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Jénine : l’occupation expulse des dizaines de Palestiniens d’Arraba

par Sara
Palestine, Israël

L’armée israélienne a ordonné l’évacuation d’un groupe de familles vivant dans le « camp d’Arraba », au sud de Jénine, provoquant le départ précipité d’une cinquantaine de personnes et soulevant des craintes d’une reprise de la présence militaire et d’une expansion coloniale dans la région — expulsion Jénine. Les familles ont été averties par un ordre militaire leur donnant seulement quelques heures pour quitter leurs logements.

Déplacement précipité et perte de moyens de subsistance

Sur le seuil du camp, une femme de 50 ans, connue localement comme « mère Mohammed », a rassemblé en hâte les derniers ustensiles de cuisine, quelques vêtements d’enfants et le matériel de fabrication du fromage qu’elle exploitait depuis plus de quatorze ans. Sa famille s’était installée dans ce camp en 2013, après avoir quitté la vallée du Jourdain nord.

Selon les habitants, le camp est constitué de bâtiments en béton, anciens et divisés en de nombreuses chambres, érigés à l’époque du mandat jordanien puis réutilisés par l’armée israélienne. Après des années de vie et d’élevage de bétail, les familles se retrouvent contraintes de tout quitter, avec pour seule perspective des pièces de fortune ou des terres éloignées.

Menaces et contraintes immédiates

Les occupants affirment que l’armée les a menacés d’arrestation et de saisie de leur bétail si l’évacuation n’était pas exécutée. Face à l’urgence, les habitants ont déménagé meubles et animaux : certains ont chargé leurs biens sur des remorques agricoles tandis que d’autres ont embarqué à bord de véhicules une trentaine de personnes en direction d’un terrain situé à dix minutes, qui risque toutefois de devenir trop éloigné si l’armée revient.

Une des femmes raconte l’angoisse liée à la scolarité de son fils : contraint de manquer dix jours d’université, il ne sait pas comment rattraper les cours manqués tant que la famille n’a pas retrouvé de stabilité. Le déplacement disperse les proches et fragilise des activités économiques fragiles, notamment l’élevage et la production laitière.

Réactions locales et absence de notifications officielles

La municipalité d’Arraba affirme n’avoir reçu aucun avis officiel ni de l’armée ni des autorités civiles palestiniennes. Son président municipal a indiqué que l’armée a occupé le site pendant une semaine et informé les familles de la nécessité de partir, en précisant son intention de revenir pour y établir une position militaire.

Les responsables locaux mettent en garde contre l’effet d’une telle réimplantation militaire: elle entraînerait, selon eux, le vide de zones alentour et permettrait une mainmise accrue sur des territoires proches d’une colonie voisine que les autorités israéliennes cherchent à étendre depuis plusieurs années.

Une démarche inscrite dans un contexte plus large

Des analystes et responsables palestiniens voient dans cette action un mouvement cohérent avec une stratégie plus vaste visant à renforcer la présence israélienne en Cisjordanie et à redéfinir la réalité territoriale. Pour eux, la reprise de sites évacués antérieurement s’inscrit dans un effort de contrôle et d’annexion progressive des terres.

Selon ces observateurs, l’objectif serait double : fragmenter et affaiblir l’implantation palestinienne afin qu’elle apparaisse comme ponctuelle et limitée, et renforcer simultanément les leviers politiques et militaires qui encadrent la colonisation et l’organisation des espaces en Cisjordanie.

Accroissement des mesures foncières et urbanistiques

Les autorités palestiniennes dénoncent également, depuis le début de l’année, une série d’ordres militaires et d’actions visant à placer des terres sous contrôle israélien pour des motifs de « sécurité » ou de « mise en réserve ». Parmi ces mesures, des centaines de dunums ont été excédés et des projets d’implantation ont été soumis, avec plusieurs centaines d’unités résidentielles approuvées ou en attente d’approbation.

Ces démarches contribuent, d’après les opposants à ces politiques, à une transformation durable du paysage territorial, qui risque d’isoler des villes et villages palestiniens, notamment en cas de retour à grande échelle de positions militaires dans des sites naguère évacués.

Instabilité et incertitude pour les familles déplacées

Après le départ des familles, le camp est redevenu silencieux, mais les habitants restent dans l’attente d’un possible retour des forces et d’une reprise des opérations militaires. Les foyers déplacés, privés de logis et de moyens de subsistance, survivent dans l’incertitude, incapables pour l’heure de planifier l’avenir de leurs enfants et de leurs élevages.

L’expulsion récente ravive la crainte d’une nouvelle phase de pressions territoriales autour de Jénine, tandis que les familles et responsables locaux alertent sur les conséquences humaines et sociales d’une politique qui, selon eux, aggrave le déplacement forcé et l’isolement des communautés palestiniennes.

source:https://www.aljazeera.net/politics/2026/2/12/%d8%b4%d8%a7%d9%87%d8%af-%d8%aa%d9%87%d8%af%d9%8a%d8%af-%d8%a7%d9%84%d8%a7%d8%ad%d8%aa%d9%84%d8%a7%d9%84-%d9%85%d8%b9%d8%b3%d9%83%d8%b1-%d8%b9%d8%b1%d8%a7%d8%a8%d8%a9

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