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La Columbia University, basée à New York, a accepté de verser 221 millions de dollars pour régler les accusations portées par l’administration du président américain Donald Trump, qui lui reprochait de ne pas avoir suffisamment lutté contre l’antisémitisme sur son campus. En échange, des milliards de dollars de financements fédéraux lui seront rétablis.
Ce compromis, conclu mercredi, intervient après de vastes protestations sur les campus universitaires contre la guerre d’Israël à Gaza durant le printemps et l’été 2024. Ces manifestations ont été critiquées pour dériver vers des comportements antisémites.
Un accord d’envergure pour restaurer les financements fédéraux
En février, l’administration américaine avait gelé 400 millions de dollars de financements fédéraux alloués à Columbia, dans le but de contraindre les responsables universitaires à lutter contre le harcèlement dont étaient victimes les étudiants et le personnel juifs.
Cette entente sans précédent représente une victoire pour Donald Trump dans sa volonté de contrôler davantage l’enseignement supérieur et les activismes sur les campus. Elle pourrait également servir de modèle pour d’éventuels accords avec d’autres universités.
Les détails financiers et les obligations de Columbia
- Columbia s’engage à verser 200 millions de dollars au gouvernement sur trois ans.
- À cela s’ajoute un paiement de 21 millions pour régler une plainte déposée auprès de la Commission pour l’égalité des chances en emploi.
- La majorité des 400 millions de dollars gelés sera rétablie.
- L’université récupérera aussi l’accès à des subventions actuelles et futures pour plusieurs milliards de dollars.
Columbia doit nommer dans les 30 jours un administrateur chargé de veiller au respect de l’accord, qui devra notamment s’assurer de l’arrêt des programmes promouvant des quotas raciaux ou des objectifs de diversité illégaux.
L’université doit aussi réviser son programme d’études sur le Moyen-Orient pour garantir un contenu “complet et équilibré” et renforcer ses effectifs à l’Institut pour les études sur Israël et le judaïsme.
Bart Schwartz, de la société Guidepost Solutions, est désigné comme surveillant indépendant qui fera rapport au gouvernement tous les six mois.
Les raisons derrière cet accord
Columbia affirme que cet accord formalise des réformes déjà annoncées pour lutter contre le harcèlement des étudiants et du personnel juifs. Cela inclut l’embauche de personnel de sécurité supplémentaire, des changements dans les procédures disciplinaires et des efforts pour favoriser un environnement d’apprentissage inclusif et respectueux.
Le différend a débuté après des plaintes concernant des agressions contre des membres de la communauté juive par des manifestants pro-palestiniens, tandis que des défenseurs pro-palestiniens dénonçaient la confusion fréquente entre critique d’Israël et antisémitisme.
Claire Shipman, présidente par intérim de Columbia, a qualifié l’accord de “pas important” après une période de forte surveillance fédérale et d’incertitude institutionnelle.
Elle a ajouté que le règlement protège les valeurs de l’université et permet de restaurer le partenariat essentiel avec le gouvernement fédéral, tout en sauvegardant son indépendance, cruciale pour l’excellence académique.
Réactions des étudiants et des militants
Le groupe d’activistes étudiants Columbia University Apartheid Divest (CUAD) a dénoncé cet accord comme “un pot-de-vin”. Sur la plateforme X, ils ont écrit : “Imaginez vendre vos étudiants juste pour payer 221 millions de dollars à Trump et garder les financements pour le génocide.”
CUAD a également critiqué les mesures disciplinaires prises par l’université contre des étudiants, estimant que les suspensions et expulsions récentes dépassent largement les normes applicables aux manifestations non liées à la Palestine.
L’organisation Palestine Legal a accusé Columbia “d’instrumentaliser les accusations d’antisémitisme pour punir ceux qui réclament la liberté pour les Palestiniens”.
Hasan Piker, commentateur politique de gauche critique envers Trump, a déclaré que ce dernier est “en difficulté sur tous les fronts” tandis que Columbia “continue de céder à Trump”.
Les démarches déjà entreprises par Columbia
En mars, Columbia avait accepté une liste de demandes formulées par Trump en échange du déblocage des 400 millions de dollars de financements fédéraux. Parmi ces mesures :
- Interdiction des couvre-visages lors des manifestations.
- Déploiement de 36 policiers sur le campus, avec des pouvoirs d’arrestation.
Début 2024, l’université a adopté la définition controversée de l’antisémitisme proposée par l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA), critiquée pour confondre critique d’Israël et antisémitisme, ce qui pourrait restreindre la liberté d’expression académique et politique.
En mai 2025, Columbia a suspendu ou expulsé près de 80 étudiants impliqués dans des manifestations pro-palestiniennes, dont une action au Butler Library et un campement “Révolte pour Rafah” lors du week-end des anciens élèves.
Les manifestants réclamaient l’arrêt des investissements de l’université dans des industries liées à la fabrication d’armes soutenant Israël.
L’un des organisateurs, Mahmoud Khalil, a été le premier à être arrêté dans cette campagne de l’administration Trump visant à expulser les militants pro-palestiniens non citoyens américains.
Enfin, Columbia a annoncé qu’elle ne collaborerait plus avec le groupe pro-palestinien CUAD.
Les autres universités dans le viseur de l’administration Trump
L’administration cible dix universités dans sa lutte contre l’antisémitisme :
- Columbia
- George Washington University
- Harvard
- Johns Hopkins University
- New York University
- Northwestern
- University of California, Berkeley
- University of California, Los Angeles
- University of Minnesota
- University of Southern California
Columbia a été la première à voir ses financements réduits, mais plusieurs établissements de l’Ivy League ont également subi ou fait face à des menaces de coupures, totalisant plus de 2 milliards de dollars gelés incluant Cornell, Northwestern, Brown et Princeton.
En avril, l’administration a menacé de bloquer 510 millions de dollars de subventions à Brown University pour des violations présumées liées à l’antisémitisme.
Harvard a été la première université à contester les décisions de Trump en justice, arguant que la coupure des financements, s’élevant à 2,6 milliards, était politiquement motivée.
Perspectives pour d’autres accords
Plusieurs universités seraient en négociations avec l’administration Trump, laissant supposer que d’autres accords pourraient suivre. Par exemple, des discussions sont toujours en cours avec Harvard malgré la procédure judiciaire.
En juin, Donald Trump a évoqué sur les réseaux sociaux la possibilité d’un règlement avec Harvard qualifié d’“historique” et “très bénéfique” pour le pays.