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Depuis plus de deux siècles, les relations États‑Unis‑Cuba ont alterné entre coopération commerciale, ingérences politiques et confrontations ouvertes. Après la révolution cubaine de 1959 et la bascule de l’île vers le camp soviétique, la rivalité a pris un tour durablement conflictuel, ponctué cependant de périodes d’ouverture et de détente qui n’ont jamais totalement effacé la méfiance réciproque.
Des débuts commerciaux aux occupations militaires
Les échanges entre les régions nord‑américaines et Cuba remontent au XIXe siècle, quand les États‑Unis sont progressivement devenus le principal partenaire commercial de l’île. Cependant, l’ambition politique et stratégique américaine s’est traduite par des interventions répétées et par l’occupation militaire à la fin du XIXe siècle.
Au début du XXe siècle, des accords et pratiques diplomatiques ont renforcé l’influence américaine sur l’île, notamment par le biais de dispositions donnant à Washington des droits d’intervention dans les affaires cubaines et par l’établissement d’une base navale américaine à Guantánamo.
Années 1959–1962 : rupture, nationalisations et crise
La victoire de la révolution en 1959 et l’arrivée de Fidel Castro ont profondément transformé la donne. Très vite, la nationalisation des biens américains sur l’île a conduit Washington à durcir son arsenal de sanctions.
La rupture diplomatique, l’imposition d’un embargo complet et la crise des missiles de 1962 ont marqué l’apogée de l’affrontement pendant la guerre froide. Cet épisode a précipité la séparation politique et économique entre les deux pays pour des décennies.
Migrations et conséquences humanitaires
Les tensions politiques ont été accompagnées de vagues migratoires importantes. Entre 1959 et le début des sanctions, des centaines de milliers de Cubains ont cherché refuge aux États‑Unis.
Plusieurs opérations d’évacuation et de départ massif, parfois dramatiques, ont jalonné l’histoire, tandis que les politiques migratoires américaines ont évolué, offrant à certains Cubains des conditions d’accueil particulières par rapport à d’autres flux migratoires.
De l’isolement aux gestes de normalisation (années 1990–2016)
Après l’effondrement du bloc soviétique, les pressions sur l’économie cubaine se sont intensifiées et Washington a renforcé certains instruments de contrainte. Néanmoins, des assouplissements progressifs sont apparus au tournant du XXIe siècle.
Entre 2009 et 2016, plusieurs mesures ont facilité les échanges humanitaires et familiaux, et la reprise formelle des relations diplomatiques en 2015 a marqué un tournant symbolique. La visite présidentielle américaine à La Havane en 2016 est restée un jalon historique, bien que fragile.
Retour du durcissement et recentrage des politiques (2017–2021)
La détente n’a pas résisté aux changements de politique à Washington. À partir de 2017, l’administration américaine a restauré de nombreuses restrictions, limitant les voyages, les transferts et les relations économiques directes avec certains secteurs contrôlés par l’armée cubaine.
Des incidents diplomatiques et des mesures réciproques ont encore alimenté la défiance, et des allégations de conditions sanitaires affectant des diplomates ont conduit à des réductions de personnel et à des tensions accrues.
Évolutions récentes : fluctuations entre assouplissements et sanctions (2022–2026)
Depuis 2022, la musique diplomatique est restée incertaine. L’administration Biden a partiellement levé ou assoupli certaines restrictions et a autorisé la reprise de vols commerciaux vers plusieurs aéroports cubains.
Mais la trajectoire est restée instable : des mesures d’allégement ont côtoyé des annonces de réinscription de Cuba sur des listes de pays « parrains » du terrorisme et des renforcement de sanctions selon les orientations des administrations successives.
Points saillants d’une chronologie dense
- Fin XIXe siècle : intervention américaine et fin de la domination espagnole ; occupation militaire américaine sur l’île.
- 1903 : établissement d’une base américaine à Guantánamo.
- 1959 : révolution cubaine et nationalisations des biens américains.
- 1962 : embargo complet et crise des missiles, point culminant de l’affrontement Est‑Ouest.
- 1980–1994 : vagues migratoires majeures (Mariel, rafles, accords d’émigration).
- 1996 : renforcement des sanctions par des lois américaines ciblant le régime cubain.
- 2015–2016 : rétablissement des relations diplomatiques et visite présidentielle américaine à La Havane.
- 2017–2021 : retour au durcissement et restrictions renforcées sous une nouvelle administration américaine.
- 2022–2026 : alternance d’assouplissements ciblés et de nouvelles sanctions, et montée des tensions régionales liées à des événements en Amérique latine.
Enjeux actuels et lignes de friction
Les principaux points de friction restent l’embargo économique, le statut de la base de Guantánamo, les politiques migratoires et les allégations réciproques sur le soutien à des mouvements régionaux. Par ailleurs, les capacités économiques et la dépendance vis‑à‑vis des échanges internationaux pèsent fortement sur La Havane.
La relation États‑Unis‑Cuba demeure étroitement liée aux priorités stratégiques régionales de Washington et aux équilibres politiques internes cubains. Toute avancée implique non seulement des décisions bilatérales mais aussi des évolutions politiques et institutionnelles sur l’île.
Perspectives
À court terme, la trajectoire des relations États‑Unis‑Cuba dépendra des choix de politique étrangère des administrations américaines successives et des réponses de La Havane. Les gestes symboliques et les mesures économiques ponctuelles peuvent ouvrir des fenêtres de dialogue, mais les contentieux historiques continuent d’alimenter la méfiance.
Enfin, les dynamiques migratoires, les aspirations de la société civile cubaine et les contraintes économiques internes joueront un rôle déterminant pour l’évolution future de ces relations, qui restent l’une des plus complexes et les plus durables du voisinage américain.