Table of Contents
Des centaines de Palestiniens de Gaza se sont retrouvés, apparemment sans destination claire, à bord de vols organisés par une entité peu connue baptisée « Al-Majd Europe ». Ces passagers ont traversé checkpoints et frontières avant de débarquer en Afrique du Sud, une arrivée qui a surpris autant les voyageurs que les autorités locales. Le récit mêle promesses d’évacuation, paiements en cryptomonnaie et incertitudes à l’arrivée—autant d’éléments qui font de ces « vols mystérieux Gaza » une affaire aux ramifications humaines et politiques.
Un appel, une promesse et un paiement en cryptomonnaie
Parmi les personnes concernées se trouve Ahmed Shhada, médecin originaire de Gaza. Il a reçu l’appel d’un interlocuteur affirmant travailler pour une organisation humanitaire capable d’offrir une sortie sécurisée à sa famille.
Les conditions semblaient douteuses : 1 600 dollars par personne, à verser via un porte-monnaie en cryptomonnaie, sans détails précis. Malgré tout, Ahmed a accepté après avoir appris qu’un ami avait réussi à partir de la même façon.
Le départ a commencé comme une opération secrète et minutée, marquée par des règles strictes et peu d’explications.
Un trajet sous cloche et des consignes étranges
La famille d’Ahmed a été transportée en deux bus séparés, fenêtres obstruées et interdiction formelle d’utiliser les téléphones. On leur a demandé de déclarer aux forces israéliennes qu’il s’agissait d’une « évacuation française ».
Au passage du point de contrôle de Kerem Shalom (https://www.aljazeera.net/encyclopedia/2024/5/14/%D9%85%D8%B9%D8%A8%D8%B1-%D9%83%D8%B1%D9%85-%D8%A3%D8%A8%D9%88-%D8%B3%D8%A7%D9%84%D9%85-%D9%85%D9%86%D9%81%D8%B0-%D8%A8%D9%8A%D9%86-%D8%BA%D8%B2%D8%A9), on leur a ordonné d’abandonner tous leurs effets personnels.
Ils ont ensuite été conduits à l’aéroport Ramon, dans le désert du Néguev (https://www.aljazeera.net/encyclopedia/2011/6/1/%D9%85%D9%86%D8%B7%D9%82%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D9%86%D9%82%D8%A8), où ils ont embarqué sans connaître leur destination finale.
De l’inquiétude en vol à la surprise de l’atterrissage
En plein trajet, les passagers ont découvert que l’itinéraire les menait d’abord à Nairobi, au Kenya, puis à Johannesburg, en Afrique du Sud. L’atterrissage à Johannesburg a eu lieu le 28 octobre dernier.
À leur arrivée, ils ont reçu un tampon d’entrée comme tout visiteur ordinaire. Mais la communication de « l’organisateur » s’est révélée floue : la famille a appris que leur hébergement n’était réservé que pour une semaine alors que l’accord initial portait sur un mois.
Un autre passager, Louay Abu Seif, a résumé la confusion : « Nous ne savions même pas où nous allions. »
Retards administratifs et intervention d’organisations locales
Sur un autre vol similaire, les passagers sont restés des heures à bord, le temps que les autorités sud-africaines statuent sur leur situation juridique. Leur entrée n’a été autorisée qu’après l’intervention d’ONG locales.
Ce flou administratif a accentué la vulnérabilité des voyageurs, qui dépendaient d’une organisation peu transparente pour leur sortie de Gaza et leur accueil à l’étranger.
La réponse d' »Al-Majd Europe » et les zones d’ombre
Sur le site d' »Al-Majd Europe », consulté par les journalistes du New York Times, l’organisation affirme poursuivre ses activités et met en garde contre des tentatives d’escroquerie utilisant son nom. Toutefois, les appels et messages adressés aux numéros publiés par l’organisation sont restés sans réponse, selon le même reportage (voir référence au New York Times via https://www.aljazeera.net/encyclopedia/2016/2/12/%D9%86%D9%8A%D9%88%D9%8A%D9%88%D8%B1%D9%83-%D8%AA%D8%A7%D9%8A%D9%85%D8%B2-%D8%A7%D9%84%D8%B3%D9%8A%D8%AF%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D8%B1%D9%85%D8%A7%D8%AF%D9%8A%D8%A9).
Plusieurs questions restent sans réponse : qui finance ces vols, quel est le rôle exact des intermédiaires, et dans quelles conditions les passagers consentent-ils — ou sont contraints — à ces voyages ?
Aspects humains : la découverte d’une vie « normale »
Malgré la polémique politique suscitée par ces opérations, les témoignages les plus poignants sont d’ordre humain. Ahmed évoque surtout la réaction de sa fille, pour qui la vie hors de la guerre était presque inconcevable.
- Elle a découvert entrer dans un magasin, acheter de la nourriture et recharger un téléphone sur une prise murale.
- Ces gestes simples, vus jusque-là comme des images sur YouTube, sont devenus sa réalité.
- Avec l’innocence de l’enfance, elle a dit à son père : « Papa… on vit comme dans les vidéos YouTube. »
Ce contraste entre l’ordinaire retrouvé et la trajectoire dangereuse qui les a amenés souligne la dimension profondément humaine de ces « vols mystérieux Gaza ».
Points clés
- Des centaines de Palestiniens de Gaza ont été transportés via des vols organisés par « Al-Majd Europe ».
- Les voyages impliquaient paiements en cryptomonnaie, instructions strictes et manque d’informations claires.
- Les passagers ont été dirigés vers Nairobi puis Johannesburg, où leur situation est restée incertaine à l’arrivée.
- Les autorités sud-africaines ont parfois exigé l’intervention d’ONG locales pour autoriser l’entrée.