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Le Premier ministre australien Anthony Albanese a annoncé que Canberra n’organisera pas le rapatriement des femmes et des enfants australiens détenus en Syrie et identifiés comme proches de combattants de l’EI. La décision, présentée comme ferme par le gouvernement, intervient alors que la question du rapatriement des ressortissants depuis les camps syriens ravive les débats sur la sécurité nationale et la responsabilité humanitaire.
Position officielle de Canberra
Interrogé mardi, M. Albanese a déclaré qu’aucune aide au retour ne serait accordée. Il a exprimé peu de sympathie pour ceux « qui sont partis à l’étranger pour participer à une tentative d’établir un califat » et a résumé sa ligne politique par une expression populaire : « on fait son lit, on s’y couche ».
Un porte-parole du ministre de l’Intérieur a ajouté que les personnes revenant en Australie seraient poursuivies si elles ont commis des crimes, soulignant que la loi s’appliquerait dans toute sa rigueur.
Libération provisoire puis retour au camp de Roj
Trente-quatre femmes et enfants détenteurs de la citoyenneté australienne avaient été autorisés à quitter lundi le camp de détention de Roj, contrôlé par les autorités kurdes dans le nord de la Syrie. Ils ont toutefois été renvoyés au camp pour des « raisons techniques » au cours du trajet.
Des témoins ont rapporté que les femmes et les enfants avaient été remis à des proches venus d’Australie et avaient été vus montant à bord de minibus en direction de Damas, d’où ils devaient embarquer pour l’Australie. Mais à mi-parcours, les escortes kurdes ont reçu l’ordre de faire demi-tour faute d’autorisation pour pénétrer en territoire contrôlé par Damas.
Actions juridiques et réactions humanitaires
L’ONG Save the Children Australia avait engagé en 2023 une action en justice au nom de 11 femmes et 20 enfants, invoquant la responsabilité morale et légale de l’Australie envers ses citoyens. La cour fédérale avait toutefois rejeté la demande, estimant que le gouvernement ne contrôlait pas leur détention en Syrie.
Ces dossiers s’ajoutent à des cas tragiques : un jeune Australien de 17 ans est mort en détention en Syrie en 2022, rappelant la complexité humanitaire autour des camps.
Opinion publique et contexte sécuritaire
La réticence du gouvernement australien s’inscrit dans un climat politique marqué par l’émotion publique après une attaque meurtrière à Bondi Beach en décembre, où 15 personnes ont été tuées lors d’un festival juif à Sydney. Des analystes de la sécurité estiment que l’opinion publique craint que des retours ne dissimulent des radicalisations latentes.
Par ailleurs, les autorités kurdes contrôlaient encore le camp de Roj au moment des événements, alors qu’elles avaient cédé le plus grand camp, al-Hol, aux forces gouvernementales syriennes en janvier. Al-Hol a hébergé jusqu’à environ 24 000 personnes, dont plus de 6 000 femmes et enfants de nationalité étrangère.
Dimension internationale
Plusieurs gouvernements s’opposent au rapatriement de leurs ressortissants détenus dans les camps syriens, invoquant des raisons de sécurité et des obstacles juridiques. Parmi les cas emblématiques, le camp de Roj a aussi accueilli des personnes très médiatisées, comme une ressortissante britannique dont la citoyenneté avait été révoquée après son départ pour la Syrie alors qu’elle était mineure.
La question du rapatriement Australiens Syrie reste donc au cœur d’un débat tendu entre impératifs de sécurité, responsabilités juridiques et considérations humanitaires, sans solution simple à court terme.