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Des travailleurs bangladais se retrouvent enrôlés et envoyés combattre en Ukraine après avoir été attirés en Russie par des offres d’emploi civiles, révèle une enquête. Selon des témoignages et des documents consultés, des hommes partis pour des postes de maintenance ou de services ont été contraints de signer des contrats militaires et de prendre part aux opérations sur le front.
Des promesses détournées
Plusieurs recrutements ont eu lieu sous la promesse d’emplois non combattants : agents d’entretien, électriciens ou personnels d’usine dans l’Extrême-Orient russe. Rapidement, nombre de ces travailleurs ont découvert que les papiers qu’on leur demandait de signer les liaient à l’armée russe.
Par conséquent, beaucoup se sont retrouvés envoyés dans des camps où ils ont reçu des formations en guerre électronique, utilisation de drones, évacuation médicale et maniement d’armes lourdes, loin des postes civils qu’on leur avait promis.
Témoignages directs
Maksudur Rahman raconte avoir fui la chaleur tropicale de son village pour Moscou avant d’être acheminé vers un camp militaire. Lorsqu’il a protesté, un commandant, via une application de traduction, lui aurait répondu : « Votre agent vous a envoyé ici. Nous vous avons acheté. »
Rahman décrit des menaces de prison, des coups et des humiliations. Après sept mois, il a réussi à s’échapper et à rentrer au Bangladesh.
Violences et conditions de détention
D’autres témoignages rapportent des brimades répétées : passages à tabac, tortures en sous-sol, menaces d’exécution et privation de nourriture en cas de refus d’obéir. Des hommes ont été battus pour de simples erreurs dues aux barrières linguistiques.
Un ancien recruté, Mohan Miajee, explique avoir été enchaîné et frappé avec des pelles après avoir refusé certaines tâches. Il affirme avoir été envoyé en janvier 2025 dans un camp proche d’Avdiivka, dans l’est de l’Ukraine, malgré son profil d’électricien et ses demandes d’un travail technique.
Rôles imposés sur le front
Les hommes racontent avoir été contraints d’effectuer des missions dangereuses : avancer en éclaireurs devant les troupes, transporter des munitions et des charges lourdes, évacuer des blessés ou récupérer des corps. Ces tâches exposent des civils recrutés à des risques mortels.
Les documents recueillis — visas, contrats militaires, rapports médicaux et photos — corroborent plusieurs de ces récits et indiquent des blessures liées à des combats.
Un phénomène partagé au-delà du Bangladesh
Des personnes originaires d’autres pays d’Asie du Sud, notamment d’Inde, du Népal et du Sri Lanka, affirment avoir été victimes de stratagèmes similaires. Des autorités de pays d’Afrique et du Moyen-Orient ont également signalé des cas de citoyens enrôlés sous de fausses promesses.
Ainsi, la pratique semble toucher un réseau de recrutement transnational exploitant la précarité et la mobilité des travailleurs migrants.
Familles en quête de réponses
Des proches ont déposé des plaintes dans leurs villages et se sont rendus à plusieurs reprises à Dhaka pour pousser les autorités à enquêter. Certains n’ont plus de nouvelles depuis des mois.
Salma Akdar, par exemple, relate que son mari Ajgar Hussein a cessé de donner des nouvelles après avoir expliqué qu’on l’avait forcé à s’entraîner au maniement d’armes et à porter jusqu’à 80 kg. Avant sa disparition, il aurait envoyé un dernier message vocal : « Priez pour moi. »
Éléments matériels et absence de réponses officielles
Les récits des victimes ont été accompagnés de pièces — accords de recrutement, documents de voyage, rapports médicaux et photos — qui suggèrent une implication effective dans la guerre. Ces éléments renforcent les accusations de recrutement forcé.
À ce stade, les autorités russes et bangladaises n’ont pas confirmé publiquement de réponses détaillées aux allégations évoquées par les familles et les personnes ayant survécu.
Alors que les familles cherchent des comptes et que des survivants retournent dans leurs villages, les témoignages mettent en lumière le sort de travailleurs migrants séduits par des offres civiles puis convertis, de force, en effectifs sur un théâtre de guerre. Le phénomène soulève des questions cruciales sur la protection des migrants et les méthodes de recrutement transfrontalières.