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Asma Ahmed, une jeune Gazaouie, a vu s’interrompre du jour au lendemain le soutien mensuel qu’elle recevait d’une association arabe. Cette aide, accordée pendant les deux années de guerre, couvrait ses traitements, ses médicaments et ses besoins quotidiens. Avec l’annonce de la trêve, les versements ont cessé alors qu’elle continue de suivre des soins et reste sans source de revenus.
« On dirait qu’ils ont cru que mes besoins disparaîtraient avec la fin des combats », confie-t-elle. Elle ajoute que ce qui la blesse le plus n’est pas la perte de la subvention, mais le sentiment d’abandon quand les images de destruction disparaissent des écrans.
Pour Asma et des milliers d’autres, la trêve n’est pas la fin des souffrances mais le début de nouveaux chapitres d’une crise prolongée.
La trêve et l’arrêt des soutiens
La cessation des bombardements a donné l’impression, pour certains donateurs, que la nécessité d’un appui financier était terminée. En réalité, l’arrêt des attaques a coïncidé avec un reflux notable des dons et des secours. De nombreuses associations sur le terrain constatent une baisse rapide des contributions.
Ce retrait intervient alors que les besoins fondamentaux — abri, nourriture, soins de santé, soutien psychologique — se sont intensifiés après des déplacements massifs de population. Les acteurs humanitaires insistent sur le fait que la période post-conflit est souvent la plus exigeante en termes d’assistance organisée et soutenue.
Une réalité sociale et économique qui se détériore
Sur le terrain, la situation change de forme mais pas en gravité. Des quartiers détruits cèdent la place à des camps de fortune et à des familles entassées sans revenus stables. Les économies locales restent paralysées et les petites activités artisanales sont à l’arrêt.
Les travailleurs journaliers figurent parmi les plus touchés : plus d’un quart de million de personnes ont perdu totalement leurs moyens de subsistance. Sans revenu, de nombreuses familles sont incapables de subvenir aux besoins essentiels, ce qui augmente la dépendance à l’égard de l’aide externe.
Plus de 250 000 travailleurs à Gaza ont perdu leur source de revenus en raison de l’agression, selon les acteurs locaux.
Les ONG alertent sur la nécessité d’un soutien durable
Des responsables d’organisations humanitaires expliquent que le recul des dons découle d’une perception erronée : la fin des frappes ne signifie pas la fin des besoins. Les associations demandent une redirection des financements vers des structures fiables pour garantir une distribution transparente et juste.
Selon Nidal Jarada, directeur exécutif d’un institut de soutien aux orphelins, le volume des responsabilités a brusquement augmenté après la guerre. Entre déplacements massifs, perte d’habitations et hausse d’orphelins et d’endeuillés, les capacités des ONG sont mises à rude épreuve.
Jarada insiste sur la nécessité d’un financement stable pour maintenir les soins de santé, l’appui psychologique et l’éducation, ainsi que l’aide aux familles sinistrées.
Chiffres alarmants sur l’ampleur des besoins
Les conséquences humaines et sociales de la guerre sont massives et persistent au-delà des hostilités. Parmi les données recensées :
- Environ 1,9 million de personnes déplacées, soit près de 90 % de la population du territoire.
- Plus de 56 000 enfants orphelins ayant perdu un ou deux parents.
- Plus de 650 000 enfants menacés de malnutrition et 40 000 nourrissons sans lait infantile.
- Plus de 21 000 veuves ayant perdu le principal soutien de famille.
- Environ 19 000 blessés nécessitant une rééducation à long terme, 4 800 amputations et plus de 12 500 malades atteints de cancer sans traitement.
- 350 000 malades chroniques privés de médicaments essentiels.
Ces chiffres illustrent que Gaza a aujourd’hui besoin non seulement d’actions d’urgence mais d’un plan global de reconstruction, de relance économique et d’un soutien social pérenne.
Des témoignages et des appels à l’action
Ibrahim, un jeune volontaire connu localement sous le nom de « Zouma », rapporte que les dons qui permettaient de préparer des colis alimentaires et d’ouvrir des tentes pour les déplacés se sont taris dès l’annonce de la trêve. Il alerte : la demande est aujourd’hui bien plus grande, avec des populations sans toit, sans ressources et incapables d’assurer les besoins de base.
Esra Cherif, responsable communication d’une ONG turque active à Gaza, souligne que la trêve n’a pas empêché l’effondrement humanitaire mais en a révélé toute l’ampleur. Elle déplore la réduction de la couverture médiatique et de la mobilisation internationale au moment même où l’aide durable est la plus nécessaire.
Selon elle, les campagnes de discrédit visant les ONG et les volontaires ont aussi contribué à l’effondrement de la confiance des donateurs et à la chute des contributions.
Vers une réponse coordonnée et soutenue
Les acteurs locaux et les organisations appellent à maintenir et à structurer l’effort d’aide. Ils recommandent de canaliser les financements à travers des institutions reconnues pour garantir transparence et efficacité dans la distribution.
La communauté humanitaire insiste sur le fait que la phase post-conflit exige une intensification de l’aide humanitaire Gaza et une planification à long terme pour la reconstruction, la relance économique et la prise en charge des populations vulnérables.
Sans une mobilisation soutenue, avertissent les intervenants, la trêve risque de laisser place à une catastrophe humanitaire durable, bien au-delà de la disparition des images de guerre.


