More

    Soudan : un cessez‑le‑feu humanitaire qui menace l’unité

    Soudan

    Les appels à un cessez‑le‑feu humanitaire au Soudan se multiplient depuis le début du conflit, mais la proposition lancée aujourd’hui survient dans un contexte inédit et périlleux. Elle fait suite aux massacres et au nettoyage ethnique perpétrés par la force paramilitaire des Rapid Support Forces (RSF) à el‑Fasher, au Darfour — un épisode qui a vidé la ville et laissé des scènes d’horreur humaine. Dans ces conditions, la simple invocation d’une trêve mérite un examen politique approfondi, au‑delà des slogans moraux.

    Une trêve humanitaire ou une porte vers la dislocation ?

    Les cessez‑le‑feu à visée humanitaire sont censés alléger la souffrance des civils et ouvrir des pistes de résolution. Or, ce qui inquiète aujourd’hui, c’est le calendrier : la trêve est proposée après la commission d’atrocités massives et après que la RSF a refusé toute obligation humanitaire préalable, notamment la protection des hôpitaux et l’ouverture de corridors sûrs.

    Les organisations humanitaires opéraient déjà dans plusieurs régions, y compris au Darfour, malgré l’absence d’un cessez‑le‑feu formel. D’où la question : pourquoi plaider pour un cessez‑le‑feu maintenant, et au profit de quels intérêts ?

    Le poids de l’histoire

    L’expérience régionale et mondiale montre que des trêves humanitaires ont parfois servi de préludes à la fragmentation d’États. Des situations en Libye, en Somalie, au Yémen ou encore au Sahel ont illustré comment des arrangements temporaires peuvent se transformer en normalisation de la division.

    Au Soudan même, l’opération humanitaire lancée à la fin des années 1980 a fini par s’inscrire dans un processus politique qui a débouché, des années plus tard, sur la partition et la sécession du Sud. Ces précédents imposent une lecture prudente du présent.

    Le piège de la reconnaissance déguisée

    La négociation d’un cessez‑le‑feu entre deux parties revendiquant chacune la représentation de l’État soulève un risque majeur : la reconnaissance de facto d’un acteur armé comme égal du gouvernement. La signature commune d’un accord peut conférer une légitimité politique à une force qui a recouru à la terreur et au nettoyage ethnique.

    Cela touche trois principes fondamentaux : l’unité territoriale, la légitimité constitutionnelle du gouvernement et l’unité des forces armées. La transformation du conflit en un arrangement de partage d’influence fragilise ces principes et met en péril la souveraineté nationale.

    Opacité des négociations et paradoxes éthiques

    Les pourparlers se déroulent dans une opacité qui surprend et inquiète : pourquoi tant de décisions sont‑elles prises à huis clos et rarement soumises au regard des populations soudanaises ? L’exclusion des citoyens de ces discussions pose une question simple : qui peut mieux superviser un processus de paix que ceux qui subissent directement la guerre et les déplacements ?

    Plus préoccupant encore, la même faction qui « tient le stylo » dans les négociations est souvent celle qui « tient l’arme » sur le terrain, poursuivant des pratiques de terreur et de purification ethnique. C’est un paradoxe moral et politique difficilement soutenable.

    Risque concret de démantèlement de l’État

    Un examen attentif des conséquences possibles montre que la trêve pourrait banaliser la division et installer des réalités parallèles. Plutôt qu’une réunification, on verrait s’établir des zones d’influence et des institutions concurrentes.

    • Multiplication d’armées sur un même territoire ;
    • Systèmes monétaires et banques centrales parallèles ;
    • Ministères des Affaires étrangères concurrents et passeports contradictoires ;
    • Déplacement durable de populations et altération du tissu démographique.

    Une telle logique aboutirait à un État sans État, où la souveraineté deviendrait un concept fragmenté et contesté.

    Entre urgence humanitaire et vigilance nationale

    Personne ne conteste l’urgence d’améliorer la protection des civils et l’accès à l’aide humanitaire. Toutefois, une trêve imposée ou négociée dans les conditions actuelles risque d’apporter une stabilité provisoire au prix d’un coût stratégique irréparable : l’érosion de l’unité nationale.

    La période exige une vigilance accrue et une participation citoyenne aux décisions qui scellent l’avenir du pays. L’enjeu dépasse l’immédiat : il s’agit de préserver l’unité territoriale, la légitimité des institutions et l’unicité des forces armées face à toute tentative de partition imposée.

    L’avenir dépendra largement de la capacité des Soudanais à se mobiliser pour défendre un projet national qui refuse la division et les protections étrangères imposées par la force.

    source:https://www.aljazeera.com/opinions/2026/1/17/sudan-a-truce-of-separation

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici


    Actualités

    L’acteur de Friends, Matthew Perry, décède à 54 ans

    "Matthew Perry, célèbre pour son rôle de Chandler Bing dans Friends, décède à 54 ans. Acteur très apprécié, sa mort suscite l'émotion mondiale."

    Entité sioniste déploie des navires de guerre en Mer Rouge selon un expert militaire

    Entité sioniste déploie des navires de guerre en Mer Rouge pour contrer les Houthis au Yémen, une manœuvre vue comme une démonstration de force envers l'Iran.

    L’affaire des SMS entre Pfizer et la Commission européenne : ce qu’il faut savoir

    En avril 2021, le New York Times a révélé...

    Banque suisse : Credit Suisse en chute libre après la faillite de la SVB

    L'action de Credit Suisse a dévissé de plus de...

    Le Retour de Microsoft avec Bing et Edge : Une Menace pour Google ?

    Depuis moins de trois mois, ChatGPT a déjà créé...

    Trump annonce un échange entre les dirigeants d’Israël et du Liban

    Trump annonce un échange historique entre les dirigeants d’Israël et du Liban, alors que les frappes et tensions se poursuivent au Liban.

    Conflit Iran-États-Unis : le Pakistan relance les négociations

    Le Pakistan intensifie sa médiation pour relancer les négociations Iran-États-Unis, sur fond de tensions au détroit d’Ormuz.

    Haïti : deux responsables limogés après la bousculade de la Citadelle

    En Haïti, deux responsables ont été limogés après la bousculade à la Citadelle de la Laferrière qui a fait 25 morts.

    Pétroliers sanctionnés traversent le détroit d’Ormuz malgré le blocus américain

    Des pétroliers sanctionnés franchissent le détroit d'Ormuz malgré le blocus américain, ravivant les tensions entre l'Iran, les États-Unis et la Chine.

    L’armée américaine menace de bloquer les ports iraniens lundi

    Les États-Unis annoncent un blocage des ports iraniens dès lundi, ravivant les tensions avec l’Iran et faisant bondir les prix du pétrole.

    Élections en Hongrie : Orban face à son plus grand défi

    En Hongrie, Viktor Orban affronte Peter Magyar dans un scrutin décisif, marqué par une participation record et des enjeux pour l’UE et l’Ukraine.

    Nigéria : des dizaines de morts dans une frappe aérienne

    Au Nigeria, une frappe de l'armée sur un marché du village de Jilli aurait fait plus de 100 morts, selon Amnesty International.

    Trump ordonne un blocus du détroit d’Ormuz après l’échec des négociations

    Trump ordonne un blocus naval du détroit d’Ormuz après l’échec des pourparlers US-Iran, faisant craindre une crise mondiale de l’énergie.

    à Lire

    Categories