Dans le cadre d’un procès à Los Angeles visant YouTube et Meta, une psychiatre américaine affirme que l’usage des réseaux sociaux agit comme une drogue d’entrée qui remodèle le cerveau des adolescents et les rend plus vulnérables face à d’autres drogues. Cette affaire, portée par Kaley G.M., une Américaine de 20 ans qui affirme avoir développé une dépendance aux réseaux sociaux, pourrait servir de référence pour de nombreux litiges similaires aux États-Unis.
Lors de son témoignage, la docteure Anna Lembke, psychiatre à l’université Stanford et figure reconnue dans le domaine, a expliqué qu’elle utilisait le terme « drogue » dans un sens large incluant l’usage des réseaux sociaux.
Munie d’un modèle anatomique, elle a décrit le rôle central du cortex préfrontal – cette zone de matière grise située derrière le front – dans la régulation des comportements et dans la gratification différée, c’est-à-dire l’appréciation des conséquences futures. Elle a illustré son propos en disant : « Il agit comme les freins d’une voiture : c’est la partie de notre cerveau qui dit : Ok, j’en ai assez, ça suffit maintenant ». Elle est l’auteure de « Dopamine Nation », ouvrage qui a renforcé sa notoriété au-delà des cercles académiques.
Le développement du cortex préfrontal ne s’achève pas avant environ 25 ans, et son immaturité biologique explique pourquoi les adolescents prennent souvent des risques qu’ils ne prendraient pas à l’âge adulte. Kaley G.M. a utilisé YouTube à partir de l’âge de 6 ans, puis Instagram à 11 ans, avant de se tourner ensuite vers TikTok et Snapchat. Si YouTube soutient que Kaley n’utilise plus sa plateforme que quelques minutes par jour depuis au moins six ans, l’avocat de la jeune femme a exploité le témoignage de l’experte pour attirer l’attention des jurés sur la notion de première exposition.

L’experte a évoqué le concept de « drogue d’entrée », historiquement associé au tabac ou à l’alcool. Selon elle, la première exposition aurait remodelé le cerveau et créé la maladie de l’addiction, rendant ensuite l’individu plus vulnérable à d’autres drogues. Elle a décrit le cycle de la dépendance à travers le mécanisme de tolérance, soit l’adaptation physique du corps à la drogue, qui rend les doses initiales inefficaces et pousse l’utilisateur à rechercher la nouveauté, parfois sur d’autres plateformes.
TikTok et Snapchat, également poursuivies dans le cadre de l’affaire, auraient choisi de sceller un accord confidentiel avant le procès. Le développement du cortex préfrontal et la notion de première exposition restent au cœur du plaidoyer de l’experte, lequel vise à éclairer les raisons pour lesquelles certaines plateformes pourraient influencer l’humeur et l’image de soi chez les jeunes usagers.
La démarche se poursuit dans ce dossier, qui interroge les liens entre l’usage des réseaux sociaux et des symptômes tels que dépression, anxiété et troubles de l’image de soi, chez Kaley G.M. et potentiellement chez d’autres jeunes confrontés à des expériences similaires.