Accueil ActualitéHongkong : Jimmy Lai condamné à 20 ans de prison pour sécurité nationale

Hongkong : Jimmy Lai condamné à 20 ans de prison pour sécurité nationale

par Lea
France

Jimmy Lai, magnat de la presse et figure emblématique du mouvement prodémocratie à Hong Kong, a été condamné lundi 9 février par un tribunal hongkongais à vingt ans d’emprisonnement pour atteinte à la sécurité nationale, après avoir été reconnu coupable des chefs d’accusation de sédition et de collusion avec des puissances étrangères.

Cette condamnation marque l’épilogue d’un feuilleton judiciaire qui s’est étalé sur près de cinq ans et qui a été suivi de près par la communauté internationale. Lai avait été arrêté en août 2020 en vertu de la loi de sécurité nationale imposée par Pékin peu après les vastes manifestations antigouvernementales de 2019 à Hong Kong. Il avait été reconnu coupable en décembre dernier de collusion avec des puissances étrangères et de sédition.

Figure éminente de la contestation et fondateur du journal prodémocrate Apple Daily — contraint à la fermeture en 2021 — Jimmy Lai risquait une peine pouvant aller jusqu’à la prison à perpétuité pour les infractions qualifiées de “nature sérieuse” par la loi sur la sécurité nationale. Sa condamnation représente la plus lourde prononcée jusqu’à présent sous cette loi à Hong Kong, décrite par ses détracteurs comme une attaque contre les libertés garanties lors de la rétrocession de l’ancienne colonie britannique à la Chine.

Les trois juges ont déclaré que l’ampleur de la condamnation était justifiée par le fait que Lai était le “cerveau” et le moteur “persistant” des complots visant des puissances étrangères. Ils ont évoqué des éléments à charge démontrant que ces complots visaient des sanctions, des embargos et d’autres mesures hostiles de la part des États‑Unis et d’autres pays, tout en impliquant un réseau d’individus, parmi lesquels des employés d’Apple Daily. En plus de Lai, six anciens employés du journal ont été condamnés à des peines allant de six à dix ans de prison.

Lai, âgé de 78 ans, a rejeté toutes les accusations à son encontre, déclarant lors du procès être un prisonnier politique victime d’une persécution de la Chine, tandis que les appels à sa libération se sont multipliés en marge de sa détention, notamment en raison de son état de santé fragile. Pékin a répété que le procès était équitable.

Des dirigeants mondiaux, dont le président américain Donald Trump et le premier ministre britannique Keir Starmer, ont critiqué le sort de Jimmy Lai. Starmer aurait dit avoir évoqué le sujet lors d’une visite en Chine en janvier, durant laquelle il aurait rencontré le président chinois Xi Jinping. Donald Trump avait également indiqué avoir discuté de Lai avec son homologue chinois lors d’un entretien en octobre dernier.

Ces réactions reflètent notamment la renommée de Lai sur la scène internationale pour son engagement en faveur de la démocratie face au pouvoir à Pékin et pour son large réseau politique — des liens que les procureurs ont mis en avant durant le procès. Au moment du pic du mouvement de contestation à Hong Kong en juillet 2019, Lai avait été reçu à Washington par le vice‑président et le secrétaire d’État américain de l’époque, Mike Pence et Mike Pompeo.

La directrice générale du Comité de protection des journalistes (CPJ), Jodie Ginsberg, a dénoncé la « règle de droit complètement brisée » et qualifié la décision de « coup de grâce porté à la liberté de la presse à Hong Kong », appelant la communauté internationale à intensifier ses pressions pour obtenir la libération de Lai. Plusieurs diplomates occidentaux ont déclaré à Reuters que les négociations pour une libération ne pourraient véritablement démarrer qu’après la condamnation et dépendraient aussi d’un éventuel appel.

Interrogé sur d’éventuel appel, l’avocat de Lai a refusé de dire s’il fera appel, précisant que son client dispose d’un délai de 28 jours pour agir. La famille et les soutiens avaient averti avant le verdict qu’il serait en danger de mort en prison en raison de ses problèmes cardiaques. Elaine Pearson, directrice d’Human Rights Watch en Asie, a qualifié la condamnation « de facto une condamnation à mort » et estimé que « une peine d’une telle magnitude est cruelle et profondément injuste ». Des dizaines de partisans s’étaient rassemblés près du tribunal dans les jours qui précédaient l’audience, et un important dispositif de sécurité, dont un camion blindé, avait été déployé dans la zone.

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