L’Irak annonce avoir achevé les investigations sur 5 704 personnes accusées de liens avec l’État islamique, transférées cette année depuis le nord-est de la Syrie. Le dossier entre désormais dans sa phase judiciaire : les renvois devant les tribunaux doivent se faire au cas par cas, sur la base des preuves réunies pour chaque personne.

L’ampleur du nombre ne dit donc pas, à elle seule, l’issue des procédures. Les autorités irakiennes disent avoir déjà libéré certains détenus faute d’éléments suffisants. À Bagdad, l’enjeu est à la fois judiciaire, carcéral et diplomatique, tant les personnes concernées viennent de pays différents.

La fin des investigations ouvre la phase des procès

Dans une déclaration publiée le 1er septembre, le Conseil supérieur de la magistrature irakien a indiqué avoir terminé les interrogatoires et les investigations portant sur 5 704 détenus. Ils doivent maintenant être adressés aux juridictions compétentes, chacune appelée à apprécier les faits et les éléments propres au dossier qui lui est soumis.

Selon Al Jazeera, les autorités évoquent des rôles très différents au sein de l’organisation : responsabilités de commandement, fonctions de sécurité, activités militaires, financières ou de propagande. Elles font aussi état d’allégations liées à des crimes graves commis pendant les années de contrôle de territoires en Syrie et en Irak. Ces éléments sont rapportés comme les conclusions des investigations irakiennes ; ils ne remplacent pas l’examen judiciaire de chaque affaire.

Un dossier de 67 nationalités, construit après les transferts depuis la Syrie

Les 5 704 personnes avaient été transférées des prisons administrées par les Forces démocratiques syriennes dans le nord-est de la Syrie. L’opération a commencé le 21 janvier et s’est achevée le 13 février 2026, après plusieurs vagues de transferts vers l’Irak.

Le Conseil de la magistrature cite 67 nationalités : 3 497 Syriens, 474 Irakiens, ainsi que des ressortissants de pays arabes, européens, asiatiques et africains. Cette diversité donne au dossier une dimension qui dépasse les seules juridictions irakiennes, notamment lorsqu’il s’agira, après les décisions définitives, d’envisager d’éventuels transferts de personnes condamnées.

Les autorités insistent sur la preuve, y compris pour les libérations

Le Conseil supérieur de la magistrature affirme que les investigations ont mobilisé recoupements de renseignement et données biométriques, comme les empreintes, l’iris et l’ADN. La ligne affichée consiste à lier la responsabilité à des éléments individualisés, plutôt qu’au seul fait d’avoir été transféré en Irak.

Cette distinction apparaît aussi dans les libérations déjà signalées. D’après le Conseil, un Finlandais, un Américain et sept Irakiens ont été relâchés faute de preuves établies. Les démarches se poursuivent également pour la libération de 457 Syriens et leur remise aux autorités syriennes. Le même communiqué indique que chaque détenu dispose d’un avocat commis d’office et peut être en contact avec ses proches, avec des visites diplomatiques et du Comité international de la Croix-Rouge.

Des audiences par vagues et une question carcérale durable

Les renvois et les procès doivent se dérouler par vagues, sous le droit irakien. Le ministère de la Justice a expliqué à Al Jazeera que toute procédure de transfert vers un autre pays ne pourrait commencer qu’après la clôture de l’enquête et le prononcé de jugements définitifs. Une personne transférée pour exécuter le reliquat d’une peine ne pourrait pas être rejugée ni graciée par son pays d’accueil, selon ce responsable.

L’administration pénitentiaire est aussi sous pression. Le ministère relie cette séquence au nombre de détenus étrangers et à la capacité des établissements, le centre pénitentiaire d’Al-Karkh à Bagdad ayant été affecté à leur hébergement après des redistributions. La décision annoncée ne résout donc pas encore le dossier : elle ouvre une série de procédures où se croiseront sécurité, droits de la défense et coopération entre États.

Sources

Al Jazeera — أضخم تحقيق في تاريخه.. هل حسم العراق مصير 5704 من معتقلي تنظيم الدولة؟ — 4 septembre 2026