À Saïda, dans le sud du Liban, l’approche de la rentrée place certaines écoles devant une contradiction immédiate : elles doivent accueillir les élèves tout en abritant encore des familles déplacées. Pour les personnes installées dans les salles de classe après la destruction de leur logement, quitter l’école suppose d’abord qu’une solution d’hébergement sûre soit trouvée.

Des inscriptions scolaires au milieu des familles hébergées

À l’école officielle libano-koweïtienne de Saïda, les inscriptions pour la nouvelle année ont été achevées depuis juin, explique sa directrice, Widad Jradi, à Al Jazeera. L’établissement a reçu des demandes d’élèves de la ville, d’enfants de familles déplacées et d’élèves venant d’autres écoles publiques ou privées. Dans le même temps, il héberge encore environ 400 personnes déplacées.

L’école a séparé son activité administrative et pédagogique de la gestion de l’hébergement, suivie avec une association spécialisée. Mais cette organisation ne règle pas la question qui conditionne la rentrée : l’établissement espère que les familles pourront être transférées vers des centres distincts afin que les classes retrouvent leur fonction scolaire.

Pour les familles, l’enjeu n’est pas de s’opposer au retour des élèves. Une femme déplacée, interrogée par Al Jazeera, dit ne pas vouloir rester dans une école, mais ne pas savoir où aller si elle devait en partir. Elle rappelle aussi que ses propres enfants ont besoin d’étudier. Le problème posé est donc celui d’un relogement, non d’un arbitrage entre les élèves et les déplacés.

Une école ne peut durablement remplir deux rôles

Le directeur de l’école officielle modèle omanaise de Saïda, Huthaifa al-Mallah, décrit l’ouverture des écoles aux familles venues des zones frontalières comme une réponse imposée par les circonstances sécuritaires. Il estime toutefois que cette situation ne peut devenir la norme : une école ne peut pas, dans la durée, être à la fois un lieu d’apprentissage et un centre d’hébergement.

L’année précédente, le ministère de l’Éducation a eu recours à plusieurs solutions pour maintenir la scolarité : enseignement à distance, regroupement d’écoles, horaires du matin et du soir, ou locaux alternatifs mis à disposition par les municipalités. Selon le directeur, le maintien de centres d’hébergement dans les écoles à la rentrée pourrait ramener certains élèves vers l’enseignement en ligne et leur faire perdre une nouvelle année d’enseignement en présentiel.

Selon le directeur Huthaifa al-Mallah, le gouvernement a décidé de limiter autant que possible le recours aux écoles comme centres d’hébergement et de rechercher d’autres lieux. Cette orientation ne vaut pas, à elle seule, calendrier de mise en œuvre pour tous les établissements concernés.

À Saïda, des mesures transitoires sans solution de logement définitive

La responsable de la cellule de gestion des catastrophes et des crises de la municipalité de Saïda, Wafaa Choueib, indique que la ville compte alors cinq centres d’hébergement accueillant environ 1 500 personnes déplacées. Trois sont des écoles publiques : l’école omanaise, l’école libano-koweïtienne et l’école Zaâtari.

Un avis coordonné entre les ministères de l’Éducation, de l’Intérieur et des Affaires sociales prévoit l’évacuation prochaine de l’école omanaise, avec un regroupement des personnes déplacées dans d’autres centres. Pour les deux autres écoles, les autorités locales évoquent des espaces séparés pour les élèves et les familles. Elles présentent ces aménagements comme provisoires, dans l’attente de lieux de remplacement.

La capacité des centres n’est pas le seul obstacle, souligne Wafaa Choueib. Certaines familles ont perdu leur logement, tandis que des habitants de villages soumis à des attaques quotidiennes ne peuvent pas rentrer. Les familles dont les zones sont considérées comme sûres sont, elles, invitées à retourner chez elles afin de réduire la pression sur les centres. La responsable affirme qu’aucune famille ne sera priée de partir sans alternative sûre.

La rentrée dépend aussi de l’hébergement

À l’approche de septembre, la question ne porte donc pas seulement sur l’ouverture des classes. Elle révèle une dépendance plus large : pour que l’école reprenne normalement, il faut aussi que les familles déplacées disposent d’un toit où vivre. Les arrangements envisagés à Saïda peuvent alléger la situation, mais l’article d’Al Jazeera montre qu’ils restent liés à la recherche de solutions d’hébergement séparées et durables.

Sources