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Gaza : cousins amputés, jeunesse et famille brisées

par Sara
Palestine, Israël

Abdullah, 30 ans, était autrefois animateur et chanteur, invité aux mariages et aux fêtes dans les hôtels de Gaza. Aujourd’hui, il vit en fauteuil roulant, les deux jambes amputées au-dessus du genou — un témoignage vivant des amputations à Gaza qui se multiplient depuis le début du conflit. Pourtant, c’est l’histoire partagée avec son cousin Diaa qui révèle l’amplitude des pertes : blessures physiques, deuils et espoirs brisés.

L’explosion qui a tout brisé

En septembre, alors qu’il avait été déplacé de Beit Lahiya vers un appartement de famille au centre de Gaza City, Abdullah rentrait du marché avec un ami lorsque leur groupe de passants a été frappé par une violente explosion. Il s’est retrouvé au sol, entouré de fumée noire, incapable de se relever et couvert de sang. À son réveil à l’hôpital, on lui a annoncé l’amputation des deux jambes au-dessus du genou.

Il raconte encore l’incompréhension et la douleur du moment : la vue de ses propres membres mutilés et celle de son ami grièvement blessé à côté de lui. Malgré la souffrance, Abdullah a tenté d’accepter son sort, appelant cela « la volonté de Dieu » et cherchant à se relever moralement pour sa famille.

Un cousin, des pertes irréparables

Diaa, également âgé de 30 ans, vivait et travaillait avec Abdullah : tous deux animaient des cérémonies ensemble. En juillet, une frappe directe contre la maison familiale à Beit Lahiya a tué 22 personnes, dont la femme de Diaa, 26 ans, et leurs deux filles, Hala, cinq ans, et Sama, trois ans. Diaa a survécu mais a perdu une jambe et l’autre est gravement blessée, nécessitant des opérations supplémentaires.

Il se souvient du réveil dans une pièce remplie de cendres et de cris, de la recherche désespérée de sa famille, puis de la perte de conscience. La douleur du deuil dépasse selon lui celle de la blessure physique : « J’ai perdu le sens de la vie après les avoir perdus », confie-t-il, tentant de contenir ses larmes.

Vivre en fauteuil, espérer des prothèses

Les deux cousins vivent désormais dans le quartier Sheikh Radwan, à Gaza City, dans la maison de la famille de Diaa. Ils reçoivent quelques séances de physiothérapie dans un centre géré par la municipalité, mais manquent d’accès à des soins de réadaptation avancés et à des prothèses adaptées. Leur quotidien est rythmé par la dépendance : « Nous avons besoin qu’on nous pousse, notre corps est affaibli et le froid nous affecte », explique Abdullah.

Le ministère de la Santé de Gaza a recensé environ 6 000 amputations depuis le début du conflit en octobre 2023 jusqu’à la fin de 2025, avec près de 25 % de cas chez des enfants et environ 12,7 % chez des femmes. Ces chiffres montrent l’urgence d’établir des programmes de réhabilitation à long terme et d’importer des prothèses modernes, ressources actuellement indisponibles dans la bande de Gaza.

Un avenir incertain

Malgré tout, Abdullah et Diaa conservent le même souhait : pouvoir se tenir debout à nouveau avec des prothèses. Chaque nuit, Abdullah imagine retrouver des jambes complètes et se lever le lendemain, un rêve devenu obsession. Ils espèrent obtenir l’autorisation de voyager à l’étranger pour des traitements et l’adaptation de prothèses qui leur permettraient de retrouver une autonomie minimale.

Leur demande souligne une nécessité plus large : des réponses humanitaires et médicales renforcées pour des milliers de blessés qui, comme eux, voient leurs vies et leurs familles déchirées par la guerre. En attendant, la réhabilitation reste un espoir fragile dans un territoire profondément marqué par la violence et la privation.

source:https://www.aljazeera.com/features/2026/1/2/gaza-cousins-face-lost-youth-and-family-tragedy-after-amputations

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