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Le Premier ministre canadien Mark Carney a dévoilé mardi une méga-stratégie de défense, engagée à réduire la dépendance d’Ottawa à l’égard de Washington et à renforcer la souveraineté nationale. Cette « stratégie de défense canadienne » prévoit des investissements publics et des achats massifs pour moderniser les forces armées et créer une base industrielle locale.
Un diagnostic d’urgence
Selon Carney, le Canada n’a pas pris assez de mesures pour se défendre dans un monde devenu plus dangereux. « Nous avons trop compté sur notre géographie et sur d’autres pour nous protéger », a-t-il déclaré, estimant que cette dépendance a créé des vulnérabilités désormais intolérables.
Le Premier ministre a insisté sur la nécessité de bâtir une industrie de défense nationale pour éviter d’être à la merci de décisions étrangères lorsqu’il s’agit de la sécurité canadienne.
Une enveloppe budgétaire colossale
Le bureau du Premier ministre décrit la stratégie comme un investissement dépassant le demi‑billion de dollars canadiens, soit plus de 500 milliards CAD, destiné à la sécurité, à la prospérité économique et à la souveraineté du pays.
Concrètement, le plan comprend un financement direct pour la défense de l’ordre de 80 milliards CAD sur les cinq prochaines années. À cela s’ajoutent environ 180 milliards CAD prévus pour des achats de défense et 290 milliards CAD destinés aux infrastructures liées à la sécurité sur la décennie à venir.
Objectifs industriels et retombées économiques
La stratégie vise aussi un important volet industriel. Le gouvernement entend accroître de 85 % ses investissements en recherche et développement dans le domaine de la défense au cours des dix prochaines années.
Parmi les cibles affichées figurent une hausse des revenus de l’industrie de défense de plus de 240 %, une augmentation des exportations de 50 % et la création d’environ 125 000 emplois supplémentaires.
La Chambre de commerce du Canada a salué l’annonce, la qualifiant de « pari majeur » pour le pays. David Pears, vice‑président de l’organisation, a noté que le financement nouveau est inédit et que le succès de la démarche se mesurera à l’aune d’une armée canadienne plus forte.
Un contexte de tensions avec les États‑Unis
L’initiative intervient alors que les positions et décisions de l’administration américaine ont fragilisé certaines alliances traditionnelles, selon Ottawa. Mark Carney est devenu l’un des critiques les plus visibles de l’approche de Washington ces derniers mois, notamment après son intervention au forum de Davos.
Il a également repris des propos tenus la semaine précédente lors d’un discours au congrès sur la sécurité, soulignant l’élargissement d’un fossé entre certaines valeurs américaines et canadiennes. « La nation canadienne est une nation civique », a‑t‑il rappelé, affirmant qu’Ottawa défendait les droits de tous dans un pays vaste et multiculturel.
Renforcement des partenariats internationaux
Face au recul relatif des relations bilatérales en matière de sécurité, le gouvernement canadien cherche à diversifier ses alliances. Ottawa a formalisé son adhésion à un programme européen de financement de la défense, devenant le seul membre non européen de ce dispositif de soutien aux projets militaires et industriels du bloc.
Parallèlement, le Canada fait l’objet de critiques anciennes de la part de ses alliés au sujet de son niveau de dépenses militaires. Pour y répondre, Ottawa s’était déjà engagé, en juin dernier, à augmenter le financement des forces armées et à atteindre l’objectif de l’OTAN de consacrer 2 % du produit intérieur brut aux dépenses militaires durant l’exercice 2025‑2026.
Enjeux et perspectives
La « stratégie de défense canadienne » marque une réorientation nette des priorités d’Ottawa vers l’autonomie stratégique et le développement industriel national. Toutefois, la transformation attendra des années de mise en œuvre et des choix politiques constants.
En définitive, le plan mise sur des retombées économiques et sur une sécurité accrue ; son efficacité sera jugée sur la capacité du pays à traduire ces engagements financiers en capacités opérationnelles tangibles.