À Deir al-Balah, Meryem, 16 ans, dessine dans un espace artistique installé dans un café du bord de mer. Sa maison familiale a été détruite lors d’un bombardement en janvier 2024 et elle vit désormais chez sa grand-mère. Al Jazeera précise que Meryem a perdu des amis et des proches, dont son oncle, dans les attaques de l’armée de l’État sioniste, qui ont tué plus de 73 000 Palestiniens depuis octobre 2023 selon le média.
Dans ce lieu, la feuille et le crayon lui offrent quelques heures à l’écart du bruit de la guerre. Meryem explique que cet espace l’a aidée à « revenir à elle-même » et à redécouvrir son goût pour le dessin. Ces faits sont rapportés dans un article d’Al Jazeera publié le 27 septembre 2026, qui qualifie la guerre menée par l’État sioniste à Gaza de génocidaire.
Le dessin comme espace d’expression
Meryem dessine depuis l’enfance, mais fréquente ce lieu depuis son ouverture en « avril dernier », repère temporel employé par le reportage. Elle raconte que chaque tableau achevé lui apporte un sentiment d’accomplissement et nourrit un nouvel espoir. Le dessin dépasse pour elle le cadre d’un loisir : il lui permet de déposer sur le papier des émotions qu’elle ne parvient pas toujours à formuler avec des mots.
« Je ressens un grand soulagement psychologique, comme si je libérais mes émotions sur le papier au lieu de les garder prisonnières en moi », témoigne-t-elle auprès d’Al Jazeera. Elle ajoute que chaque œuvre lui donne le sentiment d’avoir réussi à décrire une partie de ce qu’elle ressent et à la transmettre aux autres.
L’espace a été créé par Abdallah al-Ghafri, 35 ans. Il explique que les bombardements et la destruction de la plupart des centres éducatifs et culturels de Gaza ont laissé peu de lieux capables d’accueillir les talents des enfants et des jeunes. Son objectif est de soustraire temporairement les participants à l’environnement de guerre et de destruction, afin de leur proposer un espace où retrouver un équilibre psychologique et l’énergie nécessaire pour continuer. Le maintien du lieu reste fragile : son loyer élevé oblige son fondateur à rechercher continuellement des soutiens financiers.
Une aide à l’expression, pas un traitement suffisant
La psychologue Assil Abou Chaouich estime que le dessin, le chant ou la pratique d’un instrument peuvent aider les enfants et les adolescents à exprimer des émotions lourdes accumulées lors de traumatismes majeurs. Disposer d’un temps et d’un lieu réservés à ces activités peut aussi, selon elle, leur donner le sentiment de maîtriser et de façonner encore une petite part de leur vie.
Elle dit observer que certains enfants silencieux ou repliés commencent à interagir avec un groupe par l’intermédiaire du dessin ou de la musique. L’activité peut alors devenir un point de départ pour le dialogue et la construction d’un sentiment de sécurité. Cette possibilité ne signifie pas que les pertes, la peur et la pression disparaissent : Al Jazeera rapporte que la guerre se poursuit malgré l’annonce officielle d’un cessez-le-feu en octobre.
La spécialiste pose cependant une limite explicite : l’art ne constitue pas un « traitement miracle » de toutes les conséquences psychologiques de la guerre. Elle estime que ces activités sont particulièrement utiles lorsqu’elles correspondent à l’âge de l’enfant et sont encadrées par des professionnels capables de lui apporter un soutien.
Entre l’expérience de Meryem, le fonctionnement matériel du lieu et l’analyse de la psychologue, le reportage décrit ainsi une même fonction concrète : offrir un temps régulier pour créer, exprimer des émotions et retrouver un contact avec les autres, sans présenter l’art comme un traitement suffisant.
La musique poursuivie dans les zones de déplacement
Dans le camp de Nuseirat, des enfants se réunissent également autour du chant et des instruments, au siège de l’Association de soutien aux étudiants palestiniens. Les activités sont organisées avec l’Institut national de musique Edward Saïd. Jabr Thabet, coordinateur des projets et des sites de la branche de Gaza de l’institut, explique que les équipes essaient d’apporter la musique aux enfants là où ils se trouvent, même lorsque les lieux changent ou que les centres sont endommagés.
Le siège de l’institut à Gaza-ville a subi d’importants dégâts pendant la guerre. Ses enseignants ont poursuivi leurs activités dans des zones de déplacement, notamment à Nuseirat, à Deir al-Balah et dans Gaza-ville. Jabr Thabet dit observer l’enthousiasme des enfants, qui arrivent dans l’attente d’un nouvel apprentissage et repartent avec l’envie de revenir.
Pour lui, ces séances ne se limitent pas à l’enseignement musical : elles donnent aux enfants l’occasion de vivre un moment ordinaire, de ressentir de la joie et de rencontrer d’autres participants partageant la même expérience. Un enfant qui ne parvient pas à parler peut, explique-t-il, chanter ou jouer d’un instrument pour affirmer sa présence.
Jabr Thabet décrit enfin l’art comme une forme de résilience : lorsqu’un enfant peut chanter, jouer et créer au milieu des destructions, il préserve, selon lui, une part de lui-même et de sa vie.
Source
Al Jazeera — الفن يمنح أطفال غزة وشبابها مساحة لاستعادة ذواتهم وسط دمار الحرب — 27 septembre 2026