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    Afrique : un nouvel espoir pour l’économie canadienne face aux défis US

    Canada, Afrique

    Le retour de l’ancien président américain Donald Trump à la tête des États-Unis a été le déclencheur d’une tempête commerciale qui a affecté quasiment toutes les économies mondiales. Cette situation a eu un impact particulier sur le Canada, qui entretenait une relation économique étroite et de longue date avec son voisin du Sud. Face à cette nouvelle réalité, Ottawa a dû adopter une stratégie pour explorer de nouveaux marchés et redessiner sa carte économique mondiale, où l’Afrique s’impose comme une opportunité majeure pour relever les défis économiques du pays.

    Un tournant dans les relations commerciales Canada–États-Unis

    Les États-Unis ont toujours été le principal partenaire commercial du Canada, avec un niveau d’intégration et d’interdépendance très élevé. Cette relation a rendu l’économie canadienne particulièrement sensible aux évolutions du marché américain et aux politiques commerciales de Washington.

    En chiffres, le commerce bilatéral de marchandises entre les deux pays a atteint 968,4 milliards de dollars canadiens en 2023, avec des exportations canadiennes s’élevant à 594,8 milliards et un excédent commercial pour Ottawa de 221,1 milliards de dollars. Les États-Unis ont représenté 77,4 % des exportations canadiennes et 49,5 % des importations totales, confirmant leur position dominante.

    Le volume d’investissement direct étranger est également considérable : en 2023, les investissements canadiens aux États-Unis s’élevaient à 1,1 trillion de dollars canadiens, tandis que les investissements américains au Canada atteignaient 618,2 milliards.

    L’élection de Donald Trump a marqué une rupture majeure, avec des politiques protectionnistes et l’imposition de droits de douane mutuels touchant des secteurs clés tels que l’acier, l’aluminium, l’automobile, l’énergie et le potasse. Ces mesures ont laissé de lourdes traces sur l’économie canadienne, notamment avec le record du plus grand déficit commercial mensuel en avril 2024 et une baisse des exportations américaines à destination du Canada de 10 points de pourcentage entre mai 2024 et mai 2025.

    Les secteurs sensibles comme la fabrication, l’énergie et l’agriculture, représentant un tiers du PIB canadien, enregistrent un affaiblissement notable.

    L’Afrique, nouvel horizon pour l’économie canadienne

    Face à ces pressions, Ottawa s’est tournée vers l’Afrique comme alternative stratégique. Selon une analyse publiée sur la plateforme Investing, les entreprises canadiennes recherchent activement des marchés supplémentaires pour réduire leur dépendance au marché américain.

    La sénatrice québécoise Amina Gerba appelle à sortir de cette situation « fragile » en s’inspirant des pays du G7, comme le Japon et l’Italie, qui ont soutenu leurs entreprises pour exploiter les opportunités offertes par les marchés africains émergents.

    Gerba souligne que la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) créera un marché unifié de 54 pays avec plus de 1,3 milliard d’habitants, prévu pour atteindre 2,4 milliards dans 20 ans. Cette zone devrait stimuler le commerce intrarégional, renforcer la compétitivité des acteurs économiques africains et accroître l’investissement direct étranger.

    Une étude réalisée par Syoriak Consulting, en partenariat avec le Conseil des affaires canadiennes, met en lumière l’importance de cette croissance démographique : d’ici 2030, 212 millions d’Africains subsahariens feront partie de la classe moyenne, soit une augmentation de 86 % par rapport à 2015. La consommation des ménages passerait de 1,4 trillion de dollars américains en 2015 à 2 trillions en 2025.

    De plus, les projections indiquent qu’en 2045, la population urbaine africaine dépassera celle de la Chine ou de l’Inde, ce qui rapprochera davantage les consommateurs africains des marchés mondiaux. Ce dynamisme devrait créer des opportunités dans les secteurs du transport, la logistique, l’immobilier, les télécommunications, l’éducation et les technologies agricoles.

    Malgré ces prévisions à moyen et long terme, les données actuelles de One Data signalent que l’insuffisance de la présence commerciale canadienne en Afrique fait perdre environ 1,7 milliard de dollars canadiens en revenus d’exportation potentiels, avec un risque d’augmentation à 2,7 milliards d’ici 2030 si rien n’est fait.

    Des secteurs où le Canada peut exceller

    • L’Éthiopie est le troisième plus grand consommateur mondial de pois, un produit dont le Canada est un des principaux producteurs.
    • La consommation de riz devrait augmenter de manière significative dans plusieurs pays africains, notamment Madagascar (+36,3 %), le Nigeria (+32,6 %) et l’Égypte (+16,7 %) au cours de la prochaine décennie, offrant au Canada une possibilité de diversifier ses exportations hors du marché américain.
    • La demande africaine en plastique et caoutchouc devrait dépasser celle de l’Amérique du Nord et de l’Europe d’ici 2035, constituant une opportunité pour les exportateurs canadiens. Par ailleurs, le leadership du Canada dans la gestion des déchets plastiques pourrait répondre aux besoins croissants du continent.

    L’Afrique, fournisseur alternatif aux États-Unis

    Outre son potentiel consommation, l’Afrique apparaît également comme une alternative aux produits américains pour le Canada, particulièrement face aux droits de douane réciproques et à la volonté des consommateurs et fournisseurs canadiens d’éviter les produits américains.

    Par exemple, 61 % des importations canadiennes de café torréfié proviennent des États-Unis, alors que les grains de café sont souvent issus d’Éthiopie ou d’Ouganda. Concernant le chocolat, 56 % des produits finis importés au Canada proviennent des États-Unis, qui achètent les fèves de cacao, notamment de Côte d’Ivoire et du Ghana, principales régions productrices (50 % de la production mondiale).

    En établissant des chaînes d’approvisionnement directes avec les producteurs africains de café et de cacao, le Canada peut maximiser la valeur à la source tout en réduisant sa dépendance aux intermédiaires américains.

    Intérêt croissant des investisseurs canadiens en Afrique

    Ces dernières années, l’intérêt du Canada pour le marché africain s’est nettement accru. Bien que le pays ait été en retard par rapport aux autres membres du G7, les échanges commerciaux ont fortement progressé depuis 2020 :

    • Les exportations canadiennes vers l’Afrique ont augmenté de 13 % entre 2019 et 2023.
    • Les importations africaines ont cru de 130 % sur la même période.
    • Le commerce total de biens a atteint 15,1 milliards de dollars en 2024, enregistrant une hausse de près de 30 % en cinq ans.

    Sur le plan diplomatique, le Canada a renforcé ses relations avec l’Afrique, notamment via des dialogues de haut niveau avec les dirigeants africains et la Commission de l’Union africaine, la nomination de nouveaux envoyés spéciaux et l’ouverture d’une nouvelle ambassade.

    En 2024, une cinquantaine de commissaires commerciaux canadiens œuvrent depuis 22 bureaux sur le continent pour faciliter l’identification et l’exploitation des opportunités commerciales. Quarante pays africains bénéficient d’un accès préférentiel aux produits canadiens grâce à un régime tarifaire avantageux pour les pays les moins avancés.

    Ottawa a également signé des accords bilatéraux pour renforcer la protection des investissements étrangers avec plusieurs nations africaines, dont le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, l’Égypte et le Mali.

    Les secteurs minier et énergétique dominent les investissements canadiens en Afrique, avec des extensions vers le transport, l’agroalimentaire, l’hôtellerie et les technologies de l’information, s’appuyant sur l’expertise canadienne en exploitation minière durable et technologies vertes.

    Vers une nouvelle stratégie canadienne en Afrique

    Le contexte économique actuel a encouragé Ottawa à formuler une nouvelle vision stratégique pour ses relations avec l’Afrique, dépassant son rôle traditionnel d’aide au développement.

    Au cours des cinq dernières années, le Canada a investi environ 4,5 milliards de dollars dans des programmes d’aide bilatérale en Afrique, visant à renforcer les économies locales, améliorer la santé et l’éducation, et répondre aux besoins humanitaires. Les aides internationales destinées à ce continent ont augmenté de 52 % au cours des huit dernières années.

    La « Stratégie canadienne pour l’Afrique : un partenariat pour la prospérité et la sécurité partagées », lancée le 6 mars 2025, traduit cette volonté d’approfondir la coopération. Elle s’articule autour de plusieurs axes :

    • Renforcement de la participation diplomatique par la nomination d’envoyés spéciaux et l’ouverture de nouvelles ambassades.
    • Accroissement des coopérations économiques via une mission commerciale de haut niveau.
    • Mise en place d’un centre commercial africain.
    • Soutien à l’application de la Zone de libre-échange continentale africaine.
    • Négociation d’accords pour la promotion et la protection des investissements ainsi que des partenariats en recherche.

    Défis et obstacles à surmonter

    Malgré les opportunités, plusieurs défis freinent l’expansion canadienne en Afrique. Une étude publiée dans la revue Operations Research and Conservation à l’automne 2024 souligne que l’instabilité politique reste un facteur clé. Cette instabilité génère une incertitude qui décourage les investisseurs étrangers, tandis qu’un environnement stable offre une meilleure visibilité et cohérence réglementaire.

    Un autre obstacle majeur, selon Stan Waiting, spécialiste en développement commercial, est l’insuffisance des infrastructures et le manque d’expertise dans la logistique, ce qui complique l’import-export de marchandises et de minerais stratégiques indispensables à la création de nouveaux marchés.

    Par ailleurs, la réputation selon laquelle le Canada serait « le dernier arrivé » sur le continent met les entreprises canadiennes en forte concurrence avec d’autres puissances mondiales. Cela les oblige à adopter des stratégies solides de gestion des risques et à exploiter le soutien disponible pour naviguer dans cet environnement concurrentiel.

    Enfin, la longue dépendance du Canada à l’économie américaine constitue un frein spécifique. Un rapport de la banque Scotiabank explique que diversifier les échanges commerciaux vers d’autres marchés exigera une restructuration des infrastructures commerciales actuelles, qui sont orientées vers le commerce avec les États-Unis.

    Cette transformation nécessitera des investissements importants dans les infrastructures portuaires et aéroportuaires, éléments clés pour étendre le commerce vers des marchés autres qu’américains.

    source:https://www.aljazeera.net/ebusiness/2025/8/9/%d9%87%d9%84-%d8%aa%d9%83%d9%88%d9%86-%d8%a3%d9%81%d8%b1%d9%8a%d9%82%d9%8a%d8%a7-%d8%b7%d9%88%d9%82-%d9%86%d8%ac%d8%a7%d8%a9-%d9%84%d9%84%d8%a7%d9%82%d8%aa%d8%b5%d8%a7%d8%af

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