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La Federal Aviation Administration (FAA) a brièvement fermé l’espace aérien d’El Paso (Texas) après le déploiement d’un système laser militaire destiné à neutraliser des drones. L’interdiction, annoncée initialement pour dix jours, a été levée moins de huit heures plus tard, après ce que les autorités décrivent comme une série de malentendus entre le Pentagone et les régulateurs de l’aviation civile.
Fermeture d’urgence et périmètre concerné
La mesure d’urgence a pris effet dans la nuit du 10 février, lorsque la FAA a ordonné l’arrêt de tous les vols à destination et au départ de l’aéroport international d’El Paso pour des « raisons de sécurité particulières ». L’interdiction concernait un périmètre d’environ 16 km autour de la ville, incluant la zone voisine de Santa Teresa.
Les restrictions visaient principalement les appareils volant à moins de 5 500 mètres d’altitude, tandis que les avions en croisière au‑dessus de cette hauteur n’étaient pas supposés être affectés. L’ordre prévoyait également des mesures strictes contre les pilotes qui ne s’y conformeraient pas, allant de l’interception à l’interrogatoire par les forces de l’ordre.
Pourquoi la FAA a décidé la fermeture ?
Les premières explications évoquaient une intrusion de drones liés aux cartels mexicains, un scénario confirmé publiquement par des responsables américains qui ont parlé d’une menace désormais « neutralisée ». Toutefois, des éléments communiqués en interne indiquent que la décision était surtout liée à l’utilisation par le ministère de la Défense d’une nouvelle technologie laser à haute énergie destinée à contrer les véhicules aériens sans pilote.
Selon ces éléments, des essais menés par l’armée — incluant le vol de drones de test parfois en dehors des trajectoires habituelles — ont suscité des craintes d’interférence avec le trafic commercial. La FAA et le Pentagone devaient discuter de la coordination lors d’une réunion programmée pour le 20 février, mais l’armée aurait avancé sans l’approbation finale de l’autorité civile, provoquant l’arrêt des vols à El Paso.
Réactions locales et critiques
La fermeture a suscité une vive émotion dans la communauté. Le maire d’El Paso a dénoncé un manque de coordination avec les autorités municipales, l’aéroport et les services essentiels, estimant inacceptable une restriction de cette ampleur sans consultation préalable.
De leur côté, des élus locaux ont exigé des explications plus précises. Une représentante de la région a remis en question la thèse d’une incursion majeure de drones et a demandé des éclaircissements sur la rapidité d’activation puis de levée de l’interdiction.
Impacts et précédents
El Paso, métropole d’environ 700 000 habitants, voit transiter chaque année plusieurs millions de passagers via son aéroport. Une restriction de l’espace aérien à cette échelle n’avait été appliquée dans la région que lors de la fermeture nationale après les attentats du 11 septembre 2001.
Des experts en sécurité estiment que des incursions de drones près d’installations sensibles ne sont pas exceptionnelles, mais qu’il est inhabituel que la FAA ferme un grand volume d’espace aérien pendant plusieurs jours. Ils soulignent également le coût social et économique d’une telle décision, si elle n’est pas suffisamment préparée.
Drones des cartels et usage des engins au Mexique
Les autorités américaines évoquent depuis plusieurs années l’usage de drones par des groupes criminels mexicains pour le transport de stupéfiants et la reconnaissance. Des responsables du contre‑drone au sein du département de la Sécurité intérieure ont indiqué que des détections rapprochées des frontières sont quotidiennes et parfois massives.
Sur certaines périodes récentes, des milliers d’appareils ont été repérés à proximité de la frontière sud des États‑Unis, avec en moyenne plusieurs centaines de vols détectés par jour. Ces incursions représentent un risque de collision avec l’aviation civile et servent aussi d’outil tactique pour les groupes criminels.
Usage militaire et violences internes au Mexique
Parallèlement, des groupes criminels mexicains, notamment la Jalisco Nueva Generación, ont recours aux drones dans des affrontements territoriaux. Outre la surveillance, certains engins ont été employés pour larguer des explosifs et mener des attaques qui ont contribué au déplacement de populations rurales dans des États comme le Michoacán.
Des observateurs notent que ces tactiques aggravent la violence locale et compliquent la réponse des autorités, en multipliant les menaces tant pour les civils que pour les forces de sécurité.
Suite des événements
La levée rapide de l’interdiction a souligné les lacunes de coordination entre agences. Les autorités fédérales ont prévu des discussions pour clarifier les protocoles d’emploi de systèmes anti‑drone et assurer la sécurité du trafic aérien civil tout en poursuivant des essais militaires jugés nécessaires.
En attendant ces clarifications, la fermeture éprouvante d’El Paso laisse des questions en suspens sur la gestion des technologies émergentes et sur la manière dont elles peuvent être déployées sans mettre en péril les liaisons civiles et la confiance des populations.