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L’éducation à Jérusalem-Est est depuis 1967 l’un des principaux champs de confrontation face aux politiques de l’occupation. Israël a cherché à imposer des programmes alternatifs visant à effacer les symboles nationaux et à réduire la présence de la langue arabe, une dynamique renforcée par un plan quinquennal liant l’aide financière au respect des curricula israéliens.
Cette pression transforme l’école de Jérusalem en un espace d’équilibre précaire entre les exigences du maintien de la mémoire nationale et des contraintes administratives et financières imposées par l’occupation. Le phénomène s’accompagne d’une crise sociale profonde : plus de 72 % des foyers de Jérusalem-Est vivent sous le seuil de pauvreté, ce qui alourdit la charge éducative et rend les établissements vulnérables à des financements conditionnés ou à des initiatives individuelles instables.
Contexte général et défis
Depuis l’occupation, les autorités israéliennes ont appliqué des politiques visant à remodeler la conscience des élèves par des manuels et des exigences administratives contraignantes. Ces pratiques, observées dans d’autres contextes de conflit, ne visent pas seulement le plan pédagogique : elles cherchent à affaiblir l’identité nationale et à renforcer une dépendance politique et culturelle.
Les défis structurels sont majeurs et concrets :
- Un déficit d’environ 2 000 salles de classe, entraînant des classes surpeuplées (plus de 40 élèves parfois).
- Des conséquences pédagogiques : fatigue des enseignants, baisse de la qualité de l’enseignement et hausse du décrochage aux niveaux collège et lycée.
- L’absence de programmes professionnels suffisants, exposant les jeunes à une fragilité face au marché du travail.
- Des pressions psychologiques continues liées aux contrôles, aux détentions et aux contraintes de déplacement, qui pénalisent la réussite scolaire.
L’allongement des temps d’attente aux points de contrôle, les entraves à l’accès sécurisé aux établissements et les descentes répétées dans les quartiers pèsent sur la santé mentale des élèves et érodent leur motivation.
Les études internationales sur l’éducation en zones de conflit soulignent que l’impact psychologique du conflit est déterminant dans la baisse des performances académiques. Il devient donc essentiel d’envisager l’école non seulement comme lieu d’apprentissage, mais comme dispositif de soutien psychosocial.
Le rôle du capital social et des initiatives locales
Face au vide des politiques publiques, le capital social joue un rôle vital. Réseaux communautaires et associations tentent de compenser l’exclusion en créant des espaces d’apprentissage plus sûrs.
Ces initiatives citoyennes expliquent l’essor d’actions locales qui, sans être systématiques, offrent des alternatives pour l’accueil et la formation des jeunes. Elles traduisent la volonté d’endiguer la marginalisation et de préserver la transmission culturelle.
Exemples et témoignages publics illustrent cette réalité : un entretien du Dr Mustafa Abu Sway, membre du conseil des wakfs islamiques à Jérusalem, pointe la vétusté des écoles et l’absence de mise à niveau (voir le tweet : https://twitter.com/AJArabicnet/status/1830003639642914987?ref_src=twsrc%5Etfw).
Les réussites des élèves de Jérusalem-Est
Malgré les contraintes, les élèves de Jérusalem-Est enregistrent des performances remarquables. Aux examens du baccalauréat, ils devancent souvent la moyenne nationale ; certains obtiennent les premiers rangs à l’échelle de la Palestine.
Ces succès se manifestent aussi à l’international :
- Participation et distinctions dans des olympiades scientifiques internationales, notamment en mathématiques.
- Projets culturels et artistiques — théâtre, musique, arts visuels — utilisés comme formes de résistance symbolique et de renforcement de l’identité.
- Présence dans les compétitions sportives locales et régionales, malgré la faiblesse des infrastructures.
Ces réalisations reflètent une persistance collective : elles ne sont pas seulement individuelles, mais l’expression d’un effort social visant à préserver la présence palestinienne dans la ville.
Lecture critique des succès
Ces réussites ont une forte valeur symbolique, mais elles restent vulnérables si elles demeurent isolées. Le sociologue Pierre Bourdieu rappelle que le capital culturel individuel ne suffit pas à transformer les structures sociales sans une institutionnalisation de ces acquis.
Problèmes concrets :
- Le mérite scolaire n’est pas toujours suivi d’un accès garanti à l’enseignement supérieur, faute de bourses et de moyens financiers.
- Les talents artistiques ou sportifs manquent souvent d’encadrement institutionnel durable.
- Le risque de fuite des cerveaux existe : les élèves brillants partent pour l’étranger sans garanties de retour, privant Jérusalem d’un capital humain essentiel.
Les études sur l’éducation en contextes conflictuels soulignent que, sans soutien institutionnel, les succès individuels demeurent « isolés » et ont un impact limité.
Des voix locales racontent des réalités alarmantes — comme des anecdotes de pressions et de menaces sur l’école — illustrées dans des publications collectives (voir par exemple le tweet : https://twitter.com/MetrasWebsite/status/1703119151800713664?ref_src=twsrc%5Etfw).
Recommandations opérationnelles
Transformer les réussites individuelles en force collective demande une stratégie claire et cohérente, fondée sur l’intégration de l’école au tissu social et sur des politiques nationales. Les priorités à court et moyen terme peuvent se définir ainsi :
- Soutien financier : création d’un fonds de bourses pérenne pour permettre aux élèves issus de familles pauvres d’accéder à l’enseignement supérieur.
- Soutien psychosocial et culturel : intégration de programmes thérapeutiques et d’activités créatives dans les écoles, supervisés par des spécialistes, pour protéger la santé mentale et mobiliser les arts comme outils pédagogiques.
- Politiques et partenariats : développement de partenariats universitaires arabes et internationaux, renforcement de la coopération entre écoles, ONG et secteur privé pour créer des filières de formation durables.
Ces axes visent à faire de l’école un espace national porteur de résilience, capable de convertir la symbolique du succès en capital social partagé.
Vers un projet éducatif national pour Jérusalem-Est
Les accomplissements des élèves de Jérusalem-Est montrent la capacité de la société à résister aux politiques d’assimilation et à préserver son identité. Cependant, la durabilité de ces acquis repose sur leur intégration dans un projet national structuré.
L’éducation ne doit pas rester une réaction ponctuelle face aux pratiques de l’occupation ; elle doit devenir une plateforme stratégique pour produire un savoir alternatif renforçant la résilience et la présence palestiniennes en ville.
En ce sens, l’école de Jérusalem doit être traitée comme un projet national complet : à la fois outil de protection de l’identité et levier productif pour les futures générations.
À propos de l’auteur
Malik Zablah est écrivain et chercheur palestinien basé à Jérusalem. Ses travaux portent sur les politiques culturelles, les questions d’identité et de résilience, avec des publications et analyses consacrées à la réalité éducative et culturelle de la ville.