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Sous la pression des campagnes anti-drogue menées depuis les États-Unis, les cartels de cocaïne réorientent leurs routes et leur implantation vers l’Afrique. Selon un rapport de la revue Jeune Afrique, ce déplacement n’est pas un simple contournement mais une stratégie délibérée de « repositionnement » visant à exploiter les fragilités structurelles du continent. Progressivement, l’Afrique devient à la fois relais logistique et possible base opérationnelle pour des réseaux autrefois centrés sur les Amériques.
Un déplacement stratégique des flux
Avec le renforcement des contrôles et des pressions policières dans les Amériques, les organisations criminelles cherchent des territoires où la surveillance internationale est moins serrée. Dès lors, les routes se décalent vers l’Atlantique Sud et les côtes africaines, mais aussi vers des corridors terrestres peu contrôlés.
Ce réajustement s’appuie sur l’exploitation d’écosystèmes de vulnérabilité : ports, compagnies de transport et entrepôts qui, faute de contrôles rigoureux, se prêtent au transit ou au blanchiment d’activités illicites.
- Ports et infrastructures portuaires sous-dotés en moyens de contrôle ;
- Sociétés de transport et de fret vulnérables aux détournements ;
- Entrepôts et zones franches peu surveillées qui servent de caches logistiques.
Fragilité des États et complicités
Le rapport souligne que la drogue prospère là où l’État est faible. En effet, les structures légales et le contrôle institutionnel insuffisant offrent un terrain fertile aux trafics organisés.
Plus préoccupant encore, un indice dédié à la criminalité organisée en Afrique révèle qu’environ la moitié des pays voient des acteurs liés à l’État jouer un rôle important, voire dominant, dans la facilitation de ces réseaux. Par ailleurs, 92,5% des pays du continent éprouvent des difficultés à résister à l’influence de ces mafias en raison d’une flexibilité institutionnelle limitée.
Cas emblématiques : Afrique du Sud, Nigeria, RDC
L’Afrique du Sud illustre la conjonction de violences intérieures et d’intérêts criminels étrangers. Malgré des institutions généralement plus solides, l’infiltration de la criminalité organisée dans la sphère politique contribue à une situation sécuritaire délétère, avec un niveau de violence élevé au quotidien.
Le Nigeria, quant à lui, s’est imposé comme un hub logistique reliant les flux de drogues en provenance d’Afrique de l’Est vers les marchés européens et nord-américains. Des groupes armés et des réseaux locaux profitent des frontières poreuses et des financements illicites pour entretenir ces circuits.
En République démocratique du Congo, la criminalité prend une tournure économique sanglante : minerais précieux extraits illégalement — cuivre, cobalt, or — se mêlent ensuite à la filière officielle via des sociétés écrans, alimentant des réseaux tant locaux qu’internationaux.
Perspectives et risques
Face à la contraction des espaces de manœuvre en Amérique latine et aux pressions policières, un expert congolais cité dans le rapport résume la logique : les réseaux en difficulté chercheront des espaces où les risques sont moindres et les gains potentiels intéressants. L’Afrique remplit aujourd’hui ces conditions, offrant à la fois couverture et débouchés.
Par conséquent, le continent risque de ne plus être seulement un point de transit, mais de devenir une base d’opérations plus durable, avec des conséquences directes pour la sécurité régionale, la gouvernance et l’économie formelle.