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    Conflit Ukraine : la lutte entre drones turcs et iraniens s’intensifie

    Ukraine, Turquie, Iran, Russie

    La guerre en Ukraine voit s’intensifier un duel technologique et tactique entre deux familles de drones : les Bayraktar turcs, symbole de la résistance ukrainienne, et les Shahed iraniens massivement utilisés par la Russie. Ce face‑à‑face influence non seulement le champ de bataille mais aussi les calculs géopolitiques d’Ankara et de Téhéran.

    Le Bayraktar stoppe l’avancée russe

    Selon un rapport de The War Zone rédigé par le chercheur Howard Altman, les Bayraktar TB2 à queue double ont repris des frappes efficaces contre les forces russes après une période de moindre activité. Ces drones, capables d’emporter des armes guidées de petit calibre, permettent de frapper plusieurs cibles lors d’une même sortie.

    Récemment, une frappe attribuée à un TB2 a visé un bateau russe transportant des soldats sur la côte de la mer Noire. La marine ukrainienne a publié sur Telegram qu’elle avait « détruit un autre bateau à grande vitesse appartenant à la flotte de la mer Noire, qui tentait de transporter une unité aéroportée vers Tyndrifska ». Les images partagées montrent des signes distinctifs associés aux Bayraktar.

    Les TB2 ont joué un rôle crucial au début de l’invasion, en effectuant des missions de reconnaissance et d’attaque qui ont contribué à freiner des colonnes russes se dirigeant vers Kiev. Ils ont aussi aidé l’Ukraine à reprendre l’île aux Serpents en frappant des positions sur l’îlot et des navires tentant d’y accéder.

    • Capacités : missions d’observation, acquisition de cibles et frappes tactiques.
    • Date d’usage notable : premières utilisations avant l’invasion totale, avec une attaque documentée en octobre 2021 dans le Donbass.
    • Production locale : la fabrication a commencé en Ukraine, ce qui encourage leur emploi malgré les attaques russes contre les ateliers de production.

    Modèle de drone Bayraktar - site du constructeur

    Le succès des Bayraktar a donné un rare espoir aux Ukrainiens et inspiré une culture populaire autour de ces drones. Toutefois, face à des contre‑mesures russes, l’usage des TB2 a évolué, certains observateurs notant une recentralisation sur des missions de renseignement et de frappes ponctuelles dans des secteurs moins protégés.

    Le Shahed fait régner la terreur

    À l’inverse, la Russie a massivement recours aux drones iraniens de type Shahed, exploitant leur coût réduit et leur facilité de déploiement. Dans une nuit d’août, Moscou aurait lancé 546 de ces appareils contre des villes de l’ouest de l’Ukraine.

    Un rapport du CSIS estime que le rythme d’emploi des Shahed a bondi, passant d’environ 200 appareils lancés par semaine en 2024 à plus de 1 000 par semaine en 2025. Ces drones ont une portée estimée entre 1 700 et 2 500 km et une vitesse maximale voisine de 180 km/h.

    • Avantages tactiques : faible coût, production en masse, lancement depuis camions ou plateformes simples.
    • Coûts estimés : entre 20 000 et 50 000 dollars par appareil, contre 1 à 2 millions pour un missile de croisière.
    • Tactique russe : « inonder » les défenses ukrainiennes pour les saturer, les étudier et en identifier les failles.

    Des enquêtes journalistiques, notamment par Guillaume Moris (France 24), montrent que la Russie a construit des infrastructures spécifiques pour des lancements groupés de Shahed, y compris des bases dotées de pistes d’environ 2,8 km et plusieurs plateformes capables de lancer simultanément des dizaines d’appareils.

    Drone Shahed-136 iranien

    Habitants ukrainiens interrogés décrivent l’effet psychologique de ces drones : leur bourdonnement constant et le caractère imprévisible des frappes créent une peur persistante. Un témoin a comparé le bruit à celui d’une moto modifiée dont le silencieux aurait été enlevé.

    Infrastructures et production : une course à l’échelle industrielle

    La Russie a lancé une production domestique massive de copies de Shahed, renommées « Geran‑2 », tout en intégrant des composants iraniens. Depuis début 2023, ces unités sortent en grande quantité des usines russes.

    Des sites de lancement ont été repérés le long des frontières et dans des zones arrière. La base de Tsimbolova, près d’Orel, constituait un centre notable, avec plusieurs plateformes et la capacité de lancer des dizaines, voire une centaine d’appareils en une seule nuit.

    Infographie Bayraktar Akıncı

    • Objectif russe : saturer et cartographier les réseaux de défense antiaérienne ukrainiens.
    • Conséquence : usure des systèmes de défense et augmentation des pertes civiles et matérielles.

    Turquie : un équilibre stratégique délicat

    Pour la Turquie, le succès des Bayraktar renforce son image technologique et ouvre de nouveaux marchés. Mais l’exportation de ces drones à l’Ukraine ne signifie pas un alignement militaire complet avec Kiev.

    Selon l’analyste Sacha Mikailis, l’approvisionnement en Bayraktar répond à une logique d’équilibre : Ankara rassure ses partenaires de l’OTAN tout en conservant des relations économiques étroites avec Moscou. Cette dualité s’explique notamment par l’achat par la Turquie du système S‑400 russe et ses accords énergétiques, y compris des paiements en roubles.

    • Motivations turques : gains technologiques, commerciaux et politiques.
    • Limites : maintien de canaux économiques et diplomatiques avec la Russie pour préserver des intérêts stratégiques régionaux.

    La coopération militaire entre Ankara et Kiev s’inscrit aussi dans une préoccupation commune : limiter l’hégémonie russe en mer Noire, espace stratégique pour les exportations de céréales, d’hydrocarbures et d’autres produits.

    Iran : un partenaire stratégique pour échapper à l’isolement

    Pour Téhéran, la fourniture de drones à Moscou consolide un partenariat pratique et réduit l’isolement international. Depuis la révolution islamique, la République islamique perçoit souvent le système international comme hostile, ce qui favorise une coopération avec des acteurs opposés à l’Occident.

    Certaines analyses relativisent toutefois l’idée d’un « pacte » total entre Moscou et Téhéran. Platon Nikiforov note que la narration d’un alliance russe‑iranienne absolue est parfois exagérée. Néanmoins, la guerre en Ukraine a intensifié les échanges militaires et techniques, la Russie fournissant une assistance dans des domaines sensibles comme le spatial.

    Des études, dont une du Hudson Institute, indiquent que l’Iran ambitionne d’enrichir son arsenal via des transferts russes potentiels — avions, hélicoptères d’attaque ou plateformes avancées — tout en tirant profit de l’accès à des marchés et technologies russes.

    Infographie drone Shahed-136

    Une rivalité aux accents régionaux

    La confrontation autour des drones entre Turquie et Iran reflète des dynamiques régionales plus larges : proximité géographique, héritage historique et intérêts parfois convergents mais souvent concurrents.

    Les relations turco‑iraniennes, marquées par des siècles d’interactions depuis le traité de Qasr‑e‑Shirin (1639), oscillent entre coopération et compétition. Les théâtres irakiens et syriens illustrent ce jeu d’influence où Ankara et Téhéran défendent des priorités stratégiques différentes.

    • Points de friction : rivalités d’influence en Irak et en Syrie, visions géopolitiques divergentes.
    • Points de convergence : intérêts économiques mutuels et volonté d’éviter un conflit direct.

    Sur le terrain ukrainien, la bataille entre Bayraktar et Shahed cristallise cette compétition indirecte : chaque pays teste ses outils, affine ses tactiques et cherche des gains stratégiques sans pour autant rompre entièrement ses relations concurrentes ou complémentaires.

    source:https://www.aljazeera.net/politics/2025/9/15/%d8%a8%d9%8a%d8%b1%d9%82%d8%af%d8%a7%d8%b1-%d9%88%d8%b4%d8%a7%d9%87%d8%af-%d9%88%d8%ac%d9%87-%d8%a2%d8%ae%d8%b1-%d9%84%d9%84%d8%aa%d9%86%d8%a7%d9%81%d8%b3-%d8%a8%d9%8a%d9%86

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