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Pérou : José María Balcázar nommé président par intérim

par Sara
Pérou

Le Congrès du Pérou a voté la nomination de José María Balcázar président par intérim, succédant à José Jeri après sa destitution. Cette désignation survient à moins de deux mois des élections présidentielles prévues le 12 avril, et marque une nouvelle étape dans une décennie de forte instabilité politique.

Un mandat transitoire avant les élections

Le mandat de José María Balcázar sera de courte durée : le pays se rendra aux urnes le 12 avril et, si aucun candidat n’obtient la majorité absolue, un second tour est prévu en juin. Traditionnellement, le président élu est investi à la fête nationale fin juillet, ce qui devrait mettre un terme à l’intérim de Balcázar.

Cette succession porte à neuf le nombre de dirigeants différents au Pérou en dix ans, illustrant la fragilité des institutions. Parmi les huit derniers présidents avant Balcázar, quatre ont été destitués et deux ont démissionné avant la fin de leur mandat.

Le vote au Congrès et les réactions

Le choix de Balcázar a été entériné après deux tours de scrutin au sein du Congrès. Lors du premier tour, la députée de centre-droit María del Carmen Alva et José María Balcázar arrivaient en tête, mais aucun des deux n’atteignait le seuil requis de 59 voix.

Une seconde manche a été organisée, malgré le boycott annoncé par le parti de gauche Together for Peru. Au final, Balcázar a remporté la présidence par intérim avec 60 voix sur les 113 exprimées.

La décision a suscité des réactions vives, notamment à droite, où certains élus et responsables ont exprimé leur inquiétude sur les réseaux sociaux en dénonçant un basculement vers la gauche.

Parcours et controverses de José María Balcázar

José María Balcázar, âgé de 83 ans, est issu du parti de gauche Perú Libre. Originaire de Cajamarca, il a étudié le droit, exercé comme professeur et servi comme magistrat.

Son passage au pouvoir judiciaire a été entaché de controverses : en 2004, alors qu’il siégeait provisoirement à la Cour suprême, il a tenté de remettre en cause une décision de cassation considérée comme définitive, ce qui a entraîné des procédures disciplinaires et le non-renouvellement de son mandat par l’instance disciplinaire nationale.

Élu au Congrès depuis 2021, Balcázar a brièvement quitté Perú Libre pour rejoindre le parti Perú Bicentenario. Sa carrière politique est également marquée par plusieurs enquêtes : des accusations de détournement de fonds liées au barreau de Lambayeque, des liens présumés à une affaire de corruption impliquant une ancienne procureure générale et des prises de position controversées, notamment sa défense du mariage d’enfants lors des débats parlementaires de 2023.

Malgré ces polémiques, il a réussi à rassembler suffisamment de voix dans un hémicycle fragmenté pour obtenir l’investiture temporaire.

La chute de José Jeri et le scandale « Chifagate »

José Jeri, 39 ans, était l’un des plus jeunes présidents à diriger le pays et devient le dernier d’une série de trois chefs d’État destitués consécutivement. Il avait lui-même présidé le Congrès et dirigé la procédure de destitution contre sa prédécesseure Dina Boluarte.

Son départ fait suite à une cascade de scandales : une accusation d’inconduite sexuelle, des interrogations sur des rencontres nocturnes avec des femmes qui ont ensuite reçu des contrats publics, et surtout des rendez-vous non consignés avec des hommes d’affaires chinois.

Des vidéos diffusées par la presse montraient Jeri entrant, le visage dissimulé par une capuche, dans un restaurant appartenant à un homme d’affaires chinois et, à une autre occasion, dans son magasin en portant des lunettes de soleil. Ces rencontres, qui n’apparaissaient pas dans l’agenda officiel, ont suscité une enquête pour possible trafic d’influence.

Parmi les entrepreneurs impliqués figure un homme qui avait obtenu une concession pour un projet hydroélectrique, dont la transparence et l’avancement ont été critiqués. Un autre commerçant cité dans les enquêtes est actuellement assigné à résidence pour activités illégales.

Le scandale, surnommé « Chifagate » en référence à la cuisine sino-péruvienne, intervient alors que le Pérou subit des pressions internationales, notamment des inquiétudes exprimées par certains partenaires étrangers concernant l’influence d’investissements chinois dans des infrastructures stratégiques.

À court terme, José María Balcázar président par intérim devra gérer un État en proie à la contestation tout en préparant la transition vers une nouvelle équipe issue des élections d’avril. Parallèlement, les enquêtes sur la période de José Jeri et les dossiers pendants à l’encontre de plusieurs responsables politiques devraient continuer d’alimenter le débat public.

source:https://www.aljazeera.com/news/2026/2/19/peru-appoints-new-president-after-jose-jeris-removal

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