À Eaubonne, dans le Val d’Oise, le directeur d’une maison de retraite du groupe Korian a été interpellé le 1er décembre à son domicile pour des faits d’abus de faiblesse et de détournement financier visant une résidente de 98 ans. Selon la cellule investigation de Radio France, près de 200 000 € ont été subtilisés et les contrats d’assurances-vie de la victime, d’une valeur totale d’environ 600 000 €, ont été modifiés en faveur du directeur.

Le mis en cause a été placé sous contrôle judiciaire, avec interdiction d’exercer dans le secteur du grand âge. Libéré après sa garde à vue, il attend sa comparution devant le parquet de Pontoise, dans le cadre d’une reconnaissance préalable de culpabilité, ou d’un plaidoyer de culpabilité. Le directeur a reconnu l’ensemble des faits et on lui interdit de contacter la victime. Selon nos informations, il avait déjà été condamné, par le passé, pour abus de confiance au détriment d’un autre groupe privé de santé.
Le groupe Korian, qui précise ne pas avoir signalé de défaillances antérieures le concernant, a annoncé son licenciement et s’est porté partie civile dans l’affaire. Le réseau affirme qu’il ne fait plus partie des effectifs. L’enquête a été lancée après un signalement de TRACFIN adressé au parquet de Pontoise peu avant l’été 2025. Les autorités financières avaient été alertées par le conseiller bancaire de la victime, qui avait relevé des dépenses inhabituelles et des montants importants sur les comptes d’une retraitée de 98 ans ayant donné procuration à une personne de confiance.
Les investigations ont rapidement identifié le directeur, qui aurait profité des visites de la résidente dans l’établissement pour nouer une relation de confiance. Il aurait appris qu’elle n’avait ni descendant ni mesure de protection en vigueur. En 2022, il aurait organisé son admission dans l’Ehpad et obtenu rapidement procuration sur ses comptes bancaires. Il se serait également désigné comme bénéficiaire de deux assurances vie totalisant près de 600 000 € à percevoir au décès de la résidente. Sur les trois années suivantes, le directeur aurait détourné environ 200 000 € pour financer son train de vie, via des chèques, des paiements sur ses propres factures et des retraits en espèces.
Par ailleurs, l’affaire s’inscrit dans un contexte plus large : Korian, leader européen des Ehpad avec près de 1 000 établissements, avait été indirectement éclaboussé en 2022 par le scandale Orpéa, son principal concurrent. Pour redorer son image et répondre aux critiques, le groupe avait organisé, en mai 2024, une opération autour de la qualité de la restauration de ses résidents à l’Ehpad d’Eaubonne, et avait obtenu le label de qualité Gault & Millau pour cet établissement parmi d’autres du réseau en France.