Accueil ActualitéEnlèvement de Maduro : pourquoi Poutine reste silencieux ?

Enlèvement de Maduro : pourquoi Poutine reste silencieux ?

par Sara

Un mème viral sur les réseaux sociaux russes juxtapose des photos de Vladimir Poutine et la phrase « Nous n’abandonnons pas les nôtres », évoquant une série de dirigeants autrefois présentés comme des alliés clés de Moscou. Parmi eux figurent Muammar Kadhafi, renversé en 2011, Bashar al-Assad, parti précipitamment pour Moscou en 2024, et Viktor Ianoukovytch, exilé à Moscou en 2014. Cette fois, c’est la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro par des commandos américains qui met en lumière le silence apparent du Kremlin.

Selon des informations partagées publiquement, des frappes ciblées ont précédé l’intervention visant Maduro, visant notamment des systèmes de défense aérienne et des radars fournis par la Russie à Caracas. Le traité de coopération militaire entre Moscou et Caracas, tel qu’il est interprété publiquement, ne prévoyait pas d’engagement militaire immédiat en cas d’intervention étrangère.

Si le ministère des Affaires étrangères russe a qualifié l’opération d’« acte d’agression armée inacceptable », le président Poutine est resté notablement discret, ce qui alimente spéculations et analyses au sein de cercles politiques et médiatiques.

Un double impact pour la stature du Kremlin

Des observateurs estiment que l’affaire affecte la réputation internationale de la Russie à court terme tout en renforçant, paradoxalement, certaines opportunités géopolitiques à plus long terme. Pour certains analystes, la priorité actuelle de Washington à imposer sa force modifie les équilibres internationaux et oblige Moscou à recalibrer ses priorités.

Aux yeux de plusieurs experts, la perte d’un allié fidèle comme Maduro porte un coup symbolique à l’image de Poutine en Amérique latine, mais elle ne compromet pas nécessairement les ambitions russes dans l’espace post-soviétique ni ses intérêts énergétiques globaux.

Des accords tacites entre grandes puissances ?

Une théorie avancée par des spécialistes de la région suggère que des discussions discrètes entre Washington et Moscou pourraient avoir fixé des « limites » tacites à leurs sphères d’influence. Ces arrangements implicites viseraient à préserver des intérêts stratégiques réciproques, notamment sur la question ukrainienne et l’exploitation future d’hydrocarbures en Arctique.

Dans ce cadre, le contrôle de zones stratégiques — qu’il s’agisse d’accès arctiques ou de grands gisements pétroliers comme la vaste formation de Bazhenov en Sibérie — apparaît comme un enjeu central. Des experts soulignent que les entreprises américaines disposent souvent de technologies d’extraction supérieures, ce qui en ferait des partenaires recherchés pour certaines opérations à long terme.

Un calcul risqué et la crainte des fuites

Des voix expertes rappellent que renoncer publiquement à défendre Maduro ne rapprochera pas nécessairement Moscou de Washington. Les tensions personnelles entre dirigeants, les doutes exprimés publiquement et la méfiance réciproque restent des facteurs puissants.

Par ailleurs, l’un des principaux sujets d’inquiétude pour le Kremlin est la fuite d’informations au sein des coteries présidentielles. Le cas Maduro pourrait inciter Moscou à renforcer ses propres mesures de sécurité intérieure et à redouter des désertions ou des trahisons au sein de ses alliés.

Certaines analyses vont plus loin en soulignant que l’opération américaine pourrait inspirer des contre-mesures audacieuses, voire des tentatives ciblées contre des dirigeants perçus comme ennemis, dans un climat où les méthodes de confrontation se font de plus en plus asymétriques.

Liens historiques et limites de l’assistance russe

Les relations entre Moscou et Caracas remontent à l’époque d’Hugo Chávez, allié stratégique qui avait acheté en masse du matériel militaire russe et investi dans des projets industriels communs. La coopération a inclus des livraisons d’armements, l’installation d’infrastructures et une assistance technique dans le secteur pétrolier.

Toutefois, les technologies russes employées pour le traitement de pétroles lourds se sont révélées insuffisantes pour enrayer la baisse de production vénézuélienne. Ce déclin a contribué à l’effondrement économique, à l’hyperinflation et à la fuite de nombreux spécialistes du secteur énergétique.

Demandes vaines et rhétorique pro-Kremlin

Plusieurs demandes formulées par Caracas — notamment la fourniture de missiles, la remise en état d’appareils militaires et un plan de financement pour l’appui logistique — ont été rendues publiques, sans qu’il soit clair si Moscou y a répondu concrètement.

Dans les médias et cercles proches du Kremlin, la chute de Maduro est présentée comme une manœuvre occidentale visant la Russie, une thèse que défendent certains commentateurs qui prédisent l’échec de ces tentatives d’affaiblissement.

À la fois symbole d’une fidélité affichée et révélateur de limites pratiques, l’affaire Maduro illustre les dilemmes de la politique étrangère russe. Le « Poutine silence Maduro » devient ainsi un mot d’ordre sur les réseaux et dans les salons géopolitiques, interrogeant la portée réelle des alliances quand les grandes puissances redéfinissent leurs priorités.

source:https://www.aljazeera.com/news/2026/1/6/closing-his-eyeswhy-is-russias-putin-quiet-on-us-abduction-of-maduro

Cela pourrait vous intéresser

Laisser un commentaire