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E3 : Starmer, Macron, Merz redéfinissent la sécurité européenne

par Sara
Royaume-Uni, France, Allemagne, Ukraine, Russie, Iran, États-Unis

La revue The Economist souligne l’émergence d’un nouvel axe informel au cœur de l’Europe : une direction tripartite composée du premier ministre britannique Keir Starmer, du président français Emmanuel Macron et du chancelier allemand Friedrich Merz. Ce trio coordonne désormais des réponses pratiques à des défis stratégiques communs, notamment la guerre en Ukraine, la menace russe, les ambitions nucléaires de l’Iran et les incertitudes liées à la politique américaine. Malgré leur fragilité politique intérieure, ces dirigeants développent une coopération opérationnelle qui ne repose pas sur des institutions formelles mais sur une coordination soutenue.

Un moment décisif

Le lien entre les trois chefs d’État a été renforcé très tôt dans le mandat de Friedrich Merz par un voyage en train de 11 heures jusqu’à Kiev, qualifié de « moment décisif ». Cette mission commune a consolidé des relations personnelles et approfondi un entendement stratégique autour de la sécurité européenne.

Depuis, les conseillers en sécurité nationale — Jonathan Powell pour le Royaume-Uni, Emmanuel Bonne pour la France et Günter Zouter pour l’Allemagne — se coordonnent plusieurs fois par semaine. Cette routine vise à garantir une action commune sur des dossiers sensibles comme la guerre en Ukraine, la sécurité du continent, la crise iranienne et la situation dans la bande de Gaza.

Origines et contexte

L’accélération de cette coordination remonte à la prise de fonction de Merz en mai dernier et à l’arrivée d’un gouvernement britannique déterminé à réparer les relations avec l’Union européenne. The Economist rappelle que la formule « E3 » n’est pas totalement nouvelle : elle avait déjà été utilisée en 2003 lorsque les ministres des Affaires étrangères des trois pays s’étaient rendus à Téhéran pour négocier sur l’enrichissement de l’uranium iranien.

Aujourd’hui, la configuration s’inscrit dans un contexte géopolitique où l’Europe cherche à assumer davantage de responsabilités pour sa propre sécurité, tout en conservant des liens étroits avec Washington.

Portraits croisés des dirigeants

Le degré de cohésion entre Starmer, Macron et Merz tient en partie à leurs profils personnels. Selon The Economist, leurs styles varient — Starmer perçu comme réservé, Merz comme pragmatique et Macron comme spectaculaire — mais ils partagent des carrières hors du monde politique et une approche réaliste des affaires étrangères.

Chacun d’eux dirige par ailleurs un exécutif affaibli et fait face à des pressions internes, notamment de la droite populiste. Cette situation crée une empathie mutuelle et une volonté de coopération pour faire face à des difficultés politiques similaires.

« Les trois dirigeants sont convaincus que l’Europe doit assumer une plus grande part de responsabilité pour sa sécurité, tout en maintenant ses liens étroits avec Washington », a déclaré Benjamin Haddad, ministre délégué français aux Affaires européennes.

Domaines de coopération

La coopération entre les trois pays se matérialise sur plusieurs fronts :

  • Ukraine : soutien à un « coalition des volontaires » visant à constituer une force de réassurance en cas de cessez-le-feu. Un quartier général militaire pour cette coalition a été établi près de Paris. Merz participe à la coprésidence des réunions mais refuse l’envoi de troupes allemandes au sol.
  • Iran : l’E3 offre une voix européenne coordonnée dans les négociations sur le programme nucléaire iranien.
  • Renforcement bilatéral : les traités conclus cette année entre Paris, Berlin et Londres ont tissé un réseau de « multilatéralisme bilatéral » qui renforce la coopération trilatérale.
  • Autres dossiers sensibles : malgré la coopération, des différences subsistent sur l’achat d’armements (américains ou européens) et sur la capacité du Royaume-Uni à peser dans des politiques commerciales relevant du périmètre exclusif de l’Union européenne, notamment la politique vis-à-vis de la Chine.

Limites et réactions en Europe

La formule E3 présente des limites claires. Pour des raisons historiques, l’Allemagne ne peut pas adopter certaines positions diplomatiques, comme la reconnaissance de l’État palestinien, démarche à laquelle ont procédé Londres et Paris. Ces différences illustrent les contraintes nationales qui pèsent sur l’unité de l’axe.

Plusieurs pays européens se montrent par ailleurs méfiants : l’Italie se sent exclue et la Pologne, déçue par l’essoufflement du « triangle de Weimar » (France-Allemagne-Pologne), perçoit l’E3 comme une menace pour son influence régionale.

Flexibilité comme atout

La solidité de cet axe tient surtout à sa capacité à rester flexible et à intégrer d’autres partenaires si nécessaire. Son avenir dépendra de sa faculté à éviter l’image d’un club fermé et à démontrer son efficacité pour protéger les intérêts de l’Ukraine et contenir les pires impulsions de la politique américaine sous Donald Trump.

Si ses ambitions restent modestes, The Economist estime que cette direction tripartite pourrait représenter « le meilleur espoir de l’Europe » pour avancer vers une sécurité plus autonome et coordonnée.

source:https://www.aljazeera.net/politics/2025/11/28/%d8%a5%d9%8a%d9%83%d9%88%d9%86%d9%88%d9%85%d9%8a%d8%b3%d8%aa-%d9%87%d9%84-%d9%8a%d9%86%d9%82%d8%b0-%d8%b3%d8%aa%d8%a7%d8%b1%d9%85%d8%b1-%d9%88%d9%85%d8%a7%d9%83%d8%b1%d9%88%d9%86

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