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De nombreux footballeurs professionnels ont payé un lourd tribut après des carrières marquées par l’usage massif d’anti-inflammatoires, d’analgésiques et d’injections locales. Aujourd’hui à la retraite, beaucoup peinent à marcher normalement et doivent composer avec des douleurs chroniques, des opérations lourdes, voire des amputations.
Des corps usés après des années d’efforts
Après des saisons à enchaîner les matches et les entraînements, plusieurs anciens joueurs se retrouvent victimes d’une usure prononcée des articulations et des tissus. Pour atténuer la douleur et continuer à jouer, certains ont recouru de façon répétée aux anti-inflammatoires et aux injections.
Pourtant, cette stratégie a ses limites : à long terme, jouer sous médicamentation constante a accéléré la dégradation des cartilages, des tendons et des ligaments. Résultat : arthroses sévères, interventions chirurgicales importantes et, dans des cas extrêmes, amputations.
Récits de joueurs : douleurs, opérations et regrets
Les témoignages d’anciens joueurs font état d’une souffrance quotidienne et d’une série d’opérations destinées à retrouver un minimum de mobilité. Le constat revient souvent : peu d’ex-joueurs professionnels marchent sans problème après leur carrière.
- Alain Roche, 58 ans (ex‑Bordeaux, Auxerre) : « J’ai pris des anti‑inflammatoires tous les jours pendant 11 ans à cause d’une douleur importante à la cheville. Je n’avais plus de cartilage ; l’os frottait contre l’os à chaque mouvement. Je ne pouvais plus marcher sur le sable ni porter de chaussures habillées. Parfois, je pleurais de douleur. C’était ma vie quotidienne. »
- Jean‑Claude Lemou, 65 ans (ex‑Paris Saint‑Germain) : « Je faisais partie de ceux qui jouaient malgré la douleur. Mon cheville était stabilisée par des bandages et j’avais beaucoup d’attentions de la part des kinés. Après la retraite, j’ai vécu de nombreuses nuits atroces à affronter la douleur seul. »
- Daniel Bravo, 63 ans (ex‑Monaco, PSG) : « Pendant cinq ans, mon régime était basé sur deux comprimés de Voltarène par jour. Un jour, mes jambes se sont voûtées. Mes genoux souffraient en permanence. Nous, anciens joueurs, vieillissons de façon très dure. »
Interventions lourdes, parfois irréversibles
Les opérations se sont multipliées pour tenter de restaurer une vie la plus normale possible. Certaines interventions visent à stabiliser une articulation en réalisant une fusion osseuse, d’autres à réaligner un membre par ostéotomie.
Dans des cas plus graves, un ancien joueur a dû être amputé sous le genou après que sa cheville, dépourvue de cartilage, soit devenue une source de douleur insupportable. D’autres ont subi des arthrodèses ou des ostéotomies pour retrouver un meilleur appui.
À l’heure du bilan, plusieurs d’entre eux admettent que, s’ils avaient su l’issue, ils n’auraient pas poussé leur corps à ce point.
Un recours médical controversé
La pratique de jouer sous anti‑inflammatoires, injections ou bandages lourds soulève des questions éthiques et médicales. Certains médecins dénoncent des excès, tandis que les joueurs eux‑mêmes demandaient souvent ces traitements pour pouvoir continuer à jouer.
Un ancien médecin de l’équipe nationale résume la position : l’injection locale est un acte médical destiné à combattre la douleur, mais son usage pour prolonger la mise à l’effort d’articulations déjà endommagées est discutable. Entre la nécessité de soigner et la tentation d’outsourcer la douleur, la frontière a parfois été franchie.
Des questions qui restent en suspens
Ces parcours posent une interrogation difficile : à quel prix la quête de performance et de succès doit‑elle s’exercer ? Les récits d’anciens joueurs montrent que l’usage prolongé d’anti‑inflammatoires et d’injections peut transformer des victoires passées en handicaps durables.
Alors que le débat sur la protection de la santé des sportifs se poursuit, les témoignages et les pratiques passées invitent à repenser la prise en charge de la douleur dans le sport professionnel.