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Les États-Unis ont annoncé jeudi de nouvelles sanctions visant trois dirigeants des Forces de soutien rapide (RSF) pointés du doigt pour leur rôle dans le siège de dix‑huit mois de la ville d’El‑Fashir, au Darfour, qui s’est achevé par la prise de contrôle de la ville. Le département du Trésor accuse la RSF d’avoir commis des « meurtres motivés par l’ethnie, des actes de torture, de la privation alimentaire et des violences sexuelles » pendant ces opérations.
Qui sont les visés ?
Le communiqué précise que les trois personnalités sanctionnées sont le brigadier‑général Al‑Fateh Abdullah Idris Adam, le général Geddo Hamdan Ahmad Muhammad et le chef de terrain Tijani Ibrahim Musa Muhammad. Chacun est désigné par des sobriquets largement cités dans les enquêtes et témoignages sur les violences récentes.
- Al‑Fateh Abdullah Idris Adam, connu sous le nom d’« Abu Lu’lu’ », est accusé d’avoir filmé des exécutions de civils désarmés à El‑Fashir, de se vanter d’avoir tué des milliers de personnes et d’avoir interrogé des prisonniers de guerre en les humiliant, en les soumettant à des menaces d’agression sexuelle puis en exécutant certains à bout portant.
- Geddo Hamdan Ahmad Muhammad, dit « Abu Shaq », occupe depuis 2021 le poste de commandant de la région du Nord‑Darfour au sein de la RSF.
- Tijani Ibrahim Musa Muhammad, surnommé « al‑Zir Salem », est décrit comme un commandant de terrain impliqué dans les opérations de prise de la ville.
Selon le Trésor américain, les trois hommes ont été filmés dans une base militaire abandonnée à El‑Fashir après la chute de la ville, dans des scènes liées à des massacres, des enlèvements, des tortures et des violences basées sur le genre.
Portée des mesures
Les sanctions américaines s’ajoutent à celles déjà prises par le Royaume‑Uni et l’Union européenne contre ces mêmes responsables en décembre 2025 et janvier 2026. Elles entraînent le gel de tous les avoirs et intérêts financiers des trois hommes aux États‑Unis et l’interdiction de toute transaction financière ou commerciale impliquant des personnes américaines ou transitant par le territoire américain.
Le chef du Trésor américain, Scott Bessent, a appelé la RSF à respecter un cessez‑le‑feu immédiat pour des raisons humanitaires, avertissant que la guerre au Soudan déstabilise la région et favorise l’expansion de groupes extrémistes, ce qui menace par ailleurs les intérêts et la sécurité des États‑Unis.
« Nous ne tolérerons pas cette campagne continue de terreur et d’assassinats arbitraires au Soudan », a‑t‑il ajouté, selon le communiqué.
Une guerre meurtrière et ses conséquences
Un rapport des Nations unies sur le siège d’El‑Fashir conclut que des milliers de personnes — notamment des membres de la communauté zaghawa — ont été tuées, violées ou portées disparues. Les estimations indiquent que plus de 100 000 personnes ont fui la ville depuis la fin octobre, après la prise de contrôle par la RSF qui a suivi un siège de dix‑huit mois et plongé la population dans une situation de famine.
Des survivants témoignent d’exécutions de masse motivées par l’ethnie, d’arrestations massives et d’actes de violence généralisés tant pendant la conquête de la ville qu’après son occupation. De nombreuses personnes demeurent toujours portées disparues dans El‑Fashir et ses environs.
Par ailleurs, le département du Trésor accuse la RSF d’avoir mené une campagne systématique visant à effacer les preuves des meurtres de masse, notamment par l’enfouissement, l’incinération et l’élimination de dizaines de milliers de dépouilles.