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Si l’affaire Epstein est avant tout américaine, ses répercussions ne s’arrêtent pas à l’Atlantique. En France, seules quelques personnalités apparaissent au détour des documents, mais l’affaire fait écho dans le débat public. Pourquoi ce sujet nous concerne-t-il ici aussi ? Dans ce dossier tentaculaire, quels éléments nous concernent réellement ?
Downing Street dans la tourmente
Si l’affaire Epstein parle surtout des États‑Unis, elle se distingue des affaires françaises par son réseau transnational. Au Royaume‑Uni, l’affaire a déjà provoqué la chute de l’ex‑prince Andrew et, plus récemment, elle touche le Premier ministre. Le chef de cabinet de Keir Starmer a dû démissionner après avoir soutenu Peter Mandelson, nommé ambassadeur à Washington ; Mandelson est un ancien ministre et commissaire européen, proche d’Epstein. Downing Street est ébranlé et le parti travailliste aussi.
Pas de séisme en France
En France, l’affaire n’entraîne pas de secousse politique majeure. Jack Lang est évoqué dans les documents, cité près de 700 fois, mais pas pour les accusations centrales, comme la prostitution de mineures ou les violences; il est principalement question de liens économiques et financiers avec le milliardaire américain. Le parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire pour blanchiment de fraude fiscale aggravée visant Jack Lang et sa fille Caroline. Lang, âgé de 86 ans, n’exerce aujourd’hui aucune influence politique significative et son rôle dans le paysage politique est considéré comme résiduel.
Connexions et connivences
Pour comprendre l’intérêt de ce dossier, il faut regarder au-delà des noms célèbres et des affaires publiques. Les documents révèlent le fonctionnement de réseaux de pouvoir où amitié, affaires, culture et politique se mêlent, avec des échanges et des services rendus en filigrane.
- En 2016, la fille de Jack Lang crée une société offshore avec le milliardaire américain, domiciliée aux îles Vierges pour l’achat d’œuvres d’art.
- Epstein prête son avion à l’ancien ministre de la Culture pour des voyages vers Marrakech.
- Olivier Colom, ancien conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, est présenté comme proche d’Epstein : leurs échanges montrent des propos racistes et sexistes et révèlent un rôle d’intermédiaire politique.
- En 2013, Colom sollicite l’aide d’Epstein pour Bruno Le Maire, qui se prépare à une candidature présidentielle ; un rendez‑vous à New York est organisé, sans suite.
- Dans les échanges d’Epstein, le nom de Marine Le Pen apparaît ; il n’existe pas de lien direct entre Epstein et la fondatrice du RN, mais le sujet est évoqué.
- En 2019, Steve Bannon cherche à aider des partis nationalistes européens et échange avec Epstein ; à Londres, Bannon rencontre Louis Aliot, aujourd’hui numéro deux du parti.
Des délits ne sont pas évoqués ici. Ce qui est au cœur de l’affaire, c’est une manière de voir le pouvoir : comment le garder, comment le conquérir ? Le fil rouge reste l’argent.