Table of Contents
Le 17 Ramadan apparaît, dans la mémoire collective musulmane et dans les annales historiques, comme une date charnière. De la célèbre bataille de Badr au martyre du calife Ali, en passant par des bouleversements à Jérusalem et des soubresauts politiques en Égypte et en Syrie, cette journée a servi de marqueur pour des changements profonds d’équilibre politique et religieux au fil des siècles. Voici un panorama synthétique des principaux événements qui ont jalonné ce jour dans l’histoire islamique.
Le «Jour du Furqan» : Badr et la bascule stratégique
La bataille de Badr (2 de l’Hégire, 624 de l’ère chrétienne) n’a pas été une simple escarmouche pour récupérer une caravane. Elle répondait à une logique stratégique : frapper les ressources économiques de La Mecque et perturber ses routes commerciales vers la Syrie.
La préparation et la conduite de l’affrontement ont mis en lumière la pratique de la consultation militaire (shûrâ). Sur la recommandation de compagnons comme Habbâb b. al-Mundhir et Saʿd b. Muʿâdh, les positions furent ajustées pour contrôler les points d’eau et protéger la ligne commandement.
La victoire, perçue par les contemporains comme une confirmation de soutien divin, signifia la perte de cadres influents de La Mecque et renforça considérablement la position stratégique de la jeune communauté musulmane.
La mort de Ruqayya, entre joie et deuil
Alors que les nouvelles de Badr rejoignaient Médine, la communauté vivait un contraste de sentiments : la liesse du succès militaire fut ternie par le décès de Ruqayya, fille du Prophète. Son mari se retira du champ de bataille pour s’occuper d’elle, conformément à un ordre religieux, et elle fut inhumée au cimetière de al-Baqîʿ avant le retour des combattants.
Ce moment rappelle la fragilité des événements humains même au cœur d’un tournant historique, et l’entrelacement des scènes publiques et privées dans la mémoire collective.
Le martyre d’Ali et la fin d’un modèle de califat
Le 17 Ramadan de l’an 40 de l’Hégire (661 de l’ère chrétienne) marque l’assassinat d’Ali ibn Abi Talib, perpétré dans la mosquée de Koufa par un extrémiste des Khawarij. L’acte visait à mettre fin au débat sur l’arbitrage et à frapper l’un des piliers de la communauté.
Au-delà de la tragédie personnelle, cet assassinat a constitué un point de rupture politique majeur : l’autorité passa progressivement aux Omeyyades et s’orienta vers un modèle dynastique et centralisé, éloignant la pratique du pouvoir fondée sur la consultation et la modération qui avait caractérisé la première période califale.
Jérusalem : partition de la légitimité et conséquences
Le 17 Ramadan de l’an 490 de l’Hégire (1097) a vu Jérusalem basculer dans le jeu d’ambitions entre Fatimides et Abbassides. À cette époque, la cité sacrée était administrée par des dynastes locaux liés aux Seldjoukides, tandis que Le Caire et Bagdad revendiquaient la prééminence religieuse et politique.
Le vizir fatimide profita des dissensions seldjoukides pour négocier la reddition de la ville sous garantie. La khutba du vendredi y reprit le nom du calife fatimide, signe d’un retour formel de l’autorité cairote.
Cependant, les historiens soulignent le paradoxe : cette «reconquête» affaiblit l’unité politique et militaire de la région et, dans les années qui suivirent, la ville se révéla vulnérable face aux armées croisés qui la prirent en 1099, avec des conséquences dramatiques pour ses habitants et ses institutions religieuses.
La brève règne de Baybars al-Jashankir
Le 17 Ramadan de l’an 709 de l’Hégire (1310) coïncide avec la fin du court règne de Baybars dit «al-Jashankir», qui n’avait gouverné qu’environ dix-huit mois. Son titre, «jashankir», renvoyait à une fonction de cour consistant à s’assurer de l’absence d’empoisonnement dans la nourriture du souverain.
Arrivé au pouvoir dans une période de turbulence, alors que le sultan al-Nâsir Muhammad s’était temporairement retiré vers al-Karak, Baybars fit face à des difficultés économiques aggravées par la sécheresse et la baisse du débit du Nil. L’impopularité monta rapidement et mit fin à son expérience du pouvoir.
Cet épisode illustre à nouveau comment des conjonctures climatiques et sociales peuvent décider du sort des régimes, en quelques mois seulement.
Dates clés
- Bataille de Badr : 2 AH / 624 EC.
- Assassinat d’Ali : 40 AH / 661 EC (17 Ramadan).
- Jérusalem et rivalités fatimides/abbassides : 490 AH / 1097 EC (17 Ramadan).
- Fin du règne de Baybars al-Jashankir : 709 AH / 1310 EC (17 Ramadan).