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Claudette Colvin, figure clé mais longtemps méconnue du mouvement des droits civiques aux États-Unis, est décédée à l’âge de 86 ans. Son refus, à 15 ans, de céder sa place à une femme blanche dans un autobus ségrégué de Montgomery en mars 1955 a contribué à déclencher une série d’événements qui allaient remanier la justice raciale dans le pays. Elle est morte de causes naturelles au Texas, a indiqué sa fondation.
Son acte à Montgomery
Le 2 mars 1955, un chauffeur de bus fit appeler la police après avoir reproché à deux jeunes femmes noires de s’être installées près de deux femmes blanches, en violation des règles de ségrégation. Colvin refusa de se lever quand on le lui demanda, ce qui entraîna son arrestation et une brève détention pour trouble à l’ordre public. Elle raconta plus tard, lors d’un entretien à Paris en avril 2023 : « Je suis restée assise parce que la dame aurait pu s’asseoir en face de moi. »
Elle ajouta que la véritable raison de ce refus tenait aux normes raciales de l’époque : « Elle a refusé parce qu’une personne blanche n’était pas censée s’asseoir près d’une personne noire. » Colvin expliqua aussi : « On me demande pourquoi je n’ai pas cédé, et je dis que l’histoire m’avait collée au siège. »
De l’arrestation à l’action en justice
Quelques mois après son arrestation, Colvin fut l’une des quatre femmes noires à porter plainte contre la ségrégation dans les bus de Montgomery. Cette procédure judiciaire aboutit et eut des répercussions majeures sur le transport public à l’échelle nationale, affectant notamment les autobus, les trains, les avions et les taxis. L’affaire participa à saper les bases juridiques de la ségrégation dans les transports.
Parallèlement, le climat de fronde contre les traitements imposés aux personnes noires sur le réseau de bus de Montgomery s’accrut au fil de l’année. L’arrestation de Rosa Parks en décembre 1955 provoqua le boycott des bus de Montgomery, un mouvement d’un an qui plaça le révérend Martin Luther King Jr. sous les projecteurs nationaux et est souvent considéré comme le point de départ du mouvement des droits civiques moderne.
Un rôle trop souvent méconnu
Malgré l’importance de son geste, le rôle de Claudette Colvin fut longtemps éclipsé par la notoriété de Rosa Parks. Le maire de Montgomery, Steven Reed, a souligné que son action « a contribué à poser les fondements juridiques et moraux du mouvement qui allait changer l’Amérique ». Il a ajouté que son courage « était trop souvent méconnu ».
La fondation Claudette Colvin Legacy a salué « un héritage de courage qui a aidé à changer le cours de l’histoire américaine ». Les témoignages et les archives ont progressivement permis de mieux reconnaître l’apport décisif de Colvin aux luttes pour l’égalité.
Réactions et portée actuelle
Le décès de Colvin intervient alors que les débats sur l’héritage des politiques de justice sociale restent vifs aux États-Unis. Dans le même temps, certaines organisations de défense des droits civiques expriment des inquiétudes face à des initiatives politiques susceptibles d’affaiblir les avancées obtenues depuis les années 1960.
Dernièrement, des propos du président Donald Trump affirmant que les protections issues de l’ère des droits civiques auraient parfois produit une « discrimination inverse » ont suscité des réactions virulentes. Le président de la NAACP, Derrick Johnson, a dénoncé ces déclarations comme des mensonges éhontés, estimant qu’elles servent à justifier des politiques qui nuiraient aux communautés déjà défavorisées.