a mis en garde contre les risques de déstabilisation du Moyen-Orient et des répercussions potentielles pour les intérêts américains.

Selon Jonathan Piron, ces déclarations s’apparentent à une pratique de communication politique; il se demande quelles actions concrètes pourraient être envisagées et note que Trump dispose encore de peu d’instruments pour exercer une pression sur le régime.

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