Invitée sur le plateau de France 2 ce lundi matin, la ministre de la Santé Stéphanie Rist est revenue sur le mouvement de grève des médecins libéraux qui ferment leurs cabinets pendant dix jours. Elle a insisté sur la nécessité de maintenir le dialogue et a exprimé l’espoir que le conflit se règle rapidement. Cette prise de position survient au début d’une année marquée par des tensions autour de l’offre de soins. Selon elle, le gouvernement souhaite favoriser le dialogue tout en garantissant les soins essentiels.
Elle a ajouté qu’elle espérait que ce mouvement durerait le moins longtemps possible et qu’elle continue d’exercer en tant que médecin rhumatologue de profession, ce qui donne une certaine proximité avec les problématiques du secteur.
Pour maintenir l’offre de soins et répondre aux urgences, elle n’exclut pas le recours à des réquisitions de médecins. « La loi nous l’autorise, et je le ferai s’il y a besoin » — a-t-elle affirmé. Selon elle, les agences régionales de santé doivent proposer aux préfets de décider de telles réquisitions afin de compléter l’offre là où des manques apparaissent. Cependant, elle a aussi rappelé qu’il faut respecter le droit de grève, et que les rendez-vous non urgents seront probablement reportés.
Il est difficile d’estimer le nombre de cabinets fermés dès ce lundi en pleine épidémie de grippe, mais la colère des médecins est nette. Ils dénoncent plusieurs mesures du budget de la Sécurité sociale pour 2026, estimant qu’elles remettent en cause leur liberté d’exercice.
Un des griefs majeurs porte sur la convention médicale. Au fil des débats, le gouvernement a introduit dans le budget la possibilité que les tarifs des actes médicaux soient définis par décret, c’est-à-dire sans négociation. Jusqu’ici, ces tarifs relevaient d’une négociation entre les syndicats représentant la profession et l’Assurance Maladie, qui se réunit habituellement tous les cinq ans pour réviser les tarifs des actes et des consultations. Autrement dit, on n’avait pas la main pour imposer arbitrairement de nouvelles règles.
« C’est une mesure qui a été adoptée contre mon avis », a rappelé Stéphanie Rist. « Ce qui compte pour moi, ce sont les négociations conventionnelles avec l’Assurance maladie. » Elle a ajouté que l’intérêt d’un gouvernement n’est pas de décider tout seul dans son coin, affirmant que les décisions doivent résulter de concertations. Le 31 décembre, dans une lettre ouverte diffusée sur les réseaux sociaux, elle a souligné que la mesure prévoit une possibilité et non une obligation, et qu’elle ne serait pas appliquée tant qu’elle est ministre. Cependant, avec onze ministres de la Santé au compteur depuis le début du quinquennat, rien ne garantit que ses successeurs agiront de même.
Stéphanie Rist a aussi défendu la limitation à un mois des arrêts de travail pour une première prescription et à deux mois en cas de renouvellement. « On peut se demander pour un malade qui est arrêté trois mois ou six mois comment il est suivi. Honnêtement, ce n’est pas contraindre la liberté de prescription », a-t-elle déclaré, ajoutant que presque toutes les pathologies se situent en dessous d’un mois d’arrêt.
D’autres mesures ont suscité la colère des médecins, comme la taxe envisagée sur les dépassements d’honoraires pour dissuader certains spécialistes d’être trop gourmands. Cette mesure n’a finalement pas été retenue dans le budget 2026. Par ailleurs, une disposition visant à sanctionner l’usage du dossier médical partagé a été retirée par le Conseil constitutionnel, qui l’a qualifiée de cavalier social en raison de ses effets trop indirects sur les comptes de la Sécurité sociale.