À Bandar Abbas, la tension autour du détroit d’Ormuz ne se lit pas seulement dans les mouvements de navires. Elle se retrouve dans les heures qu’un pêcheur renonce à passer en mer, dans l’étiquette qu’un commerçant ne sait plus fixer et dans les fournitures scolaires qu’une mère reporte. La baisse du rial et le coût plus incertain du commerce pèsent directement sur cette ville iranienne à l’entrée du détroit.
Les témoignages recueillis sur place dessinent une économie qui continue de fonctionner, mais dont chaque décision est devenue plus risquée : sortir en mer, réapprovisionner une boutique, ou simplement boucler le budget familial.
En mer, le travail se raccourcit
Sur le quai, un pêcheur montre un petit sac de crevettes, résultat d’une journée commencée avant l’aube. Il explique que le carburant coûte plus cher et que les risques en mer, dans un ciel où circulent des drones, l’incitent à réduire le temps passé sur l’eau.
La difficulté ne tient donc pas à la mer seule. Pour ce pêcheur, la hausse des frais et l’incertitude se combinent : chaque sortie doit encore rapporter assez pour justifier son coût. À Bandar Abbas, port placé au seuil de l’un des passages maritimes les plus sensibles du monde, cette tension géopolitique prend ainsi la forme très concrète d’une pêche plus courte et d’une prise moins assurée.
Quand le prix du lendemain devient impossible à prévoir
Dans le marché, un vendeur de chaussures raconte qu’il ne peut plus garantir le prix de ses articles. La valeur du rial bouge trop vite entre l’achat d’une marchandise et sa mise en rayon. Il lui arrive de répondre aux clients qu’il ne sait pas encore combien leur demander.
Les perturbations des routes commerciales et des transferts financiers alourdissent les importations et retardent certains approvisionnements. Ce n’est pas l’arrêt complet du commerce, mais un cycle devenu moins fluide et plus coûteux. Pour un détaillant, vendre sans visibilité sur le coût de remplacement revient à décider aujourd’hui sans savoir à quel prix il pourra refaire son stock demain.
Les familles absorbent la dernière hausse
À l’autre bout de cette chaîne, une mère de trois enfants dit avoir renoncé, pour l’instant, à acheter les fournitures de la rentrée. Elle relie la hausse des biens importés, notamment de Chine, au durcissement des contraintes qui entourent le commerce et les paiements.
C’est là que la crise monétaire cesse d’être une donnée abstraite. Quand une devise perd de sa valeur et que les marchandises arrivent avec davantage de délais, d’intermédiaires et de risques, les ménages réduisent d’abord ce qui peut attendre. À Bandar Abbas, le détroit et le rial ne résument pas toute la vie locale ; ils en modifient pourtant le rythme, de la barque au magasin puis au cartable des enfants.
Sources
Al Jazeera — « تاجر بلا سعر وطالب بلا دفاتر.. بندر عباس تحت ضغط البحر والريال » — 9 septembre 2026