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Qui a tué Omar Torrijos, le leader panaméen qui défia les États‑Unis ?

par Sara
Panama, États-Unis

Omar Torrijos, l’homme qui a fait du canal de Panama une question de souveraineté nationale, est mort le 31 juillet 1981 dans le crash de son avion. Depuis ce jour, la thèse d’un accident météorologique se heurte à des soupçons d’assassinat politique. À la fois populaire auprès des classes populaires panaméennes et en conflit ouvert avec Washington, Torrijos demeure une figure dont la fin alimente encore des débats et des enquêtes contradictoires.

Un siècle de domination et la naissance du ressentiment

La controverse autour du canal puise ses racines au début du XXe siècle, lorsque la signature d’un traité a donné aux États‑Unis des droits étendus sur la zone du canal. Rapidement, la présence militaire et administrative américaine a structuré la vie politique et sociale panaméenne, suscitant ressentiment et revendications nationalistes.

Au fil des décennies, incidents et interventions ont renforcé la perception d’une souveraineté limitée pour Panama, jusqu’aux manifestations et affrontements de janvier 1964, événement qui a marqué un tournant dans la mobilisation populaire autour de la question du drapeau et de la dignité nationale.

L’ascension d’Omar Torrijos et sa politique nationale

Arrivé au pouvoir après le coup d’État de 1968, Omar Torrijos a su consolider son autorité à la tête du pouvoir militaire tout en menant une politique sociale ambitieuse. Il a multiplié les réformes en faveur des classes moyennes et populaires, redistribué des terres et investi dans l’éducation et les infrastructures.

Sur le plan international, Torrijos a adopté une posture résolument souverainiste : il a cherché à réduire l’emprise économique des multinationales et à porter la cause panaméenne sur la scène mondiale, notamment par la voie diplomatique pour obtenir une renégociation du statut du canal.

Les négociations avec Washington et l’accord de 1977

Après des années de tensions, les négociations entre Panama et les États‑Unis ont abouti en 1977 à des accords qui préfiguraient le transfert progressif du canal à la souveraineté panaméenne. Ces traités ont été présentés comme la reconnaissance d’un droit national, mais ils ont aussi provoqué de vives oppositions, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.

Pour certains, ces accords représentaient une victoire politique majeure portée par Omar Torrijos ; pour d’autres, ils restaient insatisfaisants et laissaient subsister des zones d’influence étrangères. Quoi qu’il en soit, la signature a durablement modifié l’équilibre des forces et accru l’hostilité de cercles militaires et économiques favorables au maintien du statu quo.

Le crash du 31 juillet 1981 et les zones d’ombre

La mort de Torrijos dans le crash d’un avion militaire au-dessus du Cerro Marta a été imputée officiellement aux mauvaises conditions météorologiques et à des limitations techniques. Toutefois, des éléments rapportés par des témoins, des proches et plusieurs auteurs ont alimenté l’idée d’un acte délibéré.

Certains récits font état d’affirmations de proches assurant qu’une explosion a eu lieu à bord, tandis que d’autres évoquent la conjonction d’intérêts puissants — au sein d’appareils militaires, de l’état profond ou d’intérêts économiques — qui auraient pu voir dans la disparition de Torrijos un moyen de rouvrir des négociations plus favorables.

Motifs possibles et acteurs potentiels

Plusieurs motifs sont avancés pour expliquer un éventuel assassinat : la colère de responsables militaires et politiques opposés aux accords sur le canal, l’inquiétude de secteurs économiques internationaux affectés par les politiques de Torrijos, ou encore la volonté de certains cercles externes de préserver des bases et des accès stratégiques.

En revanche, aucun dossier public n’a livré de preuve irréfutable permettant d’attribuer la responsabilité à un commanditaire précis. Les archives, les témoignages et les analyses publiés depuis lors offrent des éléments discordants mais jamais de conclusion judiciaire définitive.

Récits, enquêtes et héritage

Au lendemain de sa mort, écrivains, ex‑responsables et observateurs ont proposé des interprétations divergentes, certaines mettant en cause des acteurs internes, d’autres pointant du doigt des pressions et oppositions étrangères. Ces récits ont contribué à entretenir la controverse et à questionner la version officielle.

Quarante ans après, Omar Torrijos reste une figure centrale de l’histoire panaméenne : son action a préparé le terrain du transfert du canal en 1999 et a profondément marqué la mémoire collective. En même temps, l’absence d’un verdit pleinement partagé nourrit toujours des interrogations sur les circonstances exactes de sa disparition.

La question demeure

Les archives et les témoignages continuent d’être examinés par des historiens et des journalistes, tandis que la mort de Torrijos alimente des débats sur l’ingérence, la souveraineté et les méthodes de l’action politique au XXe siècle. Ainsi, la question « Qui a tué Omar Torrijos ? » reste moins une énigme judiciaire qu’un révélateur des tensions géopolitiques et nationales qui ont structuré l’histoire du canal de Panama.

source:https://www.aljazeera.net/politics/2026/1/26/%d9%85%d9%86-%d9%82%d8%aa%d9%84-%d8%b9%d9%85%d8%b1-%d8%aa%d9%88%d8%b1%d9%8a%d8%ae%d9%88%d8%b3-%d8%a7%d9%84%d8%b0%d9%8a-%d9%82%d8%a7%d9%88%d9%85-%d8%a3%d9%85%d8%b1%d9%8a%d9%83%d8%a7

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