Table of Contents
La visite du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, à Paris vise à tenter de rompre le gel diplomatique entre Téhéran et la troïka européenne (France, Royaume‑Uni, Allemagne) après l’activation par ces derniers de la « mécanique de déclenchement » de l’accord nucléaire de 2015. Cette mission, qualifiée d’« essai prudent », cherche à préserver des canaux de communication désormais fragilisés entre l’Iran et l’Europe.
Contexte et objectifs de la visite
La rencontre entre Abbas Araqchi et son homologue français Jean‑Noël Barrot, la première depuis l’activation de la procédure en septembre dernier, s’inscrit dans un test de volonté politique visant à explorer d’éventuelles marges de compréhension.
À Paris, les discussions ont porté sur la nécessité de poursuivre les consultations pour lever des obstacles et faciliter les relations bilatérales, selon le compte rendu officiel iranien. Toutefois, la portée réelle de ces entretiens reste incertaine face aux tensions persistantes sur le dossier nucléaire.
Publication associée sur les réseaux sociaux (image publiée par la délégation iranienne) : https://twitter.com/iraninarabic_ir/status/1993636571921178908
Un fossé profond entre Téhéran et Paris
Malgré un accord de principe sur l’importance du dialogue, la visite a mis en lumière un important fossé de positions, notamment sur le programme nucléaire iranien et l’escalade régionale au Moyen‑Orient.
Le communiqué final iranien a souligné la critique d’Araqchi envers la troïka européenne, qu’il a tenue pour responsable de l’aggravation de la situation, en particulier en lien avec les démarches entreprises au Conseil de sécurité et au Conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).
Les autorités iraniennes ont aussi exprimé leur « profonde inquiétude » face à ce qu’elles qualifient d’affaiblissement des principes de la Charte des Nations unies et à la multiplication des violations de la souveraineté sur la scène internationale, en évoquant les actions d’Israël contre les populations palestinienne et libanaise.
Obstacles majeurs
Plusieurs barrières structurelles compliquent toute avancée entre l’Iran et les puissances européennes :
- Politique française officiellement favorable au « zéro‑enrichissement » pour l’Iran, en tension avec le droit revendiqué par Téhéran à un programme nucléaire pacifique.
- Pressions américaines et volonté simultanée de négocier, créant un dilemme pour les interlocuteurs européens.
- Le dossier ukrainien et la coopération militaire entre l’Iran et la Russie, perçus comme un facteur aggravant des relations avec Paris.
- L’opposition israélienne, qualifiée d’obstacle puissant à tout rapprochement, liée au poids des lobbies et des services de sécurité israéliens auprès des capitales occidentales.
Sur le volet bilatéral, Araqchi a obtenu des avancées pratiques, notamment autour d’un possible échange de détenus : les citoyens français Jacques Parry et Cécile Collier, détenus en Iran depuis 2022, pourraient être échangés contre la ressortissante iranienne Mahdieh Esfandiari, incarcérée à Paris depuis le début de l’année pour des publications anti‑israéliennes sur les réseaux sociaux.
Interprétations diplomatiques
Pour certains observateurs iraniens, la visite ne représente pas une rupture majeure mais plutôt une « étincelle » susceptible d’ouvrir une fenêtre diplomatique étroite. Ils jugent le gel actuel inacceptable pour les deux camps et estiment que la reprise de contacts pourrait éviter une escalade supplémentaire.
À l’inverse, des voix plus prudentes rappellent que les divergences de fond, en particulier sur le nucléaire, rendent toute avancée fragile et réversible.
Une initiative qualifiée d’audacieuse
Abou al‑Qâsem Delfi, ancien ambassadeur iranien en France, a qualifié l’ouverture d’un canal avec la troïka européenne de « démarche audacieuse » dans un contexte intérieur et extérieur turbulent. Selon lui, il s’agit d’un test de la sincérité des Européens avant toute escalade additionnelle.
Delfi insiste sur le fait que l’avenir des négociations dépendra en partie de la capacité de Paris à convaincre ses partenaires européens et américains d’adopter une approche différente de celle fondée sur la sanction et la menace.
Face à une lutte interne en Iran entre courant conservateur opposé à toute concession et courant pragmatique craignant les risques d’une rupture totale, l’issue de cette séquence diplomatique reste incertaine : s’agit‑il du début d’une désescalade ou d’une simple étape dans une trajectoire d’affrontement prolongé ?