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Groenland : le réveil géopolitique qui ébranle le Danemark

par Sara
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Les menaces américaines de s’intéresser de près au Groenland ont plongé Copenhague dans une vive inquiétude. Face à des propos publics et à une montée des tensions, le Danemark a renforcé ses déploiements militaires sur l’île et plusieurs alliés européens ont envoyé de petites unités en soutien symbolique. La question de la souveraineté est redevenue urgente, et le débat porte désormais sur les frontières, le droit international et les logiques de puissance.

Un réveil stratégique attendu mais brutalisant

Le Groenland a toujours occupé une place stratégique : position géographique, ressources naturelles et valeur militaire en font un enjeu majeur dans un monde de plus en plus concurrentiel. L’intérêt renouvelé des États-Unis ne relève pas d’un simple excès rhétorique mais s’inscrit dans une vision géopolitique où l’accès et le contrôle priment sur les formalités juridiques.

Pour le Danemark, l’enjeu n’est pas seulement l’éventualité d’une ingérence extérieure, mais la révélation d’un paradoxe profond : les mêmes arguments sur la souveraineté et l’application du droit international qu’il invoque aujourd’hui ont été marginalisés dans son action extérieure passée.

Un miroir dérangeant pour Copenhague

Le retournement de situation met en lumière une contradiction. Pendant des décennies, le Danemark s’est aligné étroitement sur les États-Unis, tant diplomatiquement que militairement, participant à des opérations qui ont redessiné des régions sous le prétexte de sécurité, de valeurs et de loyauté aux alliances.

Lorsque ces mêmes logiques géopolitiques se manifestent à proximité du territoire danois, les abstractions deviennent concrètes : ce que le Danemark a parfois toléré ou justifié ailleurs lui est désormais opposé.

Les précédents qui pèsent

Plusieurs interventions auxquelles le Danemark a participé servent d’antécédents et expliquent en partie la difficulté à défendre aujourd’hui une position strictement juridique :

  • Iraq : une guerre lancée sans mandat clair et basée sur des motifs qui se sont effondrés.
  • Afghanistan : deux décennies de conflit qui ont abouti à l’épuisement et au retour à un ordre instable.
  • Libye : une intervention aérienne décisive qui a contribué à la chute du régime, suivie d’un État déchiré et d’un chaos durable.
  • Syrie : une contestation transformée en guerre par procuration avec des conséquences humanitaires et régionales majeures.

Chacune de ces interventions a été présentée comme nécessaire et compatible avec un ordre fondé sur des règles, tout en participant en pratique à l’érosion de ces mêmes normes.

Le contraste avec Gaza et la question de la cohérence

La crise autour du Groenland met aussi en relief une incohérence politique plus large. Alors que les images et rapports sur la destruction de Gaza ont suscité des alertes d’organisations humanitaires et d’experts juridiques, la réponse politique du Danemark est restée mesurée, et les appels à une responsabilité claire ont été timides.

Parallèlement, des liens économiques persistent : une entreprise danoise continue de fournir des pièces de rechange pour des F-35, avions qui ont été utilisés dans les bombardements. Lorsque des questions ont été posées sur l’éventuelle application d’obligations d’arrestation à l’encontre de dirigeants étrangers, la réponse officielle est restée évasive.

Enjeux pour l’Europe : loyautés et vulnérabilités

Le cas du Groenland souligne une leçon difficile pour l’Europe : l’alignement sur une puissance ne garantit pas une protection automatique contre ses propres exigences. La loyauté n’équivaut pas à l’autonomie, et la tolérance de l’érosion du droit international à l’étranger finit par se retourner contre ceux qui l’ont tolérée.

La question centrale est désormais la suivante : la défense du droit international et de la souveraineté sera-t-elle appliquée de manière cohérente, ou demeurera-t-elle sélective selon les intérêts stratégiques du moment ?

Groenland et souveraineté : un test pour le Danemark et l’Europe

Le réveil géopolitique autour du Groenland n’est pas seulement un enjeu territorial. Il représente un véritable jugement sur des choix politiques antérieurs et sur la capacité des États européens à défendre des principes universels plutôt que des intérêts circonstanciels.

À l’heure où les tensions arctiques se cristallisent, le défi pour le Danemark et ses partenaires européens sera d’afficher une ligne cohérente entre discours et pratique, sous peine de se retrouver exposés aux mêmes logiques de puissance qu’ils ont contribué à normaliser ailleurs.

source:https://www.aljazeera.com/opinions/2026/1/20/greenland-is-not-just-a-territorial-concern-it-is-a-reckoning

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