Accueil ActualitéDysfonctionnements graves dans un Ehpad toulousain entraînent un décès tragique

Dysfonctionnements graves dans un Ehpad toulousain entraînent un décès tragique

par Lea
France

Des salariés de l’EHPAD Crampel du groupe Emeis (anciennement Orpéa) dénoncent des dysfonctionnements graves qu’ils estiment liés au décès d’un résident survenu le 29 novembre. Selon eux, défaut de surveillance et sécurité défaillante ont été présents depuis des mois. Une enquête de l’Agence régionale de santé (ARS) est en cours pour éclairer ces faits.

Le témoignage d’une salariée décrit un samedi où l’accueil était assuré par une seule auxiliaire de vie référente qui gère l’ensemble des visites, des appels et des résidents. Le portail était défaillant depuis des mois et les bips anti-fugue ne fonctionnaient pas. Ces dysfonctionnements avaient été signalés à plusieurs reprises sans qu’aucune intervention ne suive.

Ce jour-là, deux remplaçantes étaient affectées au premier étage et ne connaissaient pas le résident, coutumier des fugues. Il a été retrouvé une première fois dans l’entrée, prêt à partir; l’auxiliaire l’a ramené et l’infirmier a discuté avec lui. Vers 17 heures, il avait disparu et a finalement été transporté à l’hôpital après une chute. Dans la nuit, son décès a été annoncé, et le silence a suivi, selon plusieurs salariés qui affirment avoir été priés de ne pas en parler.

Un autre employé, qui souhaite rester anonymé, assure que la direction était au courant depuis plus de trois mois des dysfonctionnements du portail et que des résidents avaient déjà tenté de fuguer. Il affirme avoir adressé plusieurs courriers d’alerte à la direction, documents dont nous avons pu prendre connaissance.

Pour les salariés, ce décès s’inscrit dans une dégradation générale de leurs conditions de travail. « Quand on a treize toilettes lourdes à faire sur un secteur, ce n’est plus du soin, c’est de la maltraitance. Quand une résidente veut parler parce qu’elle se sent seule et qu’on doit lui dire: je n’ai pas le temps, j’en ai dix autres derrière, c’est de la maltraitance. Quand on n’a plus le temps de faire des douches, c’est de la maltraitance. »

La cadre est parfois décrite comme fermant les yeux sur ces réalités, mais les salariés affirment que le mot maltraitance est proscrit en interne. « La cadre nous dit : vous ne savez pas ce que c’est d’être maltraitant. Mais si, on le sait, parce qu’on le vit au quotidien », ajoutent-ils.

Les salariés évoquent un manque généralisé de moyens et de moyens matériels, ainsi qu’une reconnaissance insuffisante. « On manque de tout : de personnel, de matériel, de reconnaissance. La cadre est très souvent absente et cumule son rôle ici avec un autre poste. Les infirmiers sont livrés à eux-mêmes. On alerte, mais rien ne bouge et on a même peur de parler entre nous », explique un témoin.

Un collègue résume le diagnostic: « Il y a trois problèmes majeurs : la surcharge de travail, la dépendance croissante des résidents et l’absence de recrutement. Les salariés travaillent sous pression permanente, dans une souffrance physique et morale. Quand on évoque le sujet, on nous répond qu’on ne recrutera pas. »

Des faits de harcèlement moral sont également dénoncés par plusieurs salariés, sans qu’une procédure judiciaire n’ait été engagée à ce stade.

Les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes doivent assurer une surveillance continue des résidents et maintenir en état de fonctionnement les dispositifs de sécurité, notamment les systèmes anti-fugue. L’ARS n’a pas encore communiqué ses conclusions sur ces éléments.

La directrice de l’EHPAD explique que le décès du résident est déclaré aux autorités et affirme rester en contact régulier avec la famille. Elle indique que le taux d’encadrement est supérieur à la moyenne du secteur et que les équipes restent majoritairement en CDI, malgré les tensions du secteur. Des mesures visant à améliorer l’attractivité et le bien-être des équipes sont mentionnées, notamment une revalorisation des rémunérations, des espaces de repos, des actions de bien-être et une consultation régulière des personnels lors des changements importants. Elle précise aussi que l’équipe n’était pas en sous-effectif le 29 novembre, que les bracelets anti-fugue fonctionnaient et que la réparation du portail a été planifiée pour le 2 décembre.

La suite des investigations et les conclusions officielles restent à ce jour attendues.

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