Table of Contents
Depuis plusieurs semaines, l’Iran subit de vastes perturbations de ses services Internet, avec des répercussions directes sur l’économie numérique et sur des millions d’usagers qui dépendent des plateformes en ligne pour travailler et commercer. Ces coupures s’accompagnent de messages publics contradictoires et de mesures sécuritaires visant notamment les dispositifs de communication satellitaire, compliquant un tableau déjà sensible tant au plan intérieur qu’international.
Un marché noir d’outils anti-censure
La multiplication des restrictions a alimenté une demande croissante pour les outils permettant de contourner la censure. Selon des témoignages relayés par des médias locaux, des vendeurs non officiels ont mis sur pied un marché parallèle où les prix varient fortement, de quelques millions de tomans à des sommes nettement supérieures.
De nombreux acheteurs rapportent que ces outils cessent parfois de fonctionner au bout de quelques heures ou d’une journée, sans recours possible pour obtenir remboursement ou assistance. En conséquence, des spécialistes décrivent cette activité comme une « industrie » informelle génératrice de flux financiers importants et peu transparents.
Estimations économiques contradictoires
Les autorités et les organisations professionnelles ont avancé des chiffres divergents pour quantifier les pertes liées aux coupures. Le ministre des Communications a évoqué des pertes quotidiennes estimées à 500 milliards de tomans pour le noyau de l’économie numérique et à environ 5 000 milliards de tomans au niveau macroéconomique.
Pourtant, d’autres responsables ont fourni des évaluations différentes :
- un adjoint au secteur des télécommunications a évoqué une perte quotidienne comprise entre 400 et 600 milliards de tomans ;
- une fédération d’entreprises du numérique a avancé un chiffre de 3 800 milliards de tomans par jour ;
- une organisation syndicale a estimé les pertes directes entre 2 000 et 3 000 milliards de tomans quotidiennement.
Ce décalage dans les chiffres a conduit certains médias à pointer l’absence d’un organe unique chargé de produire des statistiques fiables au sein du ministère concerné, rendant difficile une évaluation précise de l’ampleur des dommages.
Décision à caractère sécuritaire
La porte-parole du gouvernement a indiqué que des mesures d’indemnisation pour les entreprises affectées sont en préparation, tout en précisant que les décisions de couper ou de rétablir l’accès à Internet relèvent essentiellement des autorités de sécurité. Elle a réaffirmé que la politique officielle privilégie l’accès à l’information, mais que la protection des vies reste prioritaire en cas de menaces sécuritaires.
Parallèlement, certains titres conservateurs ont critiqué le ministre des Communications, l’accusant d’exagérer les pertes et de faciliter un espace numérique jugé propice aux « agissements déstabilisateurs ». Dans le même temps, la police économique a annoncé la saisie d’une centaine d’appareils de communication satellitaire, les qualifiant de « marchandises contraires à la sécurité ».
Enjeux internationaux
La perturbation du réseau a aussi un volet régional et mondial. Des rapports étrangers indiquent que des ingénieurs d’opérateurs de services satellitaires ont dû faire face à des tentatives de brouillage et d’usurpation de signal, alors que ces services avaient été mis gratuitement à la disposition de la population pour pallier les coupures.
Au-delà des opérateurs, ces événements intéressent des puissances qui développent ou utilisent des réseaux spatiaux concurrents, et suscitent des observations sur la résilience et la vulnérabilité des infrastructures de communication modernes en contexte de tensions géopolitiques.
Un équilibre délicat entre sécurité et accès
Le dossier iranien illustre la complexité d’un arbitrage entre impératifs de sécurité et besoins économiques et sociaux. La dépendance de millions d’acteurs à l’économie numérique, l’essor d’un marché informel pour contourner les restrictions et la variabilité des estimations économiques accentuent la sensibilité de la gestion de ces coupures Internet en Iran.
Alors que le gouvernement place la priorité sur les conditions de sécurité, la demande pour une connexion stable et généralisée reste une revendication prégnante pour les citoyens et le secteur privé, dans un contexte régional et international attentif aux développements technologiques et aux stratégies de contrôle du réseau.