Suite à l’incendie de Crans-Montana, les secours et les médecins rappellent que les soins des grands brûlés s’organisent sur plusieurs mois. Les pansements sous anesthésie, l’apport hydrique important et le soutien psychologique font partie des étapes clés, selon les spécialistes. Le bilan des autorités suisses indique 40 morts et 119 blessés, et la plupart des patients pris en charge étaient des blessés graves. Cet article revient sur le parcours médical des grands brûlés, de l’admission en réanimation à la rééducation longue et complexe.
À Crans-Montana, les soins des grands brûlés expliqués
Le Pr Nicolas Bruder, responsable du Centre des Brûlés Inter-Régional Méditerranée, à Marseille, explique que Le grand brûlé « est tout d’abord endormi » pour permettre la mise en place des cathéters et des pansements, et que « cela peut prendre de trois à six heures voire plus, suivant la gravité, et se fait dans le lieu de déchocage de la réanimation », a-t-il précisé.
La professeure Marie-Reine Losser rappelle que « Une obsession des premiers jours, c’est l’hypothermie car les grands brûlés ne peuvent plus contrôler leur température ». Puis, selon elle, « Plus la surface brûlée est importante, plus notre système cardiaque et vasculaire va se dérégler et une baisse de tension s’installer. Alors on les couvre de couvertures chauffantes, on les transporte dans un camion chauffé ».
À l’hôpital, le patient est ensuite mis dans un lit de réanimation et on va lui faire des pansements tous les jours, puis, au bout de trois/quatre jours, tous les deux jours, sous anesthésie, soit dans sa chambre, soit au bloc opératoire. L’équipe doit avant tout lutter contre la douleur – ces blessures sont très douloureuses – et surveiller que les brûlures ne s’infectent pas. Et « lorsque c’est le cas, faire des pansements plus rapprochés, mettre des antiseptiques sur les zones infectées », détaille le Pr Bruder. Les grands brûlés peuvent avoir « des problèmes respiratoires, infectieux, une insuffisance rénale qui parfois oblige à les dialyser ».
Le patient peut être sédaté pour rester endormi, surtout si ses problèmes, en particulier pulmonaires, sont graves. Car « avoir inhalé de la fumée, de la suie, peut causer des problèmes respiratoires et la brûlure peut entraîner des réactions inflammatoires très importantes », note-t-il.
« On donne un antidote en cas d’inhalations de fumée, pour combattre l’effet d’un toxique, le cyanure, dégagé par la combustion » des meubles, précise le Pr Losser. Il faut aussi lui apporter beaucoup de liquide : autour de 10 litres dans les premières 24 heures, et cet apport d’eau peut lui-même entraîner des complications respiratoires, un œdème pulmonaire.
Anesthésistes réanimateurs, infirmiers, aides-soignants, puis, après la phase aiguë, kinésithérapeutes, chirurgiens-plasticiens spécialisés pour les greffes de peau : une équipe pluridisciplinaire intervient. « Les infirmières sont extrêmement importantes : les pansements à réaliser peuvent être extrêmement complexes et prendre facilement deux heures », souligne le Pr Bruder. Et « pour cicatriser, les grands brûlés ont besoin d’une nutrition adéquate » et d’être en forme : « les sujets âgés ont une cicatrisation moins efficace que les sujets jeunes, leur pronostic est donc moins bon », note-t-il. En outre, fumeurs, diabétiques et personnes immunodéprimées cicatrisent moins bien.
Un soutien psychologique doit également démarrer rapidement : les grands brûlés « ont tous une atteinte psychologique sérieuse, du stress post-traumatique, font des cauchemars ». « Certains deviennent dépressifs, d’autres au contraire, vont lutter et très bien récupérer à long terme », souligne le Pr Bruder. Mais après plusieurs mois en réanimation, un grand brûlé devra encore passer plusieurs mois dans un centre de rééducation spécialisé. « Il faut compter au moins six mois jusqu’à ce qu’ils puissent revenir à la maison », constate-t-il. Certains verront leurs capacités physiques limitées et devront adapter leur travail à leurs séquelles.

Réanimation, douleur et continuité des soins: le parcours long
Après la phase aiguë, les grands brûlés passent encore plusieurs mois dans un centre de rééducation spécialisé, et l’objectif est de permettre le retour à domicile lorsque l’état le permet. Il faut compter au moins six mois avant de pouvoir revenir chez soi, souligne le Pr Bruder, qui précise que le lieu et l’emplacement des brûlures influent sur les cicatrices et les rétractions potentielles, particulièrement dans les plis comme l’aisselle ou les articulations.
Tout au long du parcours, la douleur, la surveillance des infections et la rééducation fonctionnelle restent des axes centraux. L’équipe pluridisciplinaire continue à travailler sur la physiothérapie, la nutrition et le suivi psychologique afin d’accompagner les patients sur le long chemin de la récupération.
Selon les autorités, la majorité des blessés graves intègrent rapidement des structures spécialisées à l’étranger lorsque nécessaire pour les suites des grands brûlés, et l’accompagnement peut durer jusqu’à la réintégration dans la vie professionnelle et sociale.